Le CNC veut priver les stars de leurs salaires

Simon Riaux | 20 juin 2014
Simon Riaux | 20 juin 2014

On n'avait plus entendu parler du rapport Bonnell sur le financement de la production et de la distribution cinématographiques à l'heure du numérique depuis sa présentation officielle, il y a six mois de cela. Ceux qui le croyaient enterrés ou passé par pertes et profits en seront pour leur frais, puisque d'après nos confrères du Film Français, le CNC serait sur le point de faire plusieurs proposition de réformes. Une en particulier devrait ravir Vincent Maraval, qui s'était exprimé vertement dans Le Monde sur les effets pervers du système de financement français et notamment sur la rémunération de certains comédiens, jugée excessive, dont l'inflation serait pour beaucoup dans la croissance des budgets et limiterait donc la rentabilité potentielle des films hexagonaux. En effet, le CNC envisagerait rien moins qu'une limitation des cachets jugés trop importants.

 

Le CNC n'étant pas fondé à limiter de manière coercitive les salaires des acteurs les mieux payés, il entendrait encourager indirectement les sociétés de production à limiter leurs émoluments. L'idée serait donc de limiter drastiquement les aides accordées par le CNC aux films payant leurs comédiens au-delà d'un million d'euros. On ignore encore totalement si cette proposition verra le jour, ou même quelles seraient les aides touchées par cette petite révolution, ni même dans quelle mesure elles pourraient être amenées à diminuer. En ces temps de fronde, de limitations budgétaires et de conflit avec les intermittents, voilà une nouvelle qui ne manquera pas de faire réagir, quoique l'idée de plafonner les salaires des stars soit probablement relativement bien acceptée par le plus grand nombre. Voilà qui devrait donner quelques sueurs froides aux agents de Dany Boon, Gérard Depardieu, Catherine Frot et autres Marion Cotillard, dont les négociations salariales risquent de se transformer en guerre des tranchées.

Cette mesure est loin d'être la seule envisagée par le CNC, qui réclamerait également une certification des coûts des films plus rigoureuse que jusqu'alors, exigeant que le coût définitif des longs-métrage se voit validé par un commissaire aux comptes. Les exploitants sont également visés par cette batterie de réformes, l'institution publique songerait en effet à établir en concertation avec eux une durée minimale d'exploitation des films (soit forme de durée d'exploitation, ou de nombre de séances minimum). Voilà une dernière proposition qui risque fort de ne pas plaire à tout le monde, quand nombre de films se voient éjectés des écrans après une première semaine d'exploitation décevante.

Rien de définitif pour le moment, comme le signalent les échos, cet arsenal de transformations ne sera pas finalisé (et donc public) avant septembre prochain. Ce qui à en croire l'agenda avancé par le Premier Ministre Manuel Valls, pourrait faire cohabiter ces transformations (et les négociations qui les accompagneront) avec la remise à plat du système de l'intermittence. Voilà qui promet une rentrée à haut risque pour tous les acteurs du secteur, appelés à moderniser un système de financement culturel devenu indispensable, mais aussi salvateur que perclus d'effets pervers.

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