Earthworm Jim : qui se souvient du ver de terre plus fort que Sonic et Mario ?

JL Techer | 24 avril 2022
JL Techer | 24 avril 2022

Au milieu des 90s, quand Sonic et Mario dominaient le jeu vidéo, débarquait Earthworm Jim le ver de terre dans une combinaison alien pour leur voler la vedette. 

1994 a été une immense année pour le jeu vidéo. La MegaDrive était à son apogée, et brandissait fièrement son Sonic 3. La Super Nes n’était pas en reste avec l’incroyable Donkey Kong Country qui allait mettre une claque visuelle à tous les joueurs, et FFVI qui rendait fous les gamers nippons. En novembre de la même année, Sega lançait sa Saturn, et Sony venait se couper une énorme part du gâteau vidéoludique mondial grâce au lancement hallucinant de la PlayStation 1, avec des titres énormes comme Toshinden, Tekken ou Ridge Racer.

Mais loin de céder aux sirènes de la 3D et de la next-gen, le studio américain Shiny Entertainment était bien décidé à prouver que la 2D n’était pas morte, et que les rois Sonic et Mario pouvaient être détrônés à grands coups de fouet et de lancers de vaches. Le héros qui aurait cette lourde tâche entre les mains devrait être fort, intrépide, et ne craindre rien ni personne. Il a débarqué sur SNES et MegaDrive, s’appelait Earthworm Jim et c'était le lombric le plus badass de la galaxie. 

 

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En ver et contre tous

À peine la console allumée, le ton était donné. Jim apparaissait dans sa combinaison alien, sous le logo Sega ou Nintendo, et après quelques poses dignes des pires bodybuilders, il se retrouvait en caleçon à petits cœurs face aux joueurs. Dès les premières secondes de jeu, David Perry, le père de Shiny Entertainment et créateur d’Earthworm Jim, montrait son intention : être impertinent, drôle, parodique et proposer un jeu qui ne serait pas pour le public d’enfant que visaient Nintendo et Sega avec leurs mascottes respectives.

Le jeu allait chercher à se moquer des poncifs du jeu vidéo déjà bien installés à l’époque. Earthworm Jim devait se jouer des codes du jeu de plateforme, en écornant les tropes de la princesse en détresse à aller sauver, qui ici s’appelle « Princess What’s-Her-Name », Princesse Machin-Chouette en VF, et en se moquant de tous les clichés attendus des jeux de plateformes de l’époque.

 

Earthworm Jim : photoVache + tronc d'arbre + frigo : vous avez 2 min pour résoudre l'équation

 

Quoi de mieux pour parodier les codes du JV que de créer un héros hors norme ? Exit les hérissons supersoniques ou les plombiers consommateurs de champignons, Jim n’est rien d’autre qu’un ver de terre, sur lequel tombe une combinaison spatiale alien, aux allures de corps bodybuildé. Au passage, l’armure de latex est livrée avec un minigun qui sera le nouveau meilleur ami de Jim. Car il n’a aucune intention de sauter sur la tête de ses ennemis pour s’en débarrasser, il va plutôt décider de les arroser de munitions ou de les fouetter avec son propre corps.

La parodie ne s’arrête pas au héros, les niveaux traversés étaient des pieds de nez aux classiques du genre platformer-action 2D. Pas de plaines verdoyantes ou collines vertes à l’horizon, pour débuter l’aventure Jim démarrait dans la décharge de New Junk City, bondissant sur des montagnes de pneus afin de se frayer un chemin au milieu de corbeaux au regard sadique et de chiens enragés à la gueule dégoulinante de bave mousseuse.

 

Earthworm Jim : photoEvil le chat, sadique comme tous les chats

 


Un premier ver pour la route

Et ce n’était que le début, car le ver allait devoir ensuite survivre à Down the Tube, un niveau aquatique traumatique, puis aux couloirs piégés d'un OVNI, pour finir par atterrir dans Intestinal Distress !, une exploration intestinale nauséabonde. La course se terminait dans l’infernal Buttville hérissé de pics en tout genre, avant de retrouver enfin la Princesse qui finit écrasée sous une vache, ultime affront aux clichés de la demoiselle en détresse.

Pour donner vie à Jim et à un monde aussi fou, il a fallu pas moins de deux cerveaux décomplexés, ceux de David Perry et Doug TenNapel. Perry était un programmeur de génie, qui en deux années, 1992 et 1993, a réussi a accouché de trois hits pour Virgin : Global Gladiators, un étrange et génial platformer écolo produit par McDonald, Cool Spot, jeu à la gloire de la mascotte de 7up, et le monumental Aladdin 16 bits.

Après ces succès, et grâce à son caractère fantasque et à son amour des médias, Perry est devenu l’un des premiers créateurs de jeu vidéo occidentaux à être qualifiés "d’auteur" du JV, aux côtés de Tim Schafer (Full throttle) et Ron Gilbert (Monkey Island). Mais les produits de commandes ne lui suffisaient plus, il voulait secouer le monde avec un jeu explosif et irrévérencieux : Earthworm Jim.

 

Earthworm Jim : photoCroquis préparatoires de Doug TenNapel

 

Le jeu a bénéficié d’un soin du détail incroyable, tant au niveau des animations du héros et des ennemis, qui doit beaucoup au travail de Doug TenNapel, animateur pour le monde du dessin animé qui a travaillé sur les adaptations vidéoludiques de Jurassic Park et Le Livre de la Jungle. Les mimiques de Jim étaient incroyables d’expressivité, TenNapel s’est énormément inspiré des classiques de Tex Avery pour caractériser son anti-héros.

Rarement un jeu n’avait proposé un héros aussi vivant, et une galerie de boss aussi hilarante : Bob, le poisson rouge tueur, Evil le Chat à neuf vies, Flaming’Yawn, l’entrecôte diabolique, et Doc Duodénum, le morceau d’intestin sont inoubliables pour tous ceux qui ont eu la chance de leur coller une méchante dérouillée.

Avec ses graphismes colorés, son animation digne d’un cartoon, son humour, et son level design alambiqué, le titre de Shiny est devenu un incontournable instantané. Ajoutons que la bande-son de Tommy Tallarico (Aladdin) entre rock et expérimentation est encore considérée comme l’une des meilleures OST de l’ère 16 bits. Il suffit d'une écoute du délirant What The Heck pour être convaincu du génie de Tallarico.

 


Le ver à moitié plein

Earthworm Jim 1 s’est écoulé à plus d’un million d’exemplaires, ce qui en a fait l’un des meilleurs vendeurs de l’année 1994. Évidemment, il était impensable de laisser tomber Jim après une telle réussite. Le ver de terre allait donc revenir pour un deuxième opus dès l’année suivante, nommé simplement Earthworm Jim 2 pour MegaDrive, SNES, Saturn, PC, PlayStation et GameBoy Advance.

La recette est exactement la même que pour le premier opus, et si celle-ci fonctionne toujours, Earthworm Jim 2 a tout de même une légère odeur de réchauffé. Malgré quelques fulgurances, comme le niveau ISO 9000, qui confrontait Jim à des employés de bureau en burn-out, ou un niveau de shoot’em up en 3D isométrique, le tout ressemblait plus à un Earthworm Jim 1.5 plutôt qu’à une suite digne de ce nom. Ceci n'aura pas pour autant entaché l'aura de Jim.

 

Earthworm Jim 2 : photoEarthworm Jim 2 : plus de gag, plus de vieilles, plus de mimiques

 

Le lombric a même eu droit à l’honneur d’être le héros d’une série animée éponyme, créé par Douglas TenNapel. Diffusée en 1995 et 1996 aux USA, la série a connu deux saisons, pour 23 épisodes au total. Portée par Dan Castellaneta (le doubleur original d’Homer Simpson) dans le rôle de Jim, elle est restée inédite en Europe, sans doute à cause de son ton très décalé, voire gentiment insolent. Jim est revenu pour un baroud d’honneur 3D en 1999 sur N64 avec le médiocre Earthworm Jim 3D, développé par le studio VIS Entertainment, sans l’implication de Shiny.

Depuis, Jim le ver de terre est revenu de temps à autre, sur support portable (Earthworm Jim Menace 2 the galaxy), via un remaster HD de son premier opus, et un reboot malheureux sur PC en 2017. Aux dernières nouvelles, un Earthworm Jim 4 tout en 2D sortira, peut-être, sur Intellivision Amico, une console de jeu de seconde zone aux allures d’arlésienne, initialement prévue pour un lancement en octobre 2021 et qui devrait être commercialisée en décembre 2022…

 

 

La véritable résurrection d’Earthworm Jim pourrait bien se faire par la case de l’animation, puisqu’Interplay a annoncé le retour du lombric dans une toute nouvelle série TV intitulée « Earthworm Jim Beyond The Groovy », entièrement en CGI, et réalisée sous la houlette de Michel K. Parandi (XYZ: From Fire And Dust). Espérons que cela lui permette un come-back par la grande porte dans le monde du jeu vidéo. Le ver de terre le plus badass de la galaxie mérite bien de regagner ses galons et de revenir faire trembler le monde de la bien-pensance vidéoludique.

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commentaires
alxs
26/04/2022 à 17:28

Merci pour cette madeleine de proust ! Que de souvenirs ! Ces gens qui marquent une jeunesse ... !

Cidjay
25/04/2022 à 12:55

Les vrais connaisseurs attendent avec une impatience non dissimulée le prochain Opus sur La future intellivision (projet racheté par Tommy Tallarico; la tête pensante de Earth Worm Jim)

Marvelleux
25/04/2022 à 12:51

Aucun remaster en vue ? Fais ier-ch.

fourtwo
25/04/2022 à 09:39

Les deux premiers jeux sont des classiques du turbo-débilo vidéo ludique.
La version Mega Drive était un peu au dessus de la version SNES techniquement d'ailleurs.

Tauxi
25/04/2022 à 03:34

Difficile d'oublier ce personnage vue qu'on vient de le voir dans son dernier rôle "The Batman"...

rientintinchti
24/04/2022 à 19:58

Chef d'oeuvre absolu.
cartoonesque, tex averyesque. Génial comme jeu.

Ray Peterson
24/04/2022 à 16:04

On en parle de ce put*** de niveau sous l'eau avec le sous-marin de fortune qui pête à chaque impact, ou la promenade du gentil toutou extra-terretre qui devient méga vénère quand il se fait percuter!!!! Du culte! La zique du 1er niveau un chef d'oeuvre comme ce jeu !

Hasgarn
24/04/2022 à 15:41

Groovy !

Zapan
24/04/2022 à 14:44

Groovy!

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