Daybreak saison 1 : critique d'une fin du monde déjantée et tragique sur Netflix

Alexandre Janowiak | 28 octobre 2019 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Alexandre Janowiak | 28 octobre 2019 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Dans sa volonté évidente de rallier le jeune public à sa cause jusqu'à la nuit des temps (d'autant plus avec l'arrivée de la concurrence Apple et Disney sur le marché de la SVoD), Netflix balance ou reconduit d'innombrables séries visant un public adolescent (ou adulescent) : ÉliteDarkLa Casa de papelThe End Of The F***ing WorldThe Rain13 Reasons WhyStranger ThingsThe Society ou Sex Education... C'est dans cette continuité qu'a débarqué Daybreak, basé sur le roman graphique éponyme de Brian Ralph, le 24 octobre dernier. Verdict.

FULL META ROCKET

Dès sa bande-annonceDaybreak annonçait la couleur : la série de Brad Peyton (Rampage - Hors de contrôleSan Andreas) et Aron Eli Coleite (Heroes) sera une sorte de mélange entre les univers de Mad Max : Fury Road et de Bienvenue à Zombieland. A posteriori, le nouveau produit de Netflix, basé sur un roman graphique, s'est largement (et incontestablement) inspiré des deux univers précités, mais ne s'en est pas contenté et, en substance, ne s'y accroche pas en profondeur.

Si l'ambiance rêche et sèche du Glendale post-apocalyptique rappelle l'oeuvre de George Miller et que l'énergie débordante ainsi que les adresses directes au public (à l'écrit ou à l'oral) remémorent les apartés de Jesse Eisenberg dans le film de zombie, Daybreak se révèle finalement un bon gros délire meta tout au long de ses 10 épisodes.

Passant de World War Z (dans une petite séquence rougeâtre) à Love Actually ou Breaking Bad, rendant hommage au cinéma japonais en pastichant Rashômonparodiant l'ambiance de La Folle Journée de Ferris Bueller (présence de Matthew Broderick oblige) ou citant tout simplement Les AffranchisKaraté kidOrange mécaniqueApocalypse NowSupernatural avec le personnage de Sam Dean (oui sérieux), The Walking Dead (comme une évidence), AvatarGame of ThronesLe Seigneur des Anneaux... Daybreak s'amuse énormément avec la pop culture (et l'art en général puisque les oeuvres d'Akira Kurosawa sont loin d'être oubliées, par exemple).

 

Photo Sophie Simnett, Matthew BroderickSophie Simnett et Matthew Broderick

 

META NERF SOLIDE

Pour autant, si ces références sont pour la plupart de purs gadgets, elles permettent à Daybreak de s'élever au-dessus du niveau des séries purement teenage de Netflix. Difficile à croire, mais en dix épisodes, la série se révèle un formidable puits créatif, ne se contentant jamais d'une seule idée à user jusqu'à la moelle. Au contraire, la série de Brad Peyton et Aron Eli Coleite propose une multitude de concepts différents tout au long de son récit.

Ainsi, le premier épisode joue beaucoup du 4e mur pour planter son décor avec son personnage principal Josh. Et lorsque ce dernier, incarné par Colin Ford (tristement passé par l'ignoble Under the Dome) se voit en mauvaise posture, la série choisit de suivre les traces d'un autre personnage et d'embrasser pleinement ce nouveau point de vue. Le processus se développera en permanence, donnant une qualité de narrateur à de multiples personnages différents (voire certains qu'on ne verra jamais comme celui de RZA dans l'épisode 5) et enrichissant de facto son univers.

Plus encore, la série décide de passer d'un genre à l'autre sur le fond et sur la forme. Ainsi l'épisode 5 pastiche les films japonais (et animés) quand l'épisode 6 est quasiment muet, que l'épisode 7 reprend les codes de la sitcom ou que l'épisode 8 embrasse le genre de la comédie romantique avec des scènes attendrissantes, drôles et déchirantes. 

 

Photo Jeanté GodlockEt quelques trouvailles marrantes aussi avec American Idol

 

Si la série raconte avant tout l'histoire de Josh après la fin du monde et sa recherche de sa petite-amie Sam (Sophie Simnett dont on devrait ré-entendre parler très vite), Daybreak refuse de se satisfaire d'une histoire simple et cousue de fil blanc. Si elle n'évite évidemment pas tous les clichés des séries teens (les amours secrètes entre autres, les réconciliations expéditives), elle s'affranchit de nombreux codes notamment zombiesques pour créer sa propre mythologie (non, une morsure ne signifie pas une contamination).

Évidemment, il y a quelques maladresses. Dans un monde où les adultes ne sont pas censés avoir survécu à l'apocalypse, la présence de certains d'entre eux est justifiée par des facilités scénaristiques peu convaincantes. Pour autant, la série tente et réussit à plusieurs niveaux à se créer sa propre identité et malgré son abondance de clins d'oeil à la pop culture, le spectateur appréhende en permanence un monde inédit.

Ce sont ici les plus grandes forces de cette série teenage profondément généreuse à chaque seconde de son récit. Et d'un autre côté, ce sont aussi ses plus grands défauts.

 

photoEn mode Mad Max : Fury Road en pleine Californie

 

THE END OF THE FUCK*** WORLD

On l'a clairement expliqué plus haut, Daybreak s'attaque à la fin du monde de manière irrévérencieuse par une approche très frontale avec son utilisation incessante du 4e mur ou de situations-propos meta des personnages ("Pourquoi ils sont là alors que ce n'est pas leur souvenir ?" ; ces chaînes qui disparaissent pour mieux coller au souvenir de Josh). Une volonté d'être débridée et tumultueuse qui devient usante, voire épuisante, au fil des épisodes. La série déborde tellement d'énergie que regarder ses personnages courir, crier, faire des blagues plus ou moins lourdes, se battre... finit par agacer.

En changeant en permanence de styles et de points de vue, la série embarque les spectateurs dans un trip totalement déjanté, mais pas forcément très organisé. L'ensemble est particulièrement chaotique dans sa narration et avance finalement au gré des envies et des impulsions des scénaristes plutôt qu'au fil des découvertes des personnages. Par ailleurs, la série se veut une immense comédie en pleine apocalypse, mais ne provoque que rarement des rires francs ou de simples sourires.

 

PhotoUne jeunesse abandonnée

 

Somme toute, en dix épisodes, le récit progresse peu et ses enjeux se révèlent extrêmement faibles et mineurs. Dommage quand on sait que la série propose en sous-texte de jolies réflexions. D'abord sur la place des femmes dans la société et le regard que le système porte sur elles, notamment dans l'excellent épisode 8 (le meilleur de la saison) soumettant une vision sincère et spontanée sur la liberté qu'ont les femmes à disposer de leur corps tout autant que les hommes (ne leur en déplaise).

Puis, à une échelle encore plus grande, Daybreak s'attriste de la jeunesse désemparée d'aujourd'hui. Celle abandonnée par ses prédécesseurs, obligée de se débrouiller seule et livrer à elle-même si rapidement qu'elle ne pourra pas profiter de l'enfance dont ses aînés ont bénéficié. C'est ostensiblement le point le plus tragique de la série Netflix et qui devrait prendre le dessus sur tout le reste : les actions du monde actuel sont en train de détruire le futur de l'humanité.

Pire, finalement, ce n'est pas tant cette fin du monde qu'on aperçoit à l'horizon qui est véritablement inquiétante pour cette génération, mais bien l'idée que rien ne semble mis en place pour l'éviter. Désarmant.

 

affiche

Résumé

Au milieu de son délire méta et de son énergie débordante à outrance, Daybreak cache une réflexion alarmante sur la jeune génération malheureusement trop peu exploitée.

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.

Lecteurs

(0.0)

Votre note ?

commentaires
Vérité
12/06/2020 à 23:35

Série inspirée du film ou copier turbo kid

Brian
28/05/2020 à 02:21

Bonjour je sais que je mis prends très tard mais je ne comprend à la fin de l’épisode 10 Josh aime Sam et Sam n’aime pas Josh?

saiyuk
18/12/2019 à 09:33

Moi j'ai adoré... que ce soit l'humour, certains personnages, les delires creatifif, les sous-textes...alors oui pas exempt de defaut, et pas assez action non plus, mais les dialogues sont enorme et les situations bien barrés. En effet l'interprete de Sam ne devrait pas rester longtemps inconnu, belle, sensible, jeu nuancé, l'anti-cliché de la pom-pom girl des teen-drama habituel....

Alexandre Janowiak - Rédaction
05/11/2019 à 21:48

@Sam Dean,

en effet, c'est Sam, on l'avait d'ailleurs bien noté dans un autre paragraphe plus bas. C"est corrigé en tout cas, merci ;)

Sam Dean
02/11/2019 à 01:17

C'est pas "Sean Dean", c'est Sam Dean.

C.02 ????
01/11/2019 à 18:10

Très bonne série, de l’humour de l’action et du style !

Merci ! Cool le résumé je l’est lu avant de regarder !

Hif78
01/11/2019 à 11:25

J'ai trouvé bizzar la fin de l'épisode 10, tout ne finit pas au mieux, pourquoi ?

Hellboy0106
30/10/2019 à 21:43

J ai aimé et des le premier épisode sa ma plus je vien de finir et a quand la saison 2 ?

Juste moi
29/10/2019 à 23:34

J étais moyennement emballée par la bande annonce mais finalemrnt j ai vite accroché et j ai dévoré les 10 épisodes. (J ai adoré le clin d oeil a Love actually)
Je trouve votre critique parfaite. Vous avez très bien cerné cette série ????

Euh Merci mais non
29/10/2019 à 11:59

Pour ma part, après avoir essayé de regarder quelques épisodes, j'ai trouvé la série insipide et brouillon. elles jouent sur tous les styles "tendances" dans un méli-mélo sans aucune cohérence. juste pour le "fun", pour cacher un scénario et des personnages d'une pauvreté sans nom

Plus
votre commentaire