Fallout 76 : critique du bébé prématuré de Bethesda

Créé : 12 décembre 2018 - Lino Cassinat

Après un Fallout 4 bien accueilli par la critique mais un peu écorné par les joueurs qui lui reprochaient un manque de nouveautés et une histoire trop simple, Bethesda enchaîne avec un opus radicalement différent intitulé Fallout 76. Un genre d'épisode bac-à-sable, multi et online au sein de la franchise post-apocalyptique. Cette fois, le succès critique et public est loin d'être au rendez-vous, et si la tempête de rage a occulté quelques surprenantes qualités de ce nouveau jeu, ces dernières ne peuvent en aucun cas faire oublier que Fallout 76 est globalement un échec.

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TERRE ! BRÛ-LÉE !

Situé cette fois en Virginie Occidentale, Fallout 76 nous met dans la peau de l'un des nombreux survivants tout juste sorti de l'abri 76 pour recoloniser le monde à peine 25 ans après la guerre thermo-nucléaire globale. Fallout 76 est donc l'épisode se déroulant le plus en amont de la chronologie de la franchise. C'est de ce choix que découlent la plupart des choix tranchés du jeu.

En effet, alors que la vie s'est ré-organisée comme elle pouvait dans tous les autres épisodes, c'est ici un monde quasi-vierge qu'il nous est demandé d'explorer ici, et le joueur - hormis ses éventuels amis joueurs - est complètement seul au monde.

 

photoBienvenue au début du jeu, qui rappelle fortement l'Eden du premier Guild Wars, mais en radioactif

 

Le fan de la saga Fallout risque d'être fort désarçonné dès les premières heures de jeu, car il faut très peu de temps après la traditionnelle création de personnage pour se rendre compte que toute l'histoire sera textuelle (ou racontée via des enregistrements). Il n'y aura absolument aucun PNJ en dehors des robots marchands - donc aucune intéraction - et l'objectif principal ne sera pas tant d'accomplir des quêtes que de survivre.

Une ascèse qu'on pourrait presque qualifier de nord-coréenne, et qui pourtant amène un certain vent de fraîcheur. Fallout 76 s'avère assez convaincant dans son ambiance, dangereuse certes, mais également paradoxalement très contemplative... et même mélancolique. Si le nouveau bébé de Bethesda n'oublie pas quelques traits d'humour typiques de la saga Fallout, il est curieusement plein de fantômes, de messages (vocaux et écrits) laissés, de ruines fumantes. Bref, de traces nostalgiques de ce qui a été et ne sera plus.

Un sentiment nouveau (pour la saga) d'errance perdue, renforcé par la gestion des voyages rapides. Ceux-ci sont désormais payants, et les capsules sont bien plus rares que dans n'importe quel Fallout. Chaque trajet est donc encouragé à être fait pour de vrai, ce qui, à défaut de coûter de précieuses capsules, coûtera du temps et des ressources, non moins précieuses.

 

photoLes armures seront aussi de la partie, mais comme dans Fallout 4, elles n'amènent pas grand-chose

 

TERRE VIERGE

Malheureusement, si cette angoisse du vide interpelle et charme, elle est vite rattrapée par les nombreux problèmes du jeu, que ce soit au niveau de la motivation du joueur, du gameplay... et même de la technique.

Si l'on s'amuse bien à monter son perso jusqu'au niveau 15-20, notamment grâce à un système de compétence semi-aléatoire particulièrement fun et original, passé ce cap on se demande régulièrement pourquoi on joue exactement. Il faut dire qu'en dehors du cadre visuel réussi, Fallout 76 fait vraiment le strict minimum pour maintenir l'intérêt du joueur. On se retrouve la plupart du temps à suivre des points sur une carte sans trop savoir pourquoi, puisque les textes arrivent directement dans le journal du joueur et se résolvent automatiquement.

 

photoRencontrer des joueurs. En général ça se passe bien.

 

Et quiconque souhaiterait jouer un peu roleplay et essayer de s'intéresser à la molle toile de fond abandonnera probablement très rapidement devant la quantité de pavés de textes à ingurgiter et d'enregistrements à écouter, tout ça pour une vague histoire de communauté de survivants perdue et de surperviseure disparue. Rien de bien neuf pour du Fallout.

Bethesda fait vraiment une erreur fatale en ne cherchant pas un minimum d'originalité de ce côté, car après 4 épisodes (sans même parler de New Vegas), l'univers est trop bien connu des joueurs pour justifier à lui-seul un besoin d'exploration. Il y a bien 2-3 nouveaux monstres, et des évènements aléatoires répétitifs, mais c'est franchement rachitique comme nouveautés. Quant au clou du spectacle, à savoir pouvoir tirer des missiles nucléaires sur la carte, c'est certes assez spectaculaire mais au final assez décevant, surtout pour quiconque à déjà été très très méchant dans Fallout 3.

 

photoUn feu difficile à éteindre

 

TERRE VIDE

Côté gameplay, là aussi Fallout 76 ne se foule carrément pas, voire régresse. La formule est très simple, prenez celui de Fallout 4, (déjà à peine différent de celui de New Vegas et de Fallout 3), ajoutez une jauge de faim et de soif qui vous harcèleront régulièrement, puis mettez encore plus l'accent sur le craft. Autant être prévenu, si vous comptez vous la jouer pillard charognard, vous risquez de déchanter.

C'est loin d'être impossible, mais le jeu vous mettra de nombreux bâtons dans les roues, vu la vitesse à laquelle vos pièces d'équipements et vos armes se cassent, et il vous faudra immanquablement vous mettre en quête de mille et une pièces de bric-à-brac pour réparer un simple flingue. La cuisine deviendra également primordiale. Quant au fameux système SVAV, son adaptation au multi en temps réel tient proprement de la fumisterie, et son changement de caméra fout tellement le bordel que vous ne l'utiliserez quasiment jamais dans le feu de l'action.

 

photoAh ça, vous allez cuisiner... ou tomber malade.

 

Une pensée vient alors : tout ceci oriente finalement Fallout 76 du côté du jeu de survie sauce RPG, et non plus du RPG d'action en FPS, genre sur lequel Bethesda règne en maître depuis un certain Skyrim.

Pris sous cet angle, Fallout 76 devient juste un peu meilleur, pas un bon jeu pour autant, car le challenge proposé par le jeu est ridiculement facile. Mourir n'a ici quasiment aucune conséquence majeure, tout juste perdrez vous un peu de loot, mais c'est seulement si vous avez la flemme d'aller chercher votre cadavre (bonjour l'originalité au passage, on rappelle que Diablo 2 est sorti il y a 18 ans). Comme avec le craft, Bethesda confond difficulté avec pénibilité.

 

photoNe rêvez pas, le jeu n'est jamais aussi beau graphiquement

 

TERRE ! BU-GUÉE !

Tout cela porte à croire que Fallout 76 avait besoin d'assumer plus franchement une direction purement bac à sable peut être, d'avoir des idées plus grandes... ou tout simplement d'au moins encore un an de gestation supplémentaire. Un sentiment aussitôt renforcé par les nombreux bugs techniques du jeu.

Ok c'est Bethesda, ok leurs jeux ont toujours eu besoin de patchs, et d'ailleurs celui-ci va beaucoup mieux un mois après son lancement. Mais tout de même, si, par exemple, le jeu ne crashe plus alors qu'on n'a pas passé la création du personnage (et c'était le tout premier démarrage du jeu dans la console...), les très nombreux lags, les ennemis qui se téléportent et les micros temps de chargement à l'ouverture du moindre menu demeurent. Ça fait beaucoup trop de couleuvres à avaler pour un jeu en ligne à 70 euros.

 

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Résumé

Pas de scénario fort, un contenu dont on a vite fait le tour et un challenge mou qui devient carrément simplet en multi. Bref à part une ambiance assez réussie, Fallout 76 a tellement peu de choses à proposer qu'en l'état c'est plus un tiers de jeu avec un certain potentiel qu'un jeu complet.

commentaires

Mama Fratelli 13/12/2018 à 10:47

Plutôt déçu avant sa sortie de ne pouvoir y jouer car je m'interdis de payer un jeu plein pot à 70 balles, somme à laquelle doivent se rajouter un abonnement pour jouer en ligne : je suis un playstationniste. Vu les retours de la part de la presse, des joueurs et de mes amis, je ne suis finalement pas déçu de ne pas y jouer. Je préfère Divinity Original Sin 2, qui vaut vraiment le détour.

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