Cinéma des Antipodes 2011 : Jours 2 & 3 / Palmarès

Louisa Amara | 16 octobre 2011
Louisa Amara | 16 octobre 2011

Jour 2 :

 

Après avoir récupéré nos bagages en soirée la veille, merci Air France et ses grévistes, on a pu retrouver nos précieux ordinateurs sans lesquels on ne pourrait pas vous divertir de notre prose. Au programme du 2e jour, des interviews de bon matin autour de la piscine de l'hôtel des Lices, et des films australiens principalement, les kiwis étant rares cette année, un seul film intégralement néo-zélandais en compétition.  

On n'a pas vu Lou  en sélection officielle, présenté à 9h30, qui parlait d'Alzheimer, honte à nous si ce film reçoit un prix, on assumera la colère du patron. On a préféré préparer au mieux nos interviews et dormir, oui , plutôt que de voir un film qui nous rappelle un peu trop ce que vivent certains de nos grands parents.

On commence les interviews par la pétillante Julie de Bona, jeune comédienne à l'affiche de Beur sur la ville, puis Helene Buday, actrice australienne, prenant sa fonction de présidente du jury très à coeur : "C’est un travail compliqué, compliqué au point d’avoir fait quelques recherches pour bien le faire. Il y a sept films en compétion cette année. C’est un peu comme faire face à sept enfants et leur dire qui est le meilleur parmi eux. Et, quand on connait les difficultés à réaliser des films avec le système de financement du Screen Australia [l'équivalent de notre CNC avec un cahier des charges assez selectif (NDLR)], tous ces films mériteraient un prix pour le simple fait d'exister !"

Une autre actrice, prévue aussi dans le planning d'interviews, préféra faire bronzette plutôt qu'honorer notre rendez-vous. Soit, c'est aussi ça les festivals, gérer les imprévus. On a donc calé une interview plus intéressante (et toc !) avec Philip MacLaren, écrivain, réalisateur, décorateur de cinéma, d'origine aborigène. Une mine d'informations qui nous a permis de mieux comprendre l'histoire, les problèmes sociaux des aborigènes. Ce sujet étant au centre de la plupart des films de la compétition, son éclairage était précieux.

 

 

 


 

 

 

Après ces entretiens, on s'est tous retrouvé au cinéma Renaissance pour les films en compétition :

 

Here I am

Drame social sur une jeune femme aborigène, sortant tout juste de prison pour détention de drogue. Ancienne toxicomane devenue clean, aidée par une assistante sociale, elle est logée dans un centre pour femmes où elle va tenter de se reconstruire pour retrouver la garde de sa fille, confiée à sa mère, très rancunière. Un sujet très lourd, dans le fond et la forme, autant vous dire qu'on s'est ennuyé la plupart du temps, sauf peut-être lors des passages musicaux. C'est la bonne surprise du festival, la plupart des films sont hantés par la musique country, pop, folk, rock ou traditionnelle. Il arrive souvent qu'un personnage prenne sa guitare pour entonner un air populaire. Julien a donc adoré chantonner le tube country de Kris Kristofferson : « Help me make it through the night »

Mais ce film ne semble pas avoir séduit la salle et le jury. D'après ce qu'on nous a expliqué, le Screen Australia pousse les producteurs à proposer des films sociaux traitant des aborigènes. Cette intention louable semble malheureusement inspirer assez peu les scénaristes, on espère mieux des prochains films en compétition.

 

Face to face

Un huis clos absolument fascinant de Michael Rymer, réalisateur expérimenté avec notamment Angel Baby, La Reine des Damnés et la série Battlestar Galactica.

Le film s'inspire d'une loi australienne qui permet aux personnes en conflit de passer par un face à face aidé d'un conciliateur, pour trouver une solution, plutôt que d'aller au tribunal. Evidemment, seulement quand il s'agit de litiges ayant causé des dommages essentiellement matériels. Face to face est porté par une troupe d'acteurs, tous brillants, les dialogues fusent, les secrets éclatent, les flash backs pour reconstituer les faits qui ont mené à cette conciliation sont bien amenés. Les petites et grandes lâchetés des uns et des autres sont exposés au grand jour. C'est un véritable jeu de massacre très jouissif, chacun pourra y reconnaitre, un patron, un collègue, un ami pas si fiable finalement etc. Rythme, humour, modernité des propos, c'est véritablement notre coup de cœur. Et certainement le film qui a le plus de chances d'arriver sur les écrans français tant l'idée est géniale. D'ailleurs certaines entreprises, institutions mettent également en place ce système de conciliation où on peut dire tout ce qu'on a sur le cœur. Il suffisait d'y penser !

 

 


 

 

Matching Jack

Du pathos et pas qu'un peu, avec ce film présenté par sa réalisatrice, sur des enfants leucémiques et le combat de leurs parents pour leur trouver des donneurs compatibles.

Autant être franc, on a détesté, c'est typiquement le genre de films qui cherche à faire pleurer dans les chaumières au point d'en être indécent. Les producteurs de ce genre de films devraient voir Oxygène afin de comprendre qu'on peut parler d'enfants/ados malades sans être chiant.

 

On a fini la soirée par un petit set musical Aux moulins de Ramatuelle avec un groupe rock Koritni, d'origine grecque/australienne. Et oui cette vague d'immigration n'a pas donné que des acteurs pour Hartley cœurs à vif. Ce groupe a repris des standards d'AC/DC, histoire de mettre l'ambiance. Le groupe folk Belle Roscoe a eu son moment de gloire aussi, l'occasion pour les festivaliers de connaître un peu mieux la passion des australiens pour la musique.

 

 


 

 

 

Jour 3 et palmarès

Dernier jour pour la compétition, avec Predicament, comédie noire néo-zélandaise, située dans les années 20. Le héros, un jeune binoclard maigrichon est embarqué dans des histoires louches de chantage par un roublard bien décidé à faire du monde son huître. Oui ça sonne mieux en anglais « the world is our oyster ». Le film, s'il réserve quelques moments de drôlerie, déçoit par son scénario trop prévisible et son manque de rythme. Pourtant Peter Jackson semble avoir été impliqué dans la production et Weta Digital a participé aux éléments de décors, ces professionnels auraient pu aussi jeter un œil au scénario et la réalisation... Ce n'est donc assurément pas la Nouvelle Zélande qui remportera un prix cette année, puisque c'était son seul film en compétition.

 

 

Love birds

Le film de clôture a été réalisé par un des techniciens du Seigneur des Anneaux. Là encore, il faut croire que l'équipe de Peter Jackson apprend peu à son contact. Ce film avait le niveau d'un téléfilm familial de mauvaise qualité. On comprend que les organisateurs aient voulu finir par un divertissement, mais il y avait sûrement mieux à proposer. Dans Love birds, le héros est quitté par sa petite amie. Peu après, il recueille un canard blessé ayant atterri sur son toit et une complicité apparait entre lui et le volatile. Une ornithologue l'aidera et bientôt des sentiments naîtront entre eux. C'est téléphoné, l'interprétation est balourde... bref, vraiment mauvais. Seule la BO, un best of de Queen, nous a un peu diverti. Note de Julien à la manière de Clavier dans Les Bronzés font du ski « Mais bouffez-le, votre canard !  BOU-FFEZ- LE !! »

 

 

 

 

 

Le Palmarès

 

Prix Nicolas Baudin du court métrage, choisi par des lycéens de Saint Tropez :

Bear de Nash Edgerton

 

Prix du Public :

Face to Face de Michael Rymer

 

Mention spéciale du jury : Daniel Connors dans  Toomelah

 

Prix d'interprétation masculine : Luke Ford dans Face to Face

 

Prix d'interprétation féminine : Jacinda Barrett dans  Matching Jack

 

Grand Prix du Jury :  Lou  de Belinda Chayko

 

 

 

 

Enseignement de ce palmarès :

Le public rattrappe souvent les errements du jury, rappelons que cette année, il y avait beaucoup de comédiens, qui s'intéressent donc plus souvent au jeu d'acteurs qu'au film dans son ensemble. Face to face était l'un de nos favoris, on est donc ravi qu'il reparte avec 2 prix.

Toutefois, il est à regretter que Dean Daley-Jones, le colosse sensible de Mad Bastards, apparaissant aussi dans Toomelah, n'ait pas été récompensé.

 

On pourrait d'ailleurs proposer aux organisateurs l'an prochain, un prix de la presse, comme cela existe dans de nombreux festivals.

 

La sélection a été intéressante, parfois répétitive dans ses thèmes, hélas ! Mais quel plaisir de découvrir un autre cinéma, une autre culture. On espère que certains de ces films trouveront un distributeur pour que le grand public puisse aussi les apprécier. Merci aux organisateurs et à l'année prochaine !

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