Fear the Walking Dead Saison 1 épisode 2 : les zombies s'énervent

Jacques-Henry Poucave | 31 août 2015
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Après un pilote qui s’attardait sur des personnages trop stéréotypés et ne donnait pas de direction claire à la série, Fear the Walking Dead dévoile son deuxième épisode. Et celui-ci offre au récit un sacré coup d’accélérateur. Peut-être même trop.

ATTENTION SPOILERS.

 

Apocalypse Now

On s’était plaint du relatif vide de l’épisode inaugural et une chose est sûre, on ne pourra pas adresser le même reproche à celui que nous venons de découvrir. En effet, ce qui n’était encore qu’une vague rumeur la semaine dernière a désormais de véritables airs de fin du monde.

On n’est tout simplement passés de « tout va bien madame la Marquise » à un Los Angeles en état de siège, sans électricité, ni réseau téléphonique, où l’on commence à tranquillement se massacrer entre voisins. Franchement, on ne l’avait pas vu venir. Et si ce choix confère quelques très bons points (développés ci-dessous) à l’épisode, il pose également pas mal de problèmes.

Les zombies sont donc désormais partout, les médecins ne répondent plus, les écoles sont vides, tandis que des centaines de milliers d’américains fuient les grandes villes. Le tout en… Quelques heures à peine. Non seulement cette accélération est difficile à croire, mais elle prive le show précisément de ce que nous attendions.

En effet, la lente montée de la panique, la folie, et l’excellente idée de la série (faire des premières confrontations entre zombies et flics le sujet de polémiques sociales et raciales), risquent de ne pas du tout être développés. En effet, puisque Fear the Walking Dead nous aura propulsés dans l’apocalypse après seulement deux épisodes, on se demande comment Robert Kirkman pourra désormais traiter.

 

Idiocracy

Autre problème, sous-jacent dans le pilote, qui éclate ici au grand jour : les personnages font preuve d’une bêtise absolument invraisemblable. A tel point que leur personnalité semble se transformer en cours de séquence. On pense par exemple à la scène – très bien filmée au demeurant – où Kim Dickens tente de dissimuler des morts-vivants qui envahissent son lycée… avant d’essayer de discuter avec l’un d’entre eux !

On ne comprend pas non plus pourquoi Cliff Curtis se refuse à expliquer la situation à ses proches, quitte à les mettre tous en danger de mort. Tandis que Dickens, décidément desservie par le script refuse catégoriquement de dire à sa fille pourquoi les voisins s’entredévorent gaiement. Le résultat est proche de l’absurde et involontairement comique, à l’image de ces ralentis où nos héros, qui viennent de broyer le crâne d’une vieille connaissance, se promènent comme si de rien n’était, ou presque.

 

Au cœur des ténèbres

Fear the Walking Dead nous prend donc toujours pour des gogos, mais de manière très différente. Au moins ce changement d’atmosphère a un énorme avantage : la tension. Tout le monde est en danger, les enjeux apparaissent enfin, et on s’inquiète pour les personnages.

La mise en scène n’est pas en reste, et on constate avec plaisir que l’espace est beaucoup mieux géré que dans le pilote. On se surprend ainsi à scruter à l’écran, à la recherche d’une silhouette à l’allure étrange, d’une démarche claudicante…

Ainsi toute la scène de l’école, si elle n’a quasiment aucun sens sur le papier, est une belle leçon de montée en pression. De même et paradoxalement, la nullité absolue des autorités et la bêtise crasse de ses représentants joue paradoxalement en faveur de la série. La vue du moindre uniforme devient ainsi synonyme de chaos, de blocage, et provoque presque par réflexe une petite montée de suspense.

Enfin, dernière bonne idée, déjà distillée dans l’épisode précédent mais qui prend ici tout son sens, la résistance des zombies relève l’intérêt des situations de crise. Les morts-vivants étant « frais », il est beaucoup plus difficile de les éliminer que dans Walking Dead, et il n’est plus question de les faucher comme la luzerne. Voilà une excellente source d’angoisse, qui a en plus le mérite de reconnecter directement Fear the Walking dead à la tradition initiée par Romero.

 

Peut-être est-ce finalement là tout ce qu’il faut attendre de la nouvelle série star d’AMC. Un feeling old school, de jolies scènes de zombies et de beaux moments de tension. On espère se tromper, mais il semble qu’encore une fois, l’adaptation du funeste comics ait bien du mal à maintenir sa cohérence, atteindre ses ambitions et nourrir ses personnages.

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Vickers
02/09/2015 à 10:13

L'ignorance du genre par les héros est une clé du cinéma de genre en général. C'est pour ça que Scream a tant marqué les esprits, et (pour certains) détruit une certaine idée du genre en donnant cette conscience aux personnages.
Le fait que Dickens découvre ce qu'est un zombie dans l'épisode 2 n'est ni incohérent ni faiblard, c'est au contraire normal, dans le sens "banal"
Tout comme la panique et l'instinct de protection qui fait que tout le monde essaie de cacher la vérité, car terrifiés, incapables de comprendre et croire que ça ne va pas être réglé par les autorités (oui on peut se moquer et dire que tout le monde est bête et inefficace mais je trouve au contraire que ça amplifie le sentiment de chaos et d'ignorance des codes, d'impossibilité à réagir à une chose que personne ne peut identifier et ne veut admettre)

supercut
01/09/2015 à 17:00

Ne pas connaître les zombies est une des clés du show, au cas où!
Vous avez même pas vu qu'Alicia enlevait 2 fois ses gants après avoir nettoyé le vomi de Nick, ça c'est moche, sinon bien emballé pas les 2 premiers

Boo
01/09/2015 à 08:09

J'avoue que quand Dickens a tenté de "raisonner" son collègue transformé, j'ai tiqué. Je trouve que c'est de la paresse scénaristique de faire en sorte que des personnages dissimulent des choses importantes sans raison (tout comme faire une totale abstraction de la culture zombie, ça aurait été un vrai défi pour les scénaristes de monter l'intrigue dans un univers réaliste, donc où les gens connaissent le principe du zombie).
Donc pour l'instant, la série est pas trop mal mais a un problème de cohérence par moment. Y a du potentiel mais ils doivent arrêter les jumpscares pas chers et surtout arrêter de faire des personnages cons juste parce que ça arrange les scénaristes.

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