Snowpiercer saison 2 épisode 2 : la guerre froide commence

Mathieu Jaborska | 2 février 2021
27
Affiche US

Le premier épisode de cette nouvelle salve était dédié à la prolongation du cliffhanger de la fin de la saison 1, si énorme qu’il demandait 45 minutes de développement. Maintenant que les pions sont en place, la saison 2 de Snowpiercer peut vraiment démarrer, et enfin imposer son identité.

ATTENTION, LÉGERS SPOILERS

 

photoQuand Snowpiercer invente le G2

 

The Good, the bad and the ugly

Les dernières secondes de l’épisode 1 ne laissaient guère place au doute : il n’est plus question d’une révolution subtile, mais bien d’une guerre froide. Et à notre plus grande joie, la suite persiste dans cette voie. En dépit de sa tendance passée à sombrer dans l’analyse sociale lourdingue et peu inspirée, la série semble enfin assumer pleinement des ambitions très simples. Et de tous les éléments introduits dans l’épisode précédent, elle ne retient désormais que la promesse d’un affrontement au manichéisme savoureux.

La vie qui couve recentre les enjeux sur le duel entre les deux trains, entre Melanie, Layton et Wilford, au mépris du baratin social qui parasitait la saison 1, prétendument inspiré du long-métrage de Bong Joon-ho mais bien abscons en l’absence d’une mise en scène et de décors tirant un sens de la forme de l'engin. Désormais à court de révolution, Snowpiercer finit par embrasser ses quelques qualités, à savoir sa capacité de divertissement indéniable, celle-là même qui passionne des wagons de spectateurs, sur TNT ou sur Netflix.

Pressé par son envie de renverser Layton, Wilford négocie un échange de prisonniers, ce qui occasionne quelques révélations citant à mi-mot le film, mais surtout l'établissement de camps voués à se chercher des noises tout au long de la saison. Balle au centre, donc, mais non sans quelques belles actions. Pour la première fois dans son histoire, la narration dérape complètement à plusieurs reprises, confirmant donc que cette suite sera sous le signe de la distraction bourrine.

 

photo, Daveed Diggs, Jennifer ConnellyDéjà les retrouvailles

 

Les méchants deviennent carrément diaboliques, voire totalement surhumains, puisqu’on comprend vite que le gros balèze aperçu dans l’épisode précédent (surnommé Icy Bob sur la page IMdB) est bien un monstre de Frankenstein conçu par des scientifiques fous. L’arrivée du machin-chosonium 3000 dans l’atmosphère et les fioles du couple dérangé fait officiellement glisser le récit vers la série B sur rail. Tous les personnages perdent l’illusion de profondeur qui leur collait à la peau pour devenir des caricatures amusantes, comme Ruth, promue dévote agaçante. Quant à Layton, il devient tranquillement un héros américain classique.

Il fallait bien ça pour s’opposer à la galerie de méchants qui se terrent dans la Belle Alice, en tête desquels un Sean Bean toujours plus à l’aise en grand patron manipulateur et détestable. Son personnage, déjà très bourrin dans l’épisode 1, devient un antagoniste absolu lors d’une scène délicieusement absurde. L’ultime twist, assimilant son charisme à l'autorité d’un dictateur sanguinaire en puissance, en rajoute encore une couche, au grand dam de ceux qui appréciaient les quelques microscopiques strates de subtilité survivant dans la série, mais pour le plus grand bonheur des amateurs de récréation télévisuelle. Et le retour du personnage d’Astrid, la psychopathe nantie, n’augure que du bon pour la suite.

 

photo, Sean BeanÀ votre avis, gentil ou méchant ?

 

Extinctions

Et paradoxalement, c’est en misant tout sur une efficacité conflictuelle que la série crée des axes intéressants, voire des idées narratives bien plus ingénieuses que ce qu’elle nous avait servi jusqu’ici. Ainsi, l’intrigue joue par exemple du parallèle entre les deux organisations lors du passage du double suicide assisté, révélant en un diptyque de séquences les idéologies distinctes qui président aux camps désormais formés. De la même manière, l’introduction par ailleurs complètement improbable d’un culte religieux sert étonnamment bien cette nouvelle direction scénaristique, grâce à un personnage plus ambigu que la moyenne et un autre jeu d’oppositions visuel.

Des évolutions certaines qui laisseront peut-être une part du public à la prochaine gare, mais qui restent trop timides pour annoncer une autre ère. La série souffre encore des séquelles de ses ambitions thématiques (Layton veut appeler le futur nouveau-né Trotski, fin de la blague) et persiste à imposer quelques sous-intrigues bien moins passionnantes à l’aune d’une bataille psychologique et physique amusante. Pire, le fameux sous-train magique fait son grand retour.

 

photo, Daveed Diggs, Jennifer ConnellyLe calme avant la tempête

 

Enfin, il faut souligner que la nouvelle modestie de la chose ne s’accompagne toujours pas d’une mise en scène plus audacieuse. Certes, les bredouillements politiques qui occupent l’épisode ne se prêtent pas à des plans-séquences vertigineux, mais on l’imagine mal pour l’instant rendre justice au duel attendu entre Layton et le Azog glacial.

Reste que la fin et son sommet hypocrite promettent au moins une inévitable longue baston de plus en plus violente. C’est tout ce qu’on demande à cette saison 2 : tenir ses promesses. Et pour l’instant, la fameuse guerre froide n’est pas qu’un effet d’annonce.

Snowpiercer n’aura jamais été aussi créative que depuis qu’elle se jette à corps perdu dans le divertissement gentiment débile. Il ne reste plus qu’à espérer qu’elle finisse de corriger ses énormes défauts et qu’elle fasse évoluer sa mise en scène en conséquence pour proposer dans la suite un affrontement bien plus fun qu’on aurait pu le prévoir.

Un nouvel épisode de la saison 2 de Snowpiercer sur Netflix chaque mardi en France dès le 26 janvier 2021

 

Affiche US

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.
commentaires lecteurs votre commentaire !
Aucun commentaire.
votre commentaire