Tout est faux, enfin du sang neuf en France ?

Créé : 15 septembre 2014 - Simon Riaux
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Tout est faux est sans conteste la curiosité du mercredi 17 septembre. Comme Donoma avant lui, ou encore une Histoire banale, l'œuvre est née à la marge du système de production et de distribution français, qui semble incapable d'accompagner une partie de ses nouveaux auteurs.

 

 

Il y a quelques semaines, Les Combattants et Party Girl enflammaient la presse, qui voyait parfois dans ses deux films terriblement balisés mais habiles un renouveau tant attendu. Plus précisément, on se réjouissait à coup de qualificatifs transcendantaux de trouver sur les écrans une nouvelle génération de réalisateurs Fémis. Comprendre des faiseurs d'images calibrés « auteur », dont les tropismes et les thèmes parcourent le cinéma hexagonal depuis plusieurs décennies sans jamais se renouveler, ou si peu. De telles louanges sont d'autant plus singulières que nombre d'aspirants réalisateurs évoluent aujourd'hui au nez et à la barbe du CNC, de moyens métrages en fictions auto-produites. Qu'ils se battent pour mener à bien des projets difficiles, à rebrousse-poil des diktats esthétiques du moment ou défrichent de nouvelles formes, le système les ignore superbement, ne daignant les adouber que sur le tard quand leur travaux déclenchent une adhésion que les autorités ne peuvent pas décemment étouffer.

Il en ira probablement de même pour Tout est faux et son créateur, Jean-Marie Villeneuve. Nanti de 2 000 € de budget, d'une équipe réduite à sa plus simple expression et de 85h de tournage étalées sur une année, l'artiste a emballé par la seule force de sa détermination un récit intrigant, où se côtoient une poésie bétonnée inattendue ainsi qu'un sens de l'absurde réjouissant. Il y est question de Fred, homme sans âge ni passion, qui navigue d'un job absurde aux confidences d'une amie narcissique. Autour de lui s'agitent les fantômes du quotidien, tandis que l'effervescence des élections présidentielles de 2012 achèvent de donner à Paris un air de vaste cirque anxiogène.

 

Ce dispositif simple agit sur le spectateur à la manière d'un surprenant poil à gratter, comme si Villeneuve s'évertuait avec un bon sens glacial à déshabiller l'existence de ses personnages, dénouer les fils d'une réalité qui n'a de cesse de se dérober. Nimbé d'une numérique étrangeté, le film dépasse les limites inhérentes à son budget, au manque de temps ou de professionnalisme de certains de ses intervenants pour nous toucher avec une force remarquable. Car dans le délétère contexte d'un pays en pleine crise politique, sociale et institutionnelle, la rêverie forcenée de Villeneuve touche juste et dévoile le vide anthracite qui gouverne nos vies.

Après plusieurs courts et moyens métrages qui n'auront pas connu les honneurs du CNC, le metteur en scène a abandonné l'idée de passer par les fourches caudines de la production bien de chez nous. « Trop radical », « pas assez français », ces jugements étonnants voire non-sensique au vu de la profonde conscience de son époque que le film laisse entrevoir, il les a entendu trop souvent. Et c'est mû par la passion et sans doute une saine inconscience qu'il a décidé de ne parler de Tout est faux à personne, de ne pas solliciter le soutien des institutions, d'une région, ou même d'un mécène. Et son film de devenir l'un de ces objets magnétiques, preuve d'un décalage croissant entre les décideurs de l'industrie et les primo-auteurs désireux et capables d'apporter un sang neuf indispensable à milieu qui se mord la queue depuis trop longtemps.

 

Tout est faux devrait néanmoins connaître un destin plus clément que nombre d'auto-productions condamnées à hanter les pages de Youtube, sans jamais en émerger. En effet, dès le mercredi 17 septembre, le métrage sera visible au Cinéma Saint-André des arts. De même, le film, quasiment invisible jusqu'à présent a surpris plusieurs de nos confrères, qui en vantent depuis plusieurs semaines les mérites. Il lui reste désormais à rencontrer le public, des spectateurs désireux de défricher, de sortir des sentiers battus et qui sait, de répandre la bonne parole. Et si demeure ici ou là quelques scories visuelles ou sonores qui ramènent cette création à sa frêle constitution, voilà un autre motif d'encourager et de soutenir un cinéma toujours plus vibrant et désireux de se frayer un chemin jusqu'au public.  

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