Avengers 2 : découvrez les points forts et les ratés du défi de Joss Whedon

Jean-Luc Hassaique | 23 avril 2015
Jean-Luc Hassaique | 23 avril 2015

Avengers : L’Ère d’Ultron est sorti depuis moins de 24 heures que déjà, les débats font rage. Une presse beaucoup plus réservée que sur le premier épisode, des spectateurs plutôt clivés entre les amateurs de cet énorme divertissement et ceux qui lui reprochent divers problèmes de structure, l’heure est à la polémique.

L’occasion était donc toute trouvée d’essayer d’analyser, à tête (un peu) reposée, quels sont les points forts et les points faibles de ce projet pharaonique réalisé par Joss Whedon pour le compte de Disney. Attention, ce qui suit contient quelques menus SPOILERS.

 

 

CE QUI MARCHE

 

L’Introduction

Le réalisateur nous avait promis que son film s’ouvrirait en fanfare, et il n’a pas menti. Dans une introduction qui fait clairement référence à James Bond dans sa structure et globalement aux images les plus iconiques des comics dont s’inspire le film, il se mesure directement à la conclusion impressionnante d’Avengers premier du nom.

Tous les héros sont réunis et se retrouvent une fois de plus lors de plans séquences numériques où tous collaborent et mettent une peignée légendaire à des vilains pas beaux.

Explosions, cascades, super pouvoirs, rien n’est oublié et le tout est emballé avec des effets spéciaux globalement réussis, le tout rehaussé d’une touche d’humour bienvenue. Pendant une dizaine de minutes, on croit sincèrement que Joss Whedon est sur le point d’accomplir un petit miracle.

 

 

Le combat entre Hulk et Iron Man

Les bandes-annonces nous le promettent depuis des mois, et force est de constater que cette séquence ne déçoit pas. On pourra lui reprocher de se finir en eau de boudin et de ne contenir absolument aucun enjeu dramatique, mais la question n’est pas là.

Nos deux héros se battent avec classe, en détruisant à peu près tout autour d’eux, tout en nous offrant quelques images intensément spectaculaires. On ressent comme rarement la puissance de ces deux personnages.

 

 

La Vision

C’était sans doute un des rôles les plus complexes à rendre crédibles, tant en termes d’apparence que d’écriture. Encore une fois, les aigris se plaindront qu’il ne serve strictement à rien dans le film, sinon faire des blagues à Thor, mais les fans ne sont pas là pour ça.

Le personnage est éminemment charismatique, son apparence impressionne et parvient à nous marquer les rétines en dépit d’un look rétro très marqué, quant à son interprète Paul Betany il parvient à rendre vivante cette entité à part.

Enfin, il bénéficie à la toute fin du film de la seule séquence véritablement mise en scène de l’ensemble, où Joss Whedon semble enfin se rappeler comment établir une dramaturgie.

 

 

 

Le grand méchant Ultron

On s'est assez moqué de Loki, de ses grimaces et de la facilité avec laquelle l'équipe des Vengeurs en venait à bout dans le précédent film pour ne pas se féliciter du travail accompli sur l'adversaire de nos héros dans cette nouvelle aventure. On pourra regretter que son plan n'ait à peu près aucun sens, mais pour le coup, impossible de nier son aura, sa puissance et la menace physique qu'il représente pour les personnages.

Doublé par James Spader, il répand dans toutes les scènes où il apparaît une ironie mordante, mêlée à une excitation enfantine, une joie mauvaise qui le rend aussi détestable qu'attachant. Pour un peu on regrette que le film décide de totalement l'évacuer de la mythologie tant on aurait apprécié de le revoir taquiner les personnages, à la manière d'un Loki justement.

 

CE QUI NE MARCHE PAS

 

L’Équilibre des personnages

C’était la grande force du premier volet, réussir à faire exister une galerie de héros aux caractères, styles et popularité pour le moins différents. Hélas cette fois Marvel se plante en beauté et panique.

Quand arrivé à la moitié du film, le scénario ne s’est encore arrêté sur aucun personnage, coincé entre l’humour bas de gamme et tentative de dramatisation, Joss Whedon envoie tout ce beau monde vingt minutes durant dans une ferme à la campagne pour enchaîner les séquences dialoguées censées approfondir leur relations.

Une preuve supplémentaire des carences d’écriture de l’ensemble, si le film a la bonne idée de vouloir développer Hawkeye, il le fait d'une manière tellement abrupte et artificielle, dans le seul but de faire la publicité d'un certain mode de vie américain fantasmatique, qu'on est franchement embarrassé par le résultat.

 

 

Le Ton

Avengers : L’Ère d’Ultron devait être plus sombre nous annonçait-on. Logique, cet épisode devant préparer le terrain à Captain America : Civil War et la disparition de plusieurs héros/acteurs de l’échiquier Marvel.

Sauf que ce n’est pas le cas. Exemple incroyable, la seule séquence dramatique et émouvante du film est montée en parallèle avec un gag, repris du premier volet. Comme si Marvel n’osait pas assumer la direction prise par le récit.

Entourée de ténèbres très artificielles, les toujours nombreuses plaisanteries que se lancent les personnages tombent presque systématiquement à plat, la mise en scène n’étant plus au service de l’humour et de son tempo spécifique.

 

 

Les Décors

Aussi incroyable que cela puisse paraître, aucun décor d’Avengers : L’Ère d’Ultron ne retient l’attention. L’ensemble paraît avoir été tourné dans une banlieue occidentale générique, saturée d’immeubles ternes et impersonnels, une sorte de reproduction à l’infini du quartier parisien de la Bibliothèque François Mitterrand.

La raison en est simple, le film, comme toutes les productions Marvel, ayant été lancé et exécuté dans l’urgence, les séquences d’action se basant sur de nombreux plans séquences numériques, il est impensable de passer trop de temps sur la conception et la création de décors originaux. Marvel a ainsi privilégié des lieux plus ou moins anonymes, susceptibles d’être identifiés dans à peu près tous les pays du monde (une usine, une bretelle d’autoroute, des faubourgs urbains).

 

 

Le Scénario

En découvrant Avengers : L’Ère d’Ultron, on a le sentiment non pas d’assister à une aventure menée tambour battant, mais à un mille-feuille anarchique uniquement voué à remplir des impératifs commerciaux et taquiner le geek.

Le plan d’Ultron restera extrêmement confus jusqu’à la conclusion, la création de la Vision arrive comme un cheveu sur la soupe, l’ensemble n’ose jamais faire vraiment la critique d’Iron Man.

Ce dernier point est peut-être le plus problématique le film faisant un temps mine de remettre en cause la volonté de puissance et de contrôle de Robert Downey Jr. pour finalement le justifier totalement dans son dernier acte.

 

 

Le discours politique

Bien sûr Joss Whedon n’est pas un tenant d’un corpus réactionnaire, et a toujours affiché dans l’écriture de ses personnages un humanisme et un progressisme plutôt sincère, comme en témoigne Buffy. Il n’empêche que son dernier film est incontestablement un métrage ultra-républicain, pro-guerre et totalement réac.

Soutien à l’interventionnisme américain, présentation des conflits comme des opérations humanitaires, transformation des Avengers en purs soldats (« Si tu tires pour tuer, tu es un Avenger »). Enfin, si comme Whedon l’avait promis, l’équipe des Vengeurs est effectivement transformée à la fin du film, on constate avec amertume qu’elle est principalement militarisée.

L’origine de ce changement est peut-être dû aux très importantes subventions qu’alloue l’armée américaine aux films qu’elle juge comme donnant une image positive et patriotique de son action plus globalement du pays.

 

 

À la grande surprise de Marvel (et de ses comptables) le premier Avengers n’avait pas été jugé éligible à cette subvention, le film n’étant pas assez nationaliste aux yeux de l’armée. Peut-être faut-il voir dans cette transformation idéologique une volonté de s’allier la collaboration d’un bailleur de fonds particulièrement intéressant pour Hollywood.

On se souvient d’ailleurs que ce rapport avec l’armée américaine n’est pas pour rien dans la vision ultra-guerrière qu’a livrée Michael Bay de ses Transformers…

 

 

Voilà quelques éléments de réflexion sur les ingrédients qui font la réussite ou l’échec d’Avengers : L’Ère d’Ultron. Chacun sera libre de juger de leur importance ou de leur validité. N’hésitez pas à nous faire savoir ce qui vous a séduit, déplu, étonné, amusé ou agacé dans ce qui s’annonce comme un des plus gros succès de l’année.

Tout savoir sur Avengers : L'Ère d'Ultron

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commentaires
Le boss
14/08/2015 à 09:14

Tg

leoscrow
04/08/2015 à 15:04

Félicitations ! Superbe article, à la fois fourni et détaillé, vous avez mis le nez là où ça fait mal !

Bolderiz
31/05/2015 à 17:19

AV2 est bordélique, ne laisse aucune trace, émotion ou souvenir tangible à son auditoire... C'est malheureux mais c'est vrai. Il y'a bien entendu des spectateurs, nombreux, qui ont adoré mais en rapport du premier celui-ci déçoit beaucoup! C'est compliqué de faire un film choral sans tomber dans le tout n'importe quoi qui part dans tous les sens et c'est, hélas, ce qui se passe. Alors c'est bien fait, il y'a des passages forts réussis (l'introduction, en effet) mais bon, on ressort de là ballonné comme après un repas de mauvaise qualité trop quantitatif... Le trop est l'ennemi du bien et Marvel devrait s'en souvenir. Je ne suis pas certain qu'un AV3 soit aussi attendu que cet opus...

Stef
09/05/2015 à 02:15

En voyant tous les persos mis en avant dans le casting, je me suis dit "mon dieu, pourvu qu'ils ne merdent pas comme X-men 3", et sa galerie de personnages survolés, superficiels, son scénario sans intrigue ni rebondissement qui ne sert qu'à enchainer différentes scènes d'actions pour que chaque fan voit son héro préféré en action.

Et quand je vois les castings annoncés que quelques gros projets à venir (X-Men Apoc, Civil War etc...), j'ai peur. Encore que Brian Singer a eu l'intelligence de présenter de nombreux personnages au début de Days of Future Past pour satisfaire les fans, avant de concentrer l'action sur les quelques héros habituels.

killbee
04/05/2015 à 17:56

l'édito est juste. Militariste ou pas, la question n'est pas là. le film est tout simplement raté. tout est presque dit dans cette critique, sauf peut-être que les acteurs ont tous l'air de se faire vraiment chier, qu'ils ne sont pas très bien éclairés (ou maquillés) et que leurs dialogues sont parfois abscons (l'explication de Stark quand Ultron déconne, j'ai rien pigé). De plus, le flirt entre Natacha et Banner, on y croit pas une demi seconde, et c'est vrai que la petite vie pépère de Barton à changer sa véranda (non mais on va ou là!) est toput bonnement ridicule. dommage, j'attendais beaucoup de ce film. Antman à l'air mieux...

killbee
04/05/2015 à 17:55

l'édito est juste. Militariste ou pas, la question n'est pas là. le film est tout simplement raté. tout est presque dit dans cette critique, sauf peut-être que les acteurs ont tous l'air de se faire vraiment chier, qu'ils ne sont pas très bien éclairés (ou maquillés) et que leurs dialogues sont parfois abscons (l'explication de Stark quand Ultron déconne, j'ai rien pigé). De plus, le flirt entre Natacha et Banner, on y croit pas une demi seconde, et c'est vrai que la petite vie pépère de Barton à changer sa véranda (non mais on va ou là!) est toput bonnement ridicule. dommage, j'attendais beaucoup de ce film. Antman à l'air mieux...

Alex
29/04/2015 à 17:10

Alors moi non plus je suis pas d'accord, je trouve que tous les personnages sonr bien représentés. Cependant, j'ai ressenti beaucoup de sympathie pour ultron et il ne m'a pas sepblé etre badass comme j'aurais voulu. Et je trouve que la fin nous laisse sur notre faim, ultron est finalement tres facilement tué

REA
27/04/2015 à 19:01

Bravo! Je vous retrouve enfin dans votre analyse dont je partage bien sur les 3 premiers points de ce qui ne fonctionne pas. La politique n'étant pas trop mon dada...

Vous en parlez brièvement, mais l'humour est une catastrophe. Omniprésente. Le "running gag" sur l'allergie des gros mots de Captain America était conne. Oh oui, sanctionne-moi Steve.
A un moment Thor enchaîne 2 blagues, alors qu'une était suffisante. Et que dire de Stark, à croire que les auteurs ont cherché constamment à ce qu'il place une punchline.

Mon avis général, c'est qu'ils ont repris les mêmes ficelles gagnantes du 1er film en les exagérant. Au point que les mêmes spéciaux sont surgonflés au point d'être visibles.
Ils ont été la facilité (Côté Obscur), limite c'est Avengers, quoiqu'on fasse, ça va cartonner.
Pas de génie, pas de créativité, du rabâché surexploité. Dans l'espoir que les frères Russo relève le niveau CA2 était top (il se classe dans mon top 5 des réussites Marvel), à voir ce que donnera Civil War qui sera un bon marqueur de confiance pour les Infinity Wars

Crichton
26/04/2015 à 04:50

@davidy
Il n'y pas de "like" ici, alors je le fais à la main.;-)

@la rédaction
Pour le vrai fan, voir tous les personnages être développés n'a rien de gratuit, c'est juste agréable. Et oser écrire que Captain America ou Black Widow "ne servent à rien" dans un film d'action en équipe est d"une rare stupidité.

C'est bel et bien du parti pris quand vous faites semblant de mal comprendre que Black Widow exprime seulement la tristesse de son sentiment personnelle, pas une opinion de Joss Whedon et MARVEL sur les femmes stériles, vous faites semblant de mal comprendre quand Hawkeye conseille à Scarlett Witch "d'assassiner" ses ennemis qui ne sont que des machines, En utilisant le terme de "soldat ultra-droitier" vous trahissez votre ressentiment (anti-américain, anti-militatiste) qui n'a rien à voir avec l'ensemble du film non plus. A peine à la fin et encore, c'est juste proche de la version Ultimate des Avengers de Mark Millar (que vous ne connaissez peut-être pas), dans lequel un complexe para-militaire entoure les Avengers.

Franchement, donner une note en-dessous de la moyenne à ce film jouissif et plutôt généreux, pour des points de détails aussi parisiens.., je maintiens que la presse a voulu se "payer" ce film. Raté, vu les entrées en première semaine dans le monde entier.:-)

davidy
24/04/2015 à 12:26

@La rédaction

Je respecte votre avis mais ne la partage pas pour autant.

Ces éléments scénaristiques peuvent paraitrent non justifiés pour vous ou le cinéphile qui regarde des films "one-shot" et fermé à toutes suites. Il n'empêche qu'ici il s'agit d'un film dans un univers plus vaste et est exploité sur différents médias (séries tv, cinéma, etc). C'est un film grand public mais reposant sur les bases du modèle des comics : ce qui est dit ou mentionné dans un épisode ne prend parfois son sens que sur une autre série en parallèle ou alors plus tard.

Je ne pense pas du coup que cela gène réellement la plupart des spectateurs, ils sont attachés à ces personnages et même si on s'égare sur le passé de certains, ça reste toujours bénéfique au final ou dans un but que l'on ignore encore (pour l'instant).

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