House of Ashes - Test : entre L'Exorciste et The Descent, la terreur d'Halloween

JL Techer | 28 octobre 2021 - MAJ : 28/10/2021 14:27
JL Techer | 28 octobre 2021 - MAJ : 28/10/2021 14:27

Savoir susciter la peur est le crédo de Supermassive Games. Après des débuts chaotiques, faits principalement de travaux de commandes, le studio a réalisé son oeuvre majeure : Until Dawn. Casting quatre étoiles, histoire promenant les joueurs entre slasher et film de monstre, le titre avait connu une immense réussite publique et critique. De quoi mettre définitivement le pied du studio à l'étrier du succès ? Pas vraiment puisque les productions suivantes de Supermassive furent de sévères déconvenues. Depuis, le studio anglais fait peur. Peur, car il sait terroriser les joueurs (comme avec Until Dawn), et peurs, car il est capable du pire (Man of Medan). Avec l'arrivée de sa dernière réalisation The Dark Pictures Anthology : House of Ashes, il est temps de trancher : Supermassive Games est-il là pour la peur ou pour le pire ?

The Descent

Les monstres existent. Lovés dans les profondeurs des ténèbres, ils attendent leur heure, le moment où ils pourront rejoindre la surface et devenir ou redevenir les maitres de cette Terre qui leur appartient. Les êtres humains leur ont donné de multiples noms au fil des âges : démons, chimères, vampires, djinns... Ils hantent les cauchemars des hommes depuis l'aube de l'humanité et, quelles que soient la puissance et la rage des hommes, les êtres humains ne pourront pas faire face à ces créatures indescriptibles si celles-ci désiraient reprendre leur dû.

Aujourd'hui relégués à l'état de mythes et légendes, leur avènement est pourtant sur le point d'avoir lieu dans une région reculée de l'Irak. En 2003, dans un contexte post-11 septembre 2001, des Marines américains traquent les armes de destructions massives que Saddam Hussein aurait dissimulées. Au mauvais endroit au mauvais moment, un groupe de soldats américains se retrouvent coincés dans les entrailles de la Terre, au coeur d'un ancien temple sumérien. Formés à toutes éventualités, à faire face quoiqu'il arrive, ils connaîtront pourtant la Peur.

 

photoSympa la déco

 

Face à eux, une créature inconnue les traque et se repait de leur chair. Un monstre invisible, qui rôde dans les ténèbres. Peut-être n'est-elle pas la seule, peut-être sont-elles des dizaines, ou bien plus encore. En prenant pour héros des soldats américains et irakiens, House of Ashes vient twister la recette utilisée pour les précédents volets de The Dark Pictures Anthology. Pas de monsieur ou madame Tout-le-Monde à l'horizon, les personnages principaux connaissent la guerre et ses horreurs. 

Ce faisant, les voir confrontés à la peur ne fait que décupler ses effets sur le public. Si des Marines et des soldats de l'armée irakienne se retrouvent en proie à une terreur sans nom, comment réagirait le commun des mortels ? Face à une horreur indicible, ces vétérans de guerre sombrent dans la panique, et pour survivre à des créatures sorties des profondeurs, qu'ils parviennent à peine à décrire, ils devront faire des choix aux conséquences imprévisibles, certains les précipitant vers leur perte, et d'autres vers un mince espoir de survie. 

 

photoAvec de l'élan, ça se tente

 

Après les errances de Man of Medan et Little Hope, (et de l'horrible Hidden Agenda de 2017 que tout le monde a oublié), qui flirtaient avec le statut de nanar vidéoludique, principalement à cause de leur casting bancal, d'une réalisation totalement aux fraises et de scénarios à dormir debout, il faut reconnaitre que l'on attendait ce House of Ashes avec crainte. Mais celles-ci disparaissent rapidement. Avec son ambiance qui glisse rapidement de La chute du faucon noir vers le claustrophobe The Descent, ce nouvel épisode distille d'abord une peur diffuse pour la transformer en véritable angoisse permanente. Peu de jumpscares à prévoir ici, Supermassive a opté pour une angoisse qui se love au creux du ventre et grandit sans cesse. 

La formule Until Dawn est ici sublimée. Certes Supermassive Games ne s'éloigne pas de la recette qui a fait son succès, en proposant un titre très cinématographique tant dans son approche visuelle que dans sa philosophie de gameplay. Mais ici, tout semble avoir muri. Les fruits Man of Medan et Little Hope furent récoltés trop tôt. House of Ashes a lui été cueilli à pleine maturité. Les acteurs sont très crédibles (Nick Tarabay dans le rôle de Salim est excellent), l'histoire prenante, et le titre fait réellement peur, avec une tension qui monte crescendo, ne laissant que peu de répit aux joueurs, et les empêchant de poser leurs manettes. 

 
photoUn clin d'oeil discret (ou pas)

Haute Tension 

Supermassive Games maitrise de main de maitre cette science de la tension, et de l'attention. L'histoire ne s'embarrasse que de peu d'exposition, et prend le parti de jeter le joueur dans le bain de l'horreur rapidement, puis les événements s'enchainent sans temps mort. À aucun moment le titre n'a le même syndrome de "ventre mou" dont souffraient ses prédécesseurs.

À mesure que les Marines s'enfoncent dans les profondeurs, la tension s'accroit. Arpenter ces boyaux souterrains à la simple lumière d'une torche alors que dans les ombres des silhouettes étranges se déplacent comme des prédateurs créés un stress continu, renforcé par le fait qu'il faille constamment rester en alerte afin de ne pas se faire surprendre par un quick time event (QTE) qui surgirait au moment le plus inopportun. 

 

photoLa peur au bout du couloir

 

De ce point de vue, l'école Supermassive Games n'a pas évolué depuis Until Dawn. La structure narrative amène à passer d'un protagoniste à l'autre de manière assez habile, mais bien que l'on ait la plupart du temps le contrôle total des mouvements du personnage que l'on incarne, les actions qui auront le plus d'impact sur le déroulé des événements seront les choix moraux à faire lors des scènes de dialogues, et la résolution des QTE

Ces mécaniques de gameplay rappelleront immédiatement celles utilisées par Quantic Dream pour ses jeux narratifs (Beyond : Two Souls, Detroit Become Human...), une touche apparait à l'écran, il faut réagir au plus vite pour la presser, sans quoi l'action menée sera un échec, ce qui aura des conséquences sur la suite des événements. Mais là où la méthode Supermassive diffère de celle de Quantic Dream, c'est que choix et absence de choix sont ici considérés comme des décisions à part entière, ce qui change considérablement la donne. 

 

photoDe l"art de faire un choix

Ainsi, lors des choix de dialogues, l'option "ne rien dire" est tout aussi valable que les deux autres options proposées. De même, lors de certaines séquences où le jeu propose de faire usage d'un objet (fusil, couteau...) il est tout à fait possible de faire le choix de ne rien faire. Et s'il s'agit parfois du choix de raison, permettant d'assurer la survie de certains personnages, il peut tout aussi bien les condamner sur-le-champ. Chaque décision pèse réellement sur le déroulement de l'histoire, ce qui vient une fois encore renforcer l'immersion dans le jeu, et accrocher d'autant plus le public qui se sera laissé prendre au jeu.  

Sur le papier, cela semble limiter les possibilités de gameplay, et c'est le cas. La liberté de mouvement est réduite, et assurément cela ne plaira pas à tous. Afin d'apprécier la formule narrative à embranchements de House of Ashes, il faut accepter de se trouver sur les rails d'un train lancé à vive allure où chaque décision modifie la destination finale. Toutefois, cette approche a également un sérieux avantage, car elle permet une plus grande accessibilité du titre, y compris pour des non-joueurs, ou un public peu enclin à se tourner vers le survival horror.

Le jeu en est pleinement conscient, et propose même un mode de jeu en coopération où plusieurs joueurs prendront le contrôle des protagonistes à tour de rôle, afin de construire une histoire unique, sur le modèle du cadavre exquis. Intitulé "soirée télé", ce mode en dit long sur les ambitions cinématographiques du titre

photoSe sentir tout petit

 

Jusqu'en enfer

Plus que de "simples" jeux vidéo, les productions de Supermassive Games, de Until Dawn à l'anthologie Dark Pictures sont des hommages au cinéma d'horreur et au cinéma bis. L'amour du 7e art transpire de chaque pixel de ces titres. Until Dawn était ainsi porté par un casting d'acteurs triés sur le volet (Rami Malek, Peter Stormare, Hayden Panettiere...), et offrait une magnifique déclaration d'amour au slasher (une bande de jeunes coincés dans un chalet) et aux films de monstres (on pense à Dark Was The Night et à Vorace).

Man of Medan rendait hommage aux films de bateaux fantômes (Nimitz et Le Vaisseau de l'Angoisse étaient des inspirations évidentes) et Little Hope au mythe des sorcières (avec Les Sorcières de Salem en ligne de mire). Pourtant pour ces deux opus, la formule ne fonctionnait pas. Difficulté mal dosée, mise en scène ratée, et histoires tout sauf passionnantes, les aspirations cinématographiques des jeux n'avaient pas suffi à les sauver. Trop de cinéma, et pas assez de jeu vidéo, la désagréable impression d'être devant des films interactifs avait eu raison du travail du studio.

 

photoPas terrible comme maquillage

 

Mais avec House of Ashes, le studio anglais a revu sa copie pour le mieux, et prouve tout son savoir-faire en matière de cinéma et de jeu vidéo. L'équilibre entre les domaines est totalement sous contrôle, et Supermassive Games est parvenu à créer un titre très cinématographique, mais qui n'a pas oublié son ADN vidéoludique. La mise en scène des cut-scenes, bien que très scolaire, est parfaitement maitrisée, et sait revenir aux codes du JV lors des phases d'exploration, avec une caméra à l'épaule héritée des TPS modernes. 

Il en est de même pour le découpage et le rythme global du titre, tout est ici contrôlé et réglé de main de maitre. Le changement de point de vue d'un personnage à l'autre se fait naturellement, et les ellipses distillées intelligemment. Mais là où le studio démontre véritablement son savoir-faire, c'est dans sa science du hors-champ. Dans le premier tiers du titre, la menace est invisible, terrifiante, rampant dans les ténèbres des alcôves du temple sumérien, en quête de victimes. Par la suite, le monstre se dévoile (son design est excellent), et la menace du nombre remplace celle de l'inconnu. La peur ne diminue pas pour autant, puisque chaque vie ne tient qu'à un fil. 

 

photoDevinez qui vient diner ?

 

Cette maitrise du découpage et de la mise en scène est tout entière mise au service d'une narration qui distille ses influences avec une intelligence que l'on pensait perdue depuis Until Dawn. La patte Supermassive Games est enfin de retour, les genres et les influences se mêlent, les pistes se brouillent jusqu'au climax final. Les premières minutes viennent tromper le joueur/spectateur avec un bal d'hélicoptères clin d'oeil à Apocalypse Now, avant de l'entrainer sous terre en convoquant le mythe de Pazuzu intimement lié à la saga L'Exorciste.  La descente en enfers qui suit est un hommage assumé à The Descent, et se poursuit jusqu'à un final lovecraftien au possible. 

Qu'on ne s'y trompe pas, il s'agit bien d'hommage, sans aucune forme de cynisme. À la fois plus cinématographique et plus vidéoludique que jamais, House of Ashes est un titre remarquable, un très bon survival horror, et de loin le meilleur jeu de la Dark Pictures Anthology. Pour peu qu'on se laisse happer par son ambiance suffocante, et que l'on ne soit pas rebuté par son gameplay, il procurera des heures de délicieuses angoisses.

The Dark Pictures Anthology : House of Ashes est disponible sur PS4, PS5, Xbox One et Series et PC depuis le 22 octobre 2021

 

photo

Résumé

Après les ratés Man of Medan et Little Hope, Supermassive Games signe enfin son retour dans la cour des grands avec House of Ashes. Grâce à une technique quasi irréprochable, une mise en scène maitrisée, et une histoire terrifiante, le studio anglais prouve qu'il fait partie des créateurs de jeu vidéo qui comptent sur la scène du survival horror. Bien que le gameplay du titre divisera le public, le studio prouve que la réussite Until Dawn n'était pas due au hasard, et renoue avec le succès. Vivement la suite avec The Devil in Me.

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Lecteurs

(3.5)

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commentaires
Oro
28/10/2021 à 18:03

C'est drôle car je fais actuellement le titre, je ne le trouve pas vraiment effrayant et pour le moment j'ai préféré Little Hope et Man of Medan, les histoires étaient plus intéressantes...

Momo
28/10/2021 à 15:01

Il est bien que super massive game ait diminué les jump scares inutiles, par contre le jeu ne fait pas du tout peur et j'ai ressenti peu de tension..

Mais j'imagine que c'est subjectif

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