Eisenstein à la Cinémathèque Française

Nicolas Thys | 18 décembre 2010
Nicolas Thys | 18 décembre 2010

La Cinémathèque Française crée souvent l'événement du point de vue cinématographique, mais elle sait aussi le créer musicalement. C'était le cas mercredi soir, lors de l'ouverture de la rétrospective consacrée à Sergueï M. Eisenstein, le plus important des cinéastes théoriciens russes, l'un des plus grands du cinéma tout court et qui se poursuivra jusqu'au 30 décembre. A l'occasion de la diffusion d'Octobre, troisième film du réalisateur, Jeff Mills, pionnier de la techno et, depuis plus de 20 ans, l'un des plus importants DJ du monde, était là pour réaliser l'accompagnement musical.

 

 

Certains trouveront étrange ce mélange des genres, d'une musique résolument contemporaine et de films des années 1910-1920. C'est oublier que depuis une dizaine d'années Mills a réalisé plusieurs bandes-originales de films muets, Forfaiture de Cecil B. De Mille l'an passé à la Cinémathèque par exemple, et à venir en avril un mix à la Cité de la musique sur Le Voyage fantastique de Richard Fleisher. C'est également oublier les merveilles créées par Cinematic orchestra autour de L'Homme à la caméra de Dziga Vertov, la tentative moins réussie, dès les années 80, par un Giorgio Moroder sur le Metropolis de Fritz Lang, et tant d'autres.

 

Les musiques électroniques, leurs sonorités parfois lancinantes et répétitives, leur démesure et leur création par un homme orchestre qui semble tout contrôler du rythme aux semblants de mélodies, collent parfaitement au cinéma muet. Surtout à un cinéma quelque peu inspiré par le mouvement constructiviste russe et parfaitement au fait des technologies de pointe de l'époque. Face à ces images grandioses et aux masses révolutées filmées par Eisenstein, les sons techno proposés par Jeff Mills, fonctionnaient à merveille.

 

 

Cette grande ouverture laisse place à un cycle complet autour du réalisateur soviétique qui n'a réalisé que peu de films au cours de ses 25 années de carrière. De son premier court métrage en 1923 à Ivan le Terrible en 1946, il n'a que 10 films à son actif, dont plusieurs inachevés, Le Pré de Béjine et Que Viva Mexico ! qu'il n'a pu monter à cause d'un retour obligatoire et rapide en Russie. C'est donc avec plaisir qu'on reverra, le plus souvent accompagné musicalement, des films comme Le Cuirassé Potemkine, La Ligne générale, La Grève ou Alexandre Nevski.

 

Autour de ces films, plusieurs conférences seront données et quelques documentaires viendront compléter et présenter le réalisateur et son œuvre. A noter en particulier, les quatre heures de rushes montés par Jay Leyda, un de ses anciens étudiants, autour de Que Viva Mexico, ou Les Leçons de montage de Romanovski, œuvre rare qui met en lumière et sur pellicule certains aspects théoriques parfois difficiles du montage d'Eisenstein.

 

 

Pour plus de détails sur la programmation, vous pouvez consulter le programme ici.

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