Upload : critique d'un paradis connecté sur Amazon

Alexandre Janowiak | 16 mai 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Alexandre Janowiak | 16 mai 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Amazon Prime Video commence à se placer en sérieux concurrent à Netflix et HBO (pour ne citer qu'eux) avec ses créations originales passionnantes comme The Marvelous Mrs. MaiselHomecomingThe Boys ou encore la remarquée Tales from the LoopEt ce n'est pas sa sitcom dystopique Upload qui va nous faire penser le contraire, disponible depuis le 1er mai sur la plateforme.

WELCOME TO PARADISE

Avant de revenir sur Netflix avec la série satirique Space Force et après les succès des désormais célèbres Parks and Recreation et The Office version US, Greg Daniels revient sur le petit écran avec une nouvelle série SF : Upload. Pour en expliquer très rapidement le propos, la série Amazon se déroule en 2033 et raconte l'histoire d'un jeune homme sur le point de mourir après un accident de voiture... sauf qu'à cette époque, au lieu de mourir simplement, il est possible d'uploader sa conscience dans un monde virtuel pour vivre éternellement.

Un pitch alléchant et particulièrement intrigant pour Upload qui aurait pu très vite être mis de côté pour des sous-intrigues banales et qui va finalement être la grande réussite de cette sitcom futuriste durant les dix épisodes qui composent cette première saison. En effet, difficile de ne pas se laisser envoûter par l'univers créé par Greg Daniels et ses co-scénaristes tant il est foisonnant, riche et percutant.

 

Photo Robbie AmellC'est l'heure de s'uploader

 

On compte ainsi des clins d'oeil amusants sur le futur de l'Amérique et notamment politique, à l'image de ce ticket présidentiel de 2024 a priori 100% féminin composé par Oprah Winfrey et Kamala Harris (actuelle députée démocrate de Californie), et aussi sur les avancées technologiques de la société : des voitures qui conduisent toutes seules, des robots en caissière, des interventions policières en drone, des rayons de supermarchés sur-mesure (cette scène des capotes), de la nourriture imprimée par une imprimante 3D...

Bref, l'univers réel installé et détaillé un peu plus à chaque épisode, regorge d'idées innovantes, étonnantes et rafraîchissantes - les effets spéciaux sont d'ailleurs épatants - tout en révélant également toutes les inquiétudes et inégalités qui persistent dans ce futur ultra-connecté (système de notation, individualisme...).

 

Photo Andy AlloUn monde où le virtuel a largement pris le pas sur la réalité

 

AFTER LIFE, LIFE AGAIN

Très rapidement, dès la fin du premier épisode en fait, Upload plonge ainsi son héros Nathan incarné par Robbie Amell dans le monde virtuel de l'au-delà, lui permettant de rester en vie éternellement (et de ne pas simple mourir et finir enterré ou inhumé).

Ce monde virtuel repose sur un principe assez proche de celui de l'épisode San Junipero de Black Mirror (le transfert de conscience) et dispose de nombreux avantages. D'autant plus à Lakewiew, le meilleur paradis virtuel si l'on en croit les médias et les publicités (car oui, la vie éternelle est un véritable commerce avec des concurrents), où il est largement possible d'y vivre une mort (ou une deuxième vie, à vous de voir) rêvée loin des contraintes du quotidien ordinaire.

Malheureusement, tout comme la réalité, le virtuel dissimule bien des artifices. Derrière les frigos rappelant les plateformes de streaming type Netflix version bouffe (on peut tout avoir et swiper comme sur Tinder), les petits-déjeuners abondants et les décors modifiables à sa convenance (un peu comme dans Les Sims), se cache un fonctionnement beaucoup plus pervers et inégalitaire. Car en effet, le paradis et la vie éternelle ont un prix. Tout y est possible, à condition d'en avoir les moyens.

 

Photo Robbie AmellUne belle baraque qui en cache de bien moins accueillantes

 

C'est ici, en plus de la superbe richesse de son univers, qu'Upload surprend et étonne avec brio. Loin d'être une simple sitcom hilarante, la série Amazon se révèle une véritable dystopie dénonçant les affres du capitalisme et les dangers de l'ultra-technologie. Ce n'est clairement pas hyper innovant sur le papier mais la série de Greg Daniels réussit à dépeindre une société malade, empoisonnée par son système inégalitaire et capitaliste, qui enlise encore une fois les plus pauvres (la terrible révélation des 2Go) au profit des plus riches, même après leur "mort ou upload".

Ce monde paradisiaque où la mort n'est plus forcément une fatalité se transforme alors rapidement en enfer duquel on ne peut pas se déconnecter. La joie et l'hilarité promises dans les campagnes publicitaires deviennent anxiété et crainte quand la vie éternelle semble bien plus terrifiante et angoissante que la simple idée de mourir ; et où les soucis de la vie réelle sont loin d'être évincés (zone grise, corruption, manipulation...).

Et si mourir vraiment (comme au bon vieux temps) n'était pas la meilleure chose qui pouvait nous arriver finalement, dans un monde pareil ? Réflexion passionnante.

 

PhotoDevoir s'accrocher à ce qu'on ne veut plus voir

 

TO LIVE AND DIE FOR EVER

En plus de l'influence évidente de Black Mirror, la série de Daniels rappelle l'excellente The Good Place avec son au-delà aux questionnements philosophiques et existentialistes, qui donnait largement à réfléchir sur la solitude, la vie éternelle et l'idée de plaisir, d'envie et finalement de bonheur, dans un monde où l'on peut absolument tout faire (jusqu'à en avoir marre).

Cependant, Upload n'est pas simplement une critique du monde futuriste dystopique qui pourrait nous attendre et jouit également de plusieurs sous-intrigues rappelant d'autres oeuvres d'anticipations, avec plus ou moins de réussite. Ainsi, à travers la romance naissante entre Nathan, uploadé à Lakeview, et Nora (Andy Allo), son ange-gardien bien vivante dans le monde réel (sacré paradoxe), remémore évidemment le Her de Spike Jonze. Un amour impossible qui offre des moments souvent touchants et émouvants.

Tout l'inverse de l'intrigue policière qui jalonne l'arc principal de la série (sous des airs de Minority Report) de manière souvent poussive et peu captivante. Et c'est particulièrement dommage tant cette intrigue se révèle, au fil des épisodes, le coeur de la série et un élément primordial pour caractériser les personnages et les faire se dévoiler. Ainsi, malgré seulement dix épisodes d'une trentaine de minutes et des idées parfois géniales, le rythme de la série pêche régulièrement alors même qu'un boulevard technologique s'offre à elle à chaque ligne de code. Restera plus qu'à rectifier ces bugs pour la saison 2.

Upload est disponible en intégralité sur Amazon Prime Video depuis le 1er mai 2020 en France

 

Affiche US

Résumé

Malgré son rythme très irrégulier et une intrigue centrale lancinante, Upload est une belle surprise tant s'y cache, derrière la simple sitcom futuriste annoncée, une myriade de réflexions sur l'existence, l'au-delà, les relations humaines, les affres du capitalisme et la toxicité d'un monde ultra-connecté.

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commentaires
Czero
17/05/2020 à 22:37

Absolument pas d'accord. L'idée générale est pas mal, mais les personnages sont tous clichés, les intrigues téléphonées, les tentatives d'humour ratées. Aucune finesse, c'est extrêmement manichéen.
Gros, gros rattage.

kord
17/05/2020 à 15:53

personnellement j'ai préféré the upload à the boys, le premier est consensuel sur la forme et subversif sur le fond, l'autre l'inverse.

nicolashernandes
17/05/2020 à 11:23

what ? Et pourquoi pas Hitler qui produirait une série sur la tolérance et le critique du racisme ? J'avoue ne pas l'avoir vue, mais je reste sceptique quant aux réflexions profondes que peut contenir cette série... Pour moi, Netflix Amazon et compagnie produisent les mêmes bouses aseptysées que produit Hollywood, du cinéma de masse sans aucun intérêt mis à part le divertissement pur et dur.
Signé un traducteur qui offre aux français du cinéma inédit (inédit à cause du manque d'argent à gagner par les distributeurs).

Numberz
16/05/2020 à 16:52

Une série qui balance sur le consumérisme et le capitalisme, disponible sur Amazon. Well

protecteur
16/05/2020 à 14:33

quand j'ai decouvert cette serie (lundi).... j'avoue y etre allé sans conviction a cause du physique de bellatre de l'acteur principal... cliché banal du fantasme de la menagere de moins de 50 piges.

au final.... bonne surprise... petite serie d'anticipation qui denonce (avec ferocité et drolerie) les derives de notre monde actuel....et de ce qu'il pourrait devenir....

meme si elle n'egale pas la "claque" que j'ai reçu avec la serie "THE BOYS" (amazon prime)... Upload reste un bon divertissement avec un fond et de la reflexion....

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