[Cannes 2013] Marché du film : River Phoenix ressuscité

Laurent Pécha | 23 mai 2013
Laurent Pécha | 23 mai 2013

Dark blood

 

Pourquoi l'avoir choisi : L’ultime film de River Phoenix enfin visible après 20 ans d’attente.

Ça raconte quoi : Boy s'exile dans le désert après le décès de sa femme, causé par les radiations de tests nucléaires effectués près de leur maison. Boy attend la fin du monde et sculpte des poupées Kachinas. Il rencontre Harry et Buffy qui voyagent dans le but de sauver leur mariage.

Verdict : La gorge nouée, terriblement ému par une expérience de cinéma unique, on sort de Dark blood avec la certitude de ne pas l’oublier de sitôt. Non pas qu’on soit en présence d’un chef d’œuvre du cinéma, loin de là, mais l’Histoire tragique qui plane sur ce long-métrage, miraculé du 7ème art, lui confère un sacré statut.

Rappel des faits : en pleine gloire, River Phoenix disparaît un soir d’octobre 1993, à l’âge de 23 ans, suite à une overdose. Il était en train de jouer dans Dark blood et il ne restait que trois semaines de tournage. Dans l’impossibilité de le finir, le film est abandonné et on perd sa trace au fil des années. Puis, un jour, George Sluizer, le réalisateur, tombe gravement malade et se rend compte qu’il se doit pour lui et surtout River, de tenter de compléter ce qui est possible, afin que le public puisse se rendre compte de la performance du comédien.

Dark blood commence d’ailleurs ainsi, par un discours en voix off de Sluizer expliquant que le film que nous allons voir, est loin d’être celui qu’il avait en tête en 1993 mais qu’il reste fidèle à l’esprit de tous ceux qui y ont participé, River Phoenix en tête. Pour palier les séquences manquantes, nécessaires à la compréhension du récit, la sobriété sera de mise : une photo figée du film et la voix du cinéaste qui explique ce que l’on aurait du voir. A l’écran, cela fonctionne parfaitement et ça donne même un vrai cachet arty à l’œuvre, le genre que James Franco cherche vainement à faire dans son affreux As I lay dying.

Et puis l’important dans Dark moon, ce n’est assurément pas le récit et ses rebondissements mais bien le mimétisme plus que troublant entre le personnage de Boy et son interprète, River. Les deux ne font qu’un et le spectateur d’avoir sans cesse le palpitant qui s’affole face à Boy, jeune homme reclus dans le désert qui ne s’est jamais remis de la mort tragique de sa jeune épouse. On le pressent durant tout le récit que la rencontre va mal finir entre ce couple en crise (Jonathan Pryce et Judy Davis instantanément rajeunis, ça fait tout drôle) et ce jeune homme en perdition aux convictions d’un autre monde. Et quand la tragédie survient, la barrière entre cinéma et réalité s’efface totalement pour faire naître une compassion inouïe pour le disparu. D’autant plus grande que durant un trop bref moment (moins de 90 minutes pour 20 ans d’attente), on a pu à nouveau se rendre compte à quel point cette tragique nuit d’automne 1993 nous avait fait perdre l’un des plus grands comédiens qu’Hollywood ait connu.

A l’époque, River Phoenix était au dessus de tous ses amis et « concurrent », les Depp, Reeves, sans parler d’un DiCaprio pas encore éclos ou son frère cadet, Joaquim, alors quasi débutant. River était un diamant brut appelé aux plus grands rôles. Dark blood aura été malheureusement son dernier.

% de chance de le voir en salle : 50%

% de chance de le voir en vidéo : 60%

 

 

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