Festival de Cannes : critique du très perturbant "Le Fils de Saul"

Chris Huby | 16 mai 2015
Chris Huby | 16 mai 2015

Le fils de Saul est le premier film du réalisateur hongrois Laszlo Nemes et, le moins que l'on puisse dire c'est qu'il n'a pas choisi la facilité.

Saul est un juif hongrois déporté en 1944 à Auschwitz en tant que Sonderkommando, soit une affectation particulière des camps d’exterminations nazis qui les faisait participer au processus de la solution finale sans pour autant les faire participer directement aux crimes. De la main d’œuvre pour le crime.

La Shoah a souvent été décrite à travers de nombreux longs métrages de fictions, ainsi que dans des documentaires internationaux retentissants. Le sujet est tel que chaque métrage est surveillé avec soin. L’extermination des juifs n’est pas un sujet léger, en particulier ceux qui revendiquent une forme absolue de réalisme tel que ce dernier long métrage.

Ce qui marque d’emblée, c’est le parti pris technique, d’une maitrise ahurissante. De longs plans séquences se suivent et impressionnent par leur justesse et ce qu’ils choisissent de montrer. A côté de ce procédé, l’auteur a préféré conserver un format 1.33 et un point de vue constant autour du personnage principal. A l’image, cela donne une suite de plans subjectifs très serrés, avec une profondeur de champs réduite, ce qui donne à la fois une impression de double enfermement et de folie.

Dans les moments de drame, tels que certaines tueries sauvages, notre regard se focalise alors souvent sur les actions qui se déroulent autour du visage omniprésent de Saul, une utilisation qui rend supportable l’immontrable, restée hors champs ou dans un flou lointain. C’est un choix de réalisation particulier, retors, mais qui fonctionne parfaitement. L’émotion en est toutefois un peu touchée, car le film reste glacial, non pas tant par le sujet que par cette maestria technique qui se ressent tout du long.

Il en reste un excellent film qui aborde des aspects de l’horreur parfois méconnus. Et à ce titre, il est important d’aller le voir.  

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