Mafia Queens : critique les feux de la mort sur Arte

Clément Costa | 20 mai 2022 - MAJ : 20/05/2022 12:06
Clément Costa | 20 mai 2022 - MAJ : 20/05/2022 12:06

De l’incontournable Les Soprano à Gomorra en passant par Mirzapur, l’univers des mafieux fascine les séries du monde entier depuis très longtemps. Un univers souvent très codifié et très masculin. Mafia Queens avec Dana Ivgy débarque sur Arte et compte bien faire sauter les codes du genre en suivant l’ascension d’anti-héroïnes au cœur de la pègre israélienne.

Des femmes sans loi

Tout commence par une soirée trop arrosée. De mystérieux assassins éliminent tous les hommes de la famille Malka, figure majeure de la pègre israélienne. Pour survivre, les femmes du clan vont devoir apprendre à s’imposer dans un milieu d’hommes, guidées par l’intrépide Lizi.

Tout ce qui pouvait faire de Mafia Queens une série atypique et intéressante est dans son concept de base. : l’envie de faire un récit mafieux mettant en scène des figures féminines fortes qui s’émancipent, le tout adapté à la société israélienne et à toutes les oppressions que cela sous-entend pour nos héroïnes. D’ailleurs, dès le premier épisode, une fois les funérailles passées, on entend un personnage s’exclamer qu’il n’y a aucun survivant dans la famille Malka, soulignant l’air de rien que les femmes ne font que de la figuration dans cet univers.

 

Mafia Queens : photoUn gang atypique au potentiel redoutable

 

Malheureusement, ce concept qui pouvait être l’immense force de la série devient vite sa limite. Tout simplement parce que l’exploitation n’est jamais à la hauteur du potentiel. Si le titre français nous promettait des reines de la mafia, on ne suivra en réalité qu’un seul personnage féminin réellement impliqué. Toutes les autres sont souvent réduites au rang de spectatrices passives en attente d’un homme qui fera réellement avancer le récit.

Le personnage de Dori Malka incarne parfaitement ce déséquilibre. Censée être la figure principale du clan, elle est (sur)jouée par l’actrice et chanteuse Rita Yahan-Farouz qui ne parvient jamais à la rendre ne serait-ce que tolérable. Son personnage n’évolue jamais et passe la série à se lamenter sur son sort. Jusqu’au dernier épisode, on l’entend regretter son défunt mari sans qui elle semble incapable de prendre la moindre décision. La touche de comédie grotesque qu’elle tente d’apporter ne prend jamais vraiment non plus.

 

Mafia Queens : photoQuand tu tires sur toutes tes bonnes idées

 

Les tatas flingueuses

Dès les premières secondes de l’épisode pilote, Mafia Queens joue la carte de la générosité. Voix-off quasi méta pleine de second degré, ton pop décalé, montage dynamique... on démarre sur la belle promesse d’un récit pulp aussi méchant que divertissant.

Cette ambition est soutenue par des dialogues qui visent souvent juste, teintés d’un humour noir appréciable. L’écriture irrévérencieuse avait tout pour être efficace sur papier, offrant des rôles charismatiques à des actrices investies. On retiendra tout particulièrement Dana Ivgy, qui a probablement l’arc narratif le plus intéressant de toute la série, mais aussi Mali Levi et Lihi Kornowski. Malheureusement, toutes ces belles promesses finissent vite par tomber à l’eau.

 

Mafia Queens : photoComment ça je gâche la série ?

 

Dans son envie d’être à la fois divertissant et engagé, Mafia Queens ne trouve jamais le bon ton. On alterne constamment entre humour noir plutôt efficace, drame pathos digne d’une télénovela, message social un poil moralisateur et suspense qui manque de rythme pour réellement nous captiver. Jongler avec autant de registres demande une rigueur que la série n’a clairement pas.

On se retrouve donc avec un récit qui, sans échouer dans tout ce qu’il entreprend, ne brille jamais. Jusqu’au point où le message même d’émancipation se voit contredit par un humour paillard sorti de nulle part, censé rendre certains personnages drôles, voire attachants. La série ne sait jamais sur quel pied danser et son spectateur non plus.

 

Mafia Queens : photoLe jour où tout a basculé...enfin presque

 

Daughters of nanar(chy)

Malgré toutes les maladresses d’écriture, on ne peut pas retirer à Mafia Queens l’intérêt théorique de ce qui est raconté. Là où tout s’effondre, c’est quand - au-delà du fond - on commence à s’attaquer à la forme. La première saison est entièrement réalisée par Amir Mann, déjà à l’œuvre sur la série Fauda pour Netflix en tant que scénariste. Et ce qui est certain, c’est que Mann est bien meilleur scénariste que réalisateur.

La direction artistique est tout simplement désastreuse. La mise en scène est au mieux inexistante, au pire gênante. À l’écran, l’image est terriblement lisse, sans aucune profondeur. Entre des effets stylistiques désuets et un éclairage de soap opera, le travail visuel ne sert jamais le scénario. Pire, l’exécution au rabais vient totalement gâcher les bonnes idées de l’écriture.

 

Mafia Queens : photoUn éclairage qui rappelle le Mistral

 

Le monteur Itamar Goldwasser, qui s’est récemment illustré avec Valley of Tears récupéré par HBO Max, essaie tant bien que mal de sauver les meubles. La séquence qui ouvre la série en est un bel exemple. Cependant, s’il parvient à dynamiser un peu la narration, il peine à créer de la cohérence entre les différents récits qui s’éparpillent sans réellement se rejoindre. L’excès de personnages secondaires ne pouvait que plomber un rythme déjà bien trop lent.

Au final, Mafia Queens vient nous rappeler que les bonnes intentions ne suffisent pas à faire des œuvres réussies. On quitte la série fatigués, mais surtout frustrés de savoir qu’elle avait le potentiel d’être brillante.

Mafia Queens est disponible en intégralité sur arte.tv depuis le 20 mai 2022

 

Saison 1 : Affiche officielle

Résumé

Stimulante sur le fond, indigente sur la forme, Mafia Queens n’est jamais à la hauteur de ses promesses. Sans être totalement désagréable, la série est une occasion manquée particulièrement frustrante.

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.
commentaires
alox
18/06/2022 à 16:45

j ai adoré

poussy
17/06/2022 à 14:24

quelq'un peut t'il me renseigner ? MERCI BEAUCOUP!

poussy
17/06/2022 à 14:20

comment s'appelle le morçeau de guitare électrique joué a la fin de l'épisode 1 saison 2 de mafia queens Merçi

Sintoswai
12/06/2022 à 23:47

Quand je regarde un film ou une série je tolère des incohérences si c'est au service du 'spectacle'... Mafia queen est un show, je trouve que ça fonctionne. Justement parce que les personnages sont attachants, burlesques, détestables... Parce que le scenario est assez bien fait pour que chaque épisode donne envie de voir le suivant. La réalisation n'est peut-être pas la meilleure du monde, mais elle a au moins le mérite d'être moins formatée que nombreuses séries que l'on peut voir en ce moment. Je préfère la maladresse au consensuel léché qui vient répondre aux attentes des exigeantes grilles de satisfaction. Un peu comme tomber amoureuse du plus beau garçon lisse du lycée ou choisir celui avec certaines aspérités.. Mais tellement plus séduisant.. Je choisis mafia queen et toc ! En plus c'est un peu exotique pour la française que je suis et c'est agréable, ça change. Bref, personnellement j'ai accroché, et ce serait dommage des s'arrêter sur l'affiche qui ne reflète pas forcément la fantaisie et l'intrigue plutôt virvoltante de la série.

Sarakey
12/06/2022 à 15:36

d'accord avec les commentaires de Pierre Louis et FMalka: la critique est assez vache: la série est sympa: dialogues, personnages, réf Tarantino, bons acteurs. Faites votre opinion; perso accrochée.

Pierre Louis
09/06/2022 à 01:02

Ce serait trop long de retourner un à un les arguments inutilement méchants de Clément Costa. Mafia Queens est un divertissement intelligent, rythmé, avec un suspens qui ne faiblit pas et ce petit décalage humoristique permanent qui rend l'horreur regardable. Je ne trouve pas que Dori surjoue. Je trouve en revanche que Clément Costa surjoue son rôle de cinéphile intelligent. Et tout ça est inutile, car sa critique, vide, ne traite jamais ni du sens, ni même, finalement des choix formels, et se limite à des "ça ne prend pas", "ça pourrait, mais non", "hélas ça ne brille jamais",... Même si vous n'y arrivez pas vous-même, laissez-nous jouir de cette délicieuse série, merci.

FMalka
05/06/2022 à 07:42

Pour moi, on retrouve dans cette série toute la complexité de la société israélienne avec des Israéliens de toutes origines, des Russes, des arabes, des français, des est-africains, des iraniens, etc, l'armée et la police et toutes les générations. Les rapports de forces hommes-femmes. Quelle richesse. Merci.

Tnecniv
20/05/2022 à 20:09

@Pat Rick, j'allai le dire, rien ne parait crédible, des gueules faussement patibulaires, du badass surfait .

Pat Rick
20/05/2022 à 18:43

Rien qu'à voir les photos, on devine que c'est naze.

votre commentaire