La reine Chéreau n'est plus

Sandy Gillet | 8 octobre 2013
Sandy Gillet | 8 octobre 2013

« Il a incarné la décentralisation culturelle, notamment aux Amandiers, révélé de grands auteurs et des grands comédiens. Et comme cinéaste, chacun de ses films était un chef d'œuvre ». On aimerait bien croire que notre Président François Hollande ait vu tous les films de Patrice Chéreau mais on sera tout de même plus enclin à penser que cet hommage rendu public dans les heures qui ont suivi la disparition du cinéaste et metteur en scène de théâtre vient plus de son nègre que de sa propre plume. Non que Chéreau ait engendré des bouillis cinématographiques mais de là à affirmer que toute sa filmographie soit frappée du sceau de l'excellence, il y a un pas que nous ne franchirons pas à EL. Alors oui on le sait, il est de bon ton une fois une personnalité partie au royaume de l'Au-delà, de caresser dans le sens du poil et d'arrondir les angles. À tel point que de par un passé récent, Tony Scott pour ne pas le citer, les auteurs d'une nécrologie peu orthodoxe se sont fait remonter les bretelles. Et à juste titre me direz-vous !

Il n'est en effet pas question ici de revenir sur la très belle carrière d'un artiste qui a su évoluer et faire évoluer les Arts auxquels il a su imprimer sa marque incontestable. Au demeurant Patrice Chéreau fut plus un homme de théâtre qu'un cinéaste. Rien de péjoratif là-dedans. Il suffit d'ailleurs de voir ses derniers films pour se rendre compte à quel point l'artiste aimait les unités de temps et de lieu qu'il avait su décliner avec force et succès au théâtre mais aussi à l'Opéra où il accrochera à son palmarès Tristan et Isolde de Wagner ou Don Giovanni de Mozart. C'est peut-être d'ailleurs ce qui pourrait définir le mieux Chéreau. Savoir filmer et mettre en scène l'intime d'une manière spectaculaire.

 


Ce qui nous fait bien entendu immédiatement penser à La Reine Margot, sorte d'épitaphe avant l'heure de toute sa filmographie et pour le coup véritable chef-d'œuvre national. Succès mérité qui aurait du en engendrer d'autres tant le cinéaste était fait pour ce genre de cinéma où la mise en scène éclate sur l'écran tel ces gerbes de sang sur les murs lors du massacre de la Saint-Barthélemy. On aurait ainsi tant aimé voir sa version des derniers jours de Napoléon avec Al Pacino dans le rôle titre à jamais tué dans l'œuf par Pathé à l'époque (on est en 2007) qui trouvait l'aventure trop risquée et trop onéreuse.

Au lieu de cela, sa fin de carrière cinématographique fut loin d'être des plus excitantes. Ses trois derniers films surtout avec en point d'orgue un Gabrielle pour le moins indigeste pour ne pas dire indigent. À comparer avec la fougue d'un Ceux qui m'aiment prendront le train et la maîtrise certes quelque peu contrite d'Intimité qui lui vaudra un Ours d'Or à Berlin en 2001, accompagné de l'Ours d'Argent de la meilleure actrice à Kerry Fox ainsi que le Prix Louis-Delluc en 2002. Une reconnaissance qui lui permit d'être nommé président du Festival de Cannes en 2003 où il décernera la Palme d'Or à Elephant de Gus Van Sant. Il était présent encore cette année mais cette fois-ci à Cannes Classics où La Reine Margot y fut projetée (après y avoir obtenu en 1994 le Prix du Jury et le prix d'interprétation féminine pour Virna Lisi) dans une version restaurée et enrichie que l'on attend de pied ferme en Blu-ray pour l'année prochaine. Un juste retour des choses pour celui dont on ne regrette que trop cette disparition prématurée et dont on aimerait bien maintenant (re)découvrir ses premiers films (La Chair de l'orchidée et Hôtel de France surtout) toujours inédits en DVD et/ou Blu-ray de par chez nous.



 

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