La Révolution saison 1 : critique de la non révolution Netflix

Mathieu Jaborska | 16 octobre 2020 - MAJ : 16/10/2020 19:22
Mathieu Jaborska | 16 octobre 2020 - MAJ : 16/10/2020 19:22

Netflix continue d'investir en France dans des projets très excitants sur le papier. Après MarianneMortel et VampiresLa Révolution compte bien conquérir le monde grâce à un usage de l'uchronie fantastique frontal. Les deux auteurs Aurélien Molas et Gaïa Guasti (scénaristes d'Une île) ont donc une certaine pression sur les épaules. Une bonne partie du public français rêve en effet de vivre un retour du genre friqué chez lui, d'autant que le pitch promet du lourd. De quoi révolutionner le petit monde de la série francophone... en théorie.

HISTOIRE AVEC UNE GRANDE HACHE

Les historiens étaient déjà en position latérale de sécurité à l’annonce du projet. Ils ne sont pas au bout de leurs peines. Et c’est plutôt logique, car La Révolution, dès les premières secondes de son premier épisode, met les choses au clair : il s’agit ici d’une « autre histoire », autrement dit une uchronie pure et dure, qui ne recule devant aucun anachronisme pour parvenir à ses fins.

De quoi se libérer définitivement du carcan rigoureux qu’impose souvent le traitement de ce genre de période en France, et faire de la Révolution française un écart historique pop, prompt – et on se doute que Netflix mise beaucoup là-dessus – à draguer les Américains.

 

photoGilets jaunes origins

 

D’où la caractérisation très moderne de ces révolutionnaires qui n’en sont pas vraiment, et l’usage de nombreuses techniques récentes, dont une bande originale à 300% synthétique qui ne se gène pas à la fin pour faire péter les synthés dans des crescendos dignes d’une bande-annonce de blockbuster contemporain. Bref, La Révolution assume complètement son artificialité, sa réécriture bourrin de l’Histoire. Un geste à saluer : ça fait des années que les Français attendent un nouveau Pacte des loups

Et techniquement, la série est à la hauteur. C’est d’ailleurs de loin la série française Netflix la mieux produite, puisqu’elle jouit d’une image fort plaisante, osant même parfois trancher avec les éclairages feignants typiques des productions maison de la firme pour composer des plans bien peu plus complexes que la moyenne. Les effets spéciaux, quant à eux, sont tout simplement irréprochables, y compris quand ils se laissent aller au gore décomplexé, très bienvenu, notamment dans les derniers épisodes.

 

photoMarilou Aussilloux, bientôt à l'affiche d'Adieu les cons

 

Il fallait bien ça pour introduire l’élément fantastique, qui s’immisce et provoque cette révolte revisitée : le vaudou et ses effets sur les nobles. Des zombies en quelque sorte, dotés d’une conscience… particulière. Influencés par Kingdom, les auteurs motivent tous les enjeux grâce à cette menace, censée a priori suivre les traces de George A. Romero, au point que la fin de la saison 1 se termine sur la citation la plus célèbre de Zombie.

Reste que ce mea culpa effronté qui ouvre la série permet de faire avaler bien des couleuvres, dans un je-m’en-foutisme général qui frise souvent le ridicule. La série dépasse vite largement la caricature de cette période pour se caricaturer elle-même.

Passe encore la précision très en avance sur son temps des instruments médicaux du héros ou les fusils d’époque qui se dégainent -au choix – comme des berettas ou des snipers. Quand la fameuse Résistance censée tenir tête à la noblesse choisit, comme signe de ralliement, un cercle tatoué sur l’avant-bras (discrétion assurée), ou que les personnages se rentrent dedans au mépris de toutes les règles spatiales, ce n’est pas la cohérence historique qui est diminuée, mais bien la cohérence du récit.

 

photoGrey's Anatomy saison -10

 

Le directoire

La raison ? Afin d'échapper au carcan historique rigoureux, la série s’imprègne d’un autre carcan : la formule Netflix. Y a-t’il un algorithme propre à la plateforme ? Les auteurs font-ils exprès de singer leur recette, ou est-ce un prérequis pour se faire produire ? Difficile de le savoir, mais il est évident que La Révolution suit un modèle préétabli, pas tant que ça adapté à la période traitée, puisque les références à la véritable Révolution se résument à une série de clins d’œil grossiers. La cheffe de la résistance s’appelle Marianne, le sang des zombies est bleu et il faut les décapiter pour les vaincre : voilà l'essentiel (subtil) du rapport à notre histoire, de fait jamais vraiment développé.

« L’autre histoire » revendiquée par le duo de scénaristes dans un entretien avec Premiere est en réalité surtout un décalque d’une structure purement narrative et absolument contemporaine, prenant bien soin de noyer ses qualités esthétiques dans un déluge de sous-intrigues entremêlées, interagissant entre elles à travers une ribambelle sans fin de dialogues sentencieux. Le mélange de genres qui aurait pu supplanter une pauvreté thématique finalement pas si importante disparait complètement, enseveli dans cette mécanique infernale, froide et atrocement manichéenne. Elle donne à voir de sacrés numéros de cabotinage (Julien Frison s’en donne à cœur joie dans le pétage de câble névrosé) et un traitement de la lutte des classes au sein de l'ancien régime pour le moins simpliste.

 

photo, Julien FrisonJulien donne des Frison

 

Ni vraiment horrifique, ni vraiment amusante, ni vraiment pertinente et meurtrie par un académisme qui prend bien soin de miner ses quelques trouvailles visuelles, La Révolution est à l’image de toutes les productions classiques de la firme. C'est un pur terrain de jeu de scénariste, opposant machinalement 250 personnages qui se répartissent progressivement en deux camps, jusqu’à une micro-bataille finale qui a au moins pour elle d'être généreuse - quitte à s'assoir sur l'élégance de sa mise en scène - … et un cliffhanger de folie.

Le dernier épisode se conclut ainsi sur une ouverture suppliant son public de réclamer une saison 2 et promettant dans un pied de nez audacieux d’expliquer un des seuls vrais mystères de la série bien plus tard. Molas et Guasti, inspirés par la dernière trilogie de La Planète des Singes, comptent en effet se lancer dans deux nouvelles salves d'épisodes après ça, pour terminer sur la prise de la Bastille. Ne vous attendez donc pas déjà à la révolution promise par le titre : cette saison 1 n’est qu’un produit d’appel, qui ne cherche au fond qu’à accrocher suffisamment les spectateurs pour justifier une suite.

La fiction de genre française avait-elle besoin qu'on la coule dans un tel moule, qui se suit plutôt qu'il ne passionne ? Est-ce le prix à payer pour voir des zombies historiques se payer une entrecôte de paysan ? Les adeptes du mépris franco-français, voyant d'emblée d'un mauvais oeil les expérimentations horrifiques hexagonales, diront "c'est risible". Nous conclurons plutôt en disant : "c'est dommage".

La Révolution est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 16 octobre 2020 en France

 

affiche , Netflix, La Révolution

Résumé

Malgré une qualité de production indéniable, La Révolution s'applique à gâcher son potentiel horrifique, romantique et thématique pour privilégier le tout narratif mécanique.

Lecteurs

(3.0)

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commentaires

Alex styles
29/10/2020 à 14:25

Perso j'ai vraiment accroché. Très ambitieux visuellement, le show se donne les moyens. Les acteurs sans être exceptionnels font le job. La mise en scène est certes inégale, mais certains moments sont bien intenses, avec une bonne BO, le dernier épisode est excellent et explosif avec ce qu'il faut de clifhangers, j'attends vraiment la suite et salut l'audace de cette production.

Joslea
29/10/2020 à 10:31

J'ai regardé toute la série et très déçue. Le côté non historique n'est pas dérangeant et c'est même bien de faire une histoire dans l'histoire, c'est dans le fil du temps. Mais les acteurs sont inconsistants, monocordes, les dialogues pesants, les scènes n'en parlons pas tellement elles sont lourdes, et le pire c'est la "petite" barricade très mal jouée à la fin de la serie... Arrêter à la saison 1...

Blabla bloblo
28/10/2020 à 23:19

Les commentaires ici me dépassent mdr. C’est parce que la série s’appelle « la révolution » que ça doit forcément être historique. Le film « les misérables » de ladj ly n’est pas forcément une version cinématographique de celle de Victor Hugo par exemple.
Justement ça ramène un coup de fraîcheur dans le cinéma français de le réinterpréter de cette manière. Même si c’est du fantastique le message est toujours le même. Bref belle réalisation, bonne intrigue. J’attends la saison 2 avec impatience!

Spartiates921
25/10/2020 à 16:23

La série est très bonne vous avez juste pas compris qu'elle était le but de celle-ci il est incroyable que lorsque c'est français vous trouviez ça "mauvais" or qu'elle est plus que prenante. Critiquez mais en sachant se que la série veut montrer elle ne cherche pas a relaté l'histoire mais justement une autre et il le font très. Pour ma part ça ma plu et je souhaite une suite

Jean
25/10/2020 à 14:54

Quand les français arrêterons de faire des trucs entre potes, sans cultures, sans travail d'écriture approfondie, et travaillerons enfin avec des vrais talents (et il y en a beaucoup en Francophonie), peut-être que nous aurons droit à autre choses que des sous merdes mal écrites, mal jouées, mal sonorisées... Rien ne tient la route, j'en reste bouche bée!

Miki
25/10/2020 à 14:10

J ai adore je l ai regardé 2fois les personnages principaux sont excellents. J espère qu il y aura une suite avec eux bien sur . Bravo

Anna
23/10/2020 à 01:49

Je viens de finir la saison, de très belles images, de la musique qui nous met bien dans l'ambiance, de belle découverte d'acteur notamment la petite madeleine, l'histoire est certes loin de la réalité mais l'idée de cette version détournée est séduisante enfin bref je l'ai vu en 2 jours et n'avons nous pas netflix pour voir des séries hors norme! D'autres chaînes raconte très bien les faits historiques à chacun son crédo. Bravo pour cette série française!

Nocyra
21/10/2020 à 11:44

J'accroche pas ! trop d'incohérences ????

République for ever
20/10/2020 à 00:56

Dommage...le jeu des lumières à la Barry lyndon plutôt sympa, les costumes superbes, mais l'histoire en revanche, jai beaucoup de mal...mais je n'ai peut-être plus l'âge pour regarder ce genre de film kitch blood historique !

Peter Waco
19/10/2020 à 22:08

J'ai regardé exactement 23 minutes, le temps de manger deux yaourts et une banane...

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