Magic in the Moonlight : rencontre british avec Colin Firth

Simon Riaux | 23 octobre 2014
Simon Riaux | 23 octobre 2014

Dans une suite d'un palace Parisien, une poignée de journalistes attendent Colin Firth, à l'affiche de Magic in the Moonlight, le nouveau Woody Allen. La presse n'a pas été tendre ces dernières années avec le comédien que le grand public a découvert dans Le Journal de Bridget Jones. Depuis sa consécration avec Le Discours d'un Roi, il n'a pas toujours fait les bons choix, oscillant entre mélos convenus et thrillers de bas étages. Pourtant, dans l'assistance, l'excitation est palpable. L'acteur fait partie de ces artistes dont les coups d'éclats éclipsent les errements.

Il le sait et c'est fort d'un mélange de confiance et de flegme typiquement british qu'il salue l'assemblée. Les premières questions fusent, presque toujours orientées sur sa collaboration avec Woody Allen. Un réalisateur légendaire pour ses méthodes de tournage, « n'intervenant que si c'est absolument nécessaire », pour mieux laisser les comédiens déployer la dramaturgie de ses séquences écrites avec un soin d'orfèvre.


Avoir le Woody bien en bouche.



« Pas de répétitions, pas de conversations, pas de plaisanteries ou de dîner mondain (…). Tout est dans les didascalies. Le phrasé, l'intonation, les indications psychologiques, c'est là que se trouvent toutes ses indications ». C'est que le metteur en scène ne crée jamais que des doubles de lui-même.
« Et ces mots, il n'y avait qu'une façon de les prononcer : la façon de Woody Allen. Dès que vous les avez en bouche, votre corps n'a plus qu'à suivre. Pour autant, il ne sert à rien de l'imiter, il est comme un prisme qui indique la bonne note sur une partition. D'ailleurs, les séquences où je me retrouvais à un peu trop l'imiter ont toutes été coupées. »

Et si Firth n'hésitera pas à évoquer ses hésitations avant d'accepter le rôle, en bon lettré, il en comprend admirablement les rouages. « Chez Molière, il y a toujours un caractère, dans l'Avare ou Le Tartuffe, marqué par un défaut, un monomaniaque. Aristote parle de la tragédie comme le genre qui élève l'homme au contraire de la comédie qui l'abaisse et réduit sa condition. Un des principes de la comédie est que les personnages n'évoluent pas, malgré ce qui les entoure.
C'est le cas ici et c'est ce qui fait de Magic in the Moonlight une comédie. Malgré ce qui l'entoure et ce qui lui arrive, Stanley demeure imperturbable, ses défauts l'aveuglent, jusqu'à l'ultime scène
 ».



L'acteur n'est pas à l'aise avec la comédie romantique, comédien littéraire et sensible à la mise en scène (comme le prouve A Single Man), il a logiquement douté avant de rejoindre l'équipe de Woody Allen.

Et c'est à demi-mot qu'il reconnaît devoir à l'acharnement du réalisateur sa participation au projet. « Après avoir reçu le script, mon agent m'a demandé une réponse dès le lendemain, mais j'aime avoir le temps de la réflexion. Enfin, c'était Woody Allen tout de même. J'ai quand même dû refuser pour des questions d'agenda. Du coup Woody a bousculé son emploi du temps et est revenu vers moi six semaines plus tard. C'est très difficile de dire non à Woody Allen. En tout cas on ne peut pas le faire deux fois. »


Magic in the Woody.


Entre malice et sobriété, Firth dessine le portrait d'un réalisateur torturé, sans doute plus que lui. « Il pense très profondément que la vie n'a pas de sens, que nous ne sommes là que pour un temps et que l'existence n'est pas porteuse de sens, en fin de compte nous disparaîtrons, comme si on tirait la chasse (…). C'est cette philosophie très sombre qui le fait agir et l'encourage à la légèreté. Pourquoi être grave avec le bref laps de temps qui nous est donné ? »

L'acteur, lui, déguste. Il goûte le moment et scrute chacun de ses interlocuteurs, avec un calme olympien, jamais effrayé par une boutade. « Stanley est un personnage plein de morgue et de mépris, pétri de certitudes. Heureusement qu'on m'a dit que Woody Allen m'avait choisi pour ma voix. »

Et sans doute pour cet esprit délicat dont il n'entend pas se départir.

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