The Affair est définitivement l'une des séries les plus puissantes et intelligentes du moment

Mise à jour : 09/09/2018 17:53 - Créé : 9 septembre 2018 - Geoffrey Crété
photo
88 réactions

Après quatre saisons, The Affair continue d'être l'une des plus belles séries actuelles.

Ne vous fiez pas à sa relative discrétion. The Affair, créée par Sarah Treem et Hagai Levi, est l'une des séries les plus belles, puissantes et brillantes du moment. Portée par Dominic WestRuth WilsonMaura Tierney et Joshua Jackson, ce faux chassé-croisé amoureux, autopsie de l'humain sous ses facettes les plus destructrices et malades, est une œuvre passionnante.

Alors que la saison 4 vient de se terminer, et que la cinquième et dernière est à l'horizon, retour sur cette série, disponible en DVD et Blu-ray en France, et diffusée sur Canal +.

ATTENTION SPOILERS

 

 

PART ONE : LE DÉBUT 

Ça commençait comme un feuilleton un peu ordinaire : un homme tombe amoureux d'une femme, mais tous deux sont mariés. Debute ainsi une liaison, étincelle qui mettra le feu aux poudres, fera imploser les couples et les relations, et révélera les blessures et secrets de chacun.

Pour palier ce point de départ un peu tarte, les scénaristes ont eu deux idées. La première : l'histoire sera racontée via différents points de vue (deux parties par épisode), pour donner un regard parfois diamétralement opposé sur les événements. Et pour justifier ce procédé, l'intrigue amoureuse est doublée d'une intrigue policière. Si les personnages racontent ce qui s'est passé à Montauk dans le cadre de la fameuse liaison, c'est parce que quelqu'un est mort depuis, et qu'ils sont tous suspects. Une manière adroite de mélanger les genres, et dynamiser la recette.

  

photo, Ruth WilsonRuth Wilson arrive dans le couple : le début de la fin

 

Le chaos commence donc dans un restaurant de Montauk, où Noah et sa femme Helen s'arrêtent lors de leurs vacances. Lui est écrivain, elle est fille de bonne famille. Ils vont rendre visite à ses parents à elle, ont quatre enfants, et une vie a priori idyllique. Sauf qu'ils croisent la route d'Alison, une serveuse qui traîne un traumatisme qui a ébranlé son mariage avec Cole. Entre Noah et elle, quelque chose se passe. Un quelque chose qui va profondément remuer deux couples, quatre personnes, et plusieurs existences. Un quelque chose qui, comme une pierre sur l'eau, va ricocher au-delà de toute raison, et provoquer des secousses.

Si la première saison se contente de croiser les points de vue d'Alison et Noah, mettant en lumière la subjectivité des regards sur autrui (il voyait une femme sensuelle le séduire, elle voyait un homme avenant auquel elle a tenté de résister), le spectre s'élargit dès la deuxième saison, en incorporant ceux de Helen et Cole. L'intrigue policière, toujours en écho en arrière-plan, prend une place de moins importante.

Dès lors, il est clair que The Affair n'est pas du tout une simple série-thriller qui repose sur des twists à la The Killing ou Broadchurch, qui montraient les coulisses de petites communautés trop propres pour être honnêtes. Ici, les personnages sont au cœur de chaque instant. Leurs peurs, leurs pleurs, mais surtout leurs pulsions (auto)destructrices, et leur capacité à ravager leur monde.

 

photo, Maura Tierney, Dominic WestDominic West et Maura Tierney

 

PART TWO : LA PLUME

The Affair brille, discrètement mais certainement, par son écriture. Parce qu'elle se décompose en mouvements centrés sur chacun des protagonistes, la série plonge dans l'intimité et les émotions de chacun, posant alors un regard d'une justesse extraordinaire sur ces hommes et femmes. Les mises en situation qui les révèlent, en creux, sont le plus souvent fantastiques, et d'une finesse magnifique.

Confiante, précise, l'équipe de scénaristes préfère les silences aux grands discours, et a bâti Noah, Helen, Cole et Alison par petites touches. D'où l'impression d'avoir pu comprendre et saisir ces personnages au fur et à mesure, tandis qu'eux-mêmes se révélaient au gré des événements et tragédies, plutôt qu'avec un mode d'emploi fourni dès le début.

 

photo, Joshua JacksonJoshua Jackson

 

Bien sûr, la série use de quelques facilités. Rien que dans la saison 4, les histoires de père et son rein, de hippie libertine, de cancer soudain et de bébé opportun, semblent bien trop grossiers comparés au ton général de la série. De la même manière, l'intrigue policière des origines, si elle a été un accélérateur de tension, semblait petit à petit devenir un poids, comme accroché de force par la chaîne pour attirer et accrocher le public.

Mais ces faiblesses, qui répondent aux codes de l'efficacité classique dans la paysage des séries, ne sauraient abîmer trop durement la force discrète de The Affair. Il suffit d'une conversation entre Alison et Robert sur la solitude de la vie dans la saison 2, d'une déclaration devant un hôpital où Helen tente de s'accrocher à Vic, d'une discussion où Cole commente le deuil d'Alison, ou d'un portrait de Noah par le jeune Anton, pour être saisi aux tripes par la justesse de l'écriture.

Et lorsque la série a dû affronter le départ d'un des acteurs principaux dans la saison 4, c'est avec une violence absolue et une efficacité redoutable que le virage a été négocié. L'épisode 9 de cette quatrième saison restera probablement comme l'un des plus noirs et mélancoliques qui soit, signant la fin d'un personnage qui, finalement, a retrouvé son destin contrarié, et "sink back into the ocean" comme le chante Fiona Apple dans le générique envoûtant.

 

photo, Ruth Wilson, Dominic WestDominic West et Ruth Wilson

 

PART THREE : L'ATMOSPHÈRE

Ce qui frappe, saison après saison, c'est également la capacité de The Affair à avancer et survivre. Si pour beaucoup, l'idée de base n'avait pas de quoi alimenter plusieurs saisons, et que l'intrigue policière n'était pas le meilleur argument de la série, l'intérêt reste vif après quatre saisons. L'intensité est constante, et renaît chaque année.

Bien sûr, l'adultère des origines a été balayé par une vague d'événements, et la mort du frère de Cole a été réglée. Mais l'histoire a depuis suivi les personnages, emportés par les contre-coups multiples (les mensonges, les remords, les plaies impossibles à cicatriser, les sentences). Et chaque saison, la machinerie se relance, avec la même sobriété, la même beauté. De Paris à Los Angeles dans cette saison 4, The Affair a suivi Noah, Alison, Cole et Helen. Avec un talent fascinant côté scénario, qui camoufle à merveille les rouages pour constamment laisser les personnages au premier plan, plutôt que les ficelles.

La mise en scène, faussement simple, épouse à la perfection les errances des personnages, leurs parenthèses désenchantées, leurs accès de violence ou leurs spleens incessants. Le décor est renouvelé à peu près sans cesse, autour du motif d'une eau matricielle, capable aussi bien d'emporter les douleurs que l'équilibre fragile des personnages. Et avec des réalisateurs comme Mike Figgis (Leaving Las Vegas) et Rodrigo García (Ce que je sais d'elle... d'un simple regard), c'est tout sauf une surprise.

 

photo, Dominic WestL'océan, figure centrale de la série et décor permanent

 

PART FOUR : LES VISAGES

Et bien entendu, la magie de The Affair a surtout quatre visages : ceux de Dominic WestRuth WilsonMaura Tierney et Joshua Jackson. Tous étaient bien connus des amateurs de série, entre Sur écouteUrgences, Luther et Dawson

La révélation la plus évidente a été Ruth Wilson. Croisée dans Lone Ranger : naissance d'un héros, elle a vu sa carrière décoller, avec prochainement The Little Stranger. Elle a remporté un Golden Globe dès la première saison de The Affair, et c'est amplement mérité tant elle apporte à Alison une mélancolie désarmante, et interprète une souffrance en sourdine avec un talent formidable. Dotée d'un charme fou, Ruth Wilson met en jeu dès les premiers épisodes la dualité de "la fille", entre petite chose sexy et légère, et femme abîmée et sur ses gardes, tel un animal blessé qui tente de s'envoler à nouveau, non sans avoir conscience qu'elle risque d'être avalée par mégarde. Alison reste le cœur de la série, et Ruth Wilson l'incarne à la perfection.

 

photo, Ruth WilsonRuth Wilson, plaie à vif de The Affair

 

Et si Dominic West est encore une fois impeccable et que Joshua Jackson démontre un talent rarement exploité jusque là, Maura Tierney est l'autre arme de The Affair. Gamine de riche reléguée à l'arrière-plan dans les premiers moments, Helen devient au fur et à mesure l'un des personnages les plus complexes et étranges de la série. Elle a beau tenter de rester satellite de l'intrigue, s'évader, s'envoler loin, elle est irrémédiablement ramenée vers Noah, vers ce labyrinthe. Et l'actrice déjà excellente dans Urgences rappelle sa capacité à ne pas tomber dans les facilités, et surprend toujours par sa manière de jouer, réagir, pleurer, rire et s'énerver.

Et Helen symbolise particulièrement bien l'un des grands enjeux de la série, à savoir la cicatrisation, ou plutôt l'impossibilité à cicatriser sa propre personne. Chacun de personnages traîne ses douleurs comme une croix, qu'il ne peut et ne veut pas laisser sur le bord de la route. La souffrance et  l'insatisfaction, semblent être la seule manière de vivre qu'ils connaissent et comprennent. La série a pris soin de dessiner des "héros" totalement inadaptés aux relations sociales, desquelles ils n'arrivent pourtant jamais à se libérer. Ils tendent constamment leurs propres pièges, et le destin funeste de l'un d'eux l'illustre de la manière la plus noire qui soit.

 

photo, Maura Tierney Maura Tierney, figure intense de la série

 

Sous ses airs de série facile aux grosses ficelles, The Affair est une étude de caractères fascinante, puissante et souvent déchirante, qui brille par sa fausse simplicité. 

Portée par des acteurs sensationnels, et plus particulièrement Ruth Wilson et Maura Tierney servies par des rôles en or, la série de Sarah Treem et Hagai Levi est un bijou noir, et sans nul doute l'une des séries les plus intéressantes actuellement en terme d'écriture. Assurément de celles qui hantent longtemps, et résonnent en chacun - différemment, mais inténsement.

  

Affiche

commentaires

sNaKe 02/10/2018 à 16:59

Excellent article, merci bien ;)
C'est effectivement une bonne série dont l'écriture est, selon moi, la valeur première.
Vivement la saison 05 !

Rimaw 11/09/2018 à 01:43

La serie grossomodo decortique la vie social humaine avec toutes ces faiblesse et son égoïsme, je pense que l'homme est toujours un apprenti dans la vie mais vous pouvez changer le cap ou vous voulez mais le coeur et l'amour reste fidèle au premier
.

Den the gun 10/09/2018 à 09:27

Merci pour cette brillante critique, monsieur Crété.

Geoffrey Crété - Rédaction 10/09/2018 à 00:13

Malgré les faiblesses qui deviennent parfois évidentes, notamment dans une saison 4 comme on le signale, on trouve que ça reste souvent très bon, particulièrement dans l'écriture des personnages - les dialogues, leurs réactions, la manière dont ils sont dessinés... même face aux ficelles faiblardes, on a souvent droit à des moments et instants très forts. Donc ça mérite toujours d'être salué à nos yeux.

Zanta 09/09/2018 à 21:40

En effet, série devenue très mauvaise en saison 3, même si on sentait la faiblesse du dispositif dès la première année.
Restent les acteurs, et surtout la grande Maura Tierney.

Hank Hulé 09/09/2018 à 18:49

Mouais, super bien joué mais niveau scenario, c' est plus de la grosse ficelle : c'est de la corde ! On est loin de saisons 1 et 2.

votre commentaire