Compte rendu SBIFF 2010

Flavien Bellevue | 2 mars 2010
Flavien Bellevue | 2 mars 2010

Le dimanche 14 février dernier s'est achevée la 25ème édition du festival international du film de Santa Barbara. La sélection était encore une fois, riche et variée en proposant aussi bien des documentaires en tout genre que des fictions d'Asie, d'Europe de l'Est ou des films américains indépendants et un peu plus « mainstream ».

 


 

Le résultat du palmarès de cette année reflète donc cet éclectisme qui fait la réputation du festival depuis 25 ans. Le jury était composé des acteurs Joël David Moore (Avatar), Haaz Sleiman (The Visitor), Clifton Collins Jr. (Babel, Truman Capote), Anthony Zerbe (Matrix reloaded), Dennis Franz (NYPD Blue), Jay Thomas, le réalisateur Perry Lang (L'homme de guerre), Claudia Puig, critique au journal USA Today et Phyllis de Picciotto, fondatrice du Festival International de Santa Barbara.

 


 

Le prix Panavision Spirit Award pour un film indépendant est revenu au film anglais Exam de Stuart Hazeldine avec Luke Mably, Colin Salmon, Jimi Mistry et Nathalie Cox. Il s'agit d'un huit clos plutôt habile où huit candidats sont livrés à eux même dans une pièce (façon bunker) face à une feuille blanche. Cette dernière ne peut être souillée sous peine de d'élimination, le tout est de trouver la question... 

Le Prix du meilleur film international a été attribué à Letters to Father Jaakob du finlandais Klaus Härö.

Le Nueva Vision Ward qui récompense le meilleur film latino-américain est revenu à The Wind Journeys de Ciro Guerra.

Mother du sud-coréen Bong Joon-Ho est le meilleur film de la sélection asiatique via le Best East meets West Cinema Award.

Le Best Eastern Bloc Award sacrait, lui, le meilleur film d'Europe de l'Est qui est cette année, la coproduction britanico-roumaine Katalin Varga de Peter Strickland.

 

Image tiree d'Enemies of the people

 

Enemies of the people de Rob Lemkin remporte le prix du meilleur documentaire ainsi que le prix du Fond de justice social de la ville de Santa Barbara. Production britanico-cambodgienne, ce long-métrage revient sur les massacres de 2 millions de personnes par les Khmers rouges au Cambodge à la fin des années 1970. Le film tente d'éclairer les raisons de ce tragique événement. Il a également reçu le Grand Prix Spécial du jury de Sundance 2010.

Les derniers prix couronnant les meilleurs courts-métrages d'animation et « live » sont revenus respectivement à Urs de Moritz Mayerhofer et à Ana's Playground d'Eric D. Howell.

 


 

Si le festival avait débuté avec Flying lessons de Derek Magyar avec entre autres Maggie Grace et Cary Elwes, il referma ses portes avec Middle men de George Gallo avec entre autres Luke Wilson, Giovanni Ribisi, James Caan et Kevin Pollack. Ce film basé sur une histoire vraie, raconte l'aventure improbable de Jack Harris, pionnier du commerce internet grâce à des vidéos porno. Si Luke Wilson porte bien le « costume » d'Harris, Giovanni Ribisi s'amuse avec son personnage de glandeur camé jusqu'aux oreilles pour le meilleur et pour le pire. Pour les amateurs de films pour adultes, il y a une très courte apparition de l'actrice Jesse Jane.

 

L'equipe de Middle Men au grand complet

 

Chaque année le festival a un pays ou une région invité(e) et pour cette 25ème édition, ce fut le tour du Québec. La sélection fut de qualité même si l'auteur de ces lignes n'a pas pu voir l'ensemble des films proposés. Ceux qui s'étaient rendus à la dernière édition du Festival du Cinéma du Québec à Paris (et en France) en décembre dernier, ont déjà apprécié quelques uns de ces films. Parmi eux, 1981 de Ricardo Trogi, Polytechnique de Denis Villeneuve, Je me souviens d'André Forcier, De père en flics d'Emile Gaudreault, et La donation de Bernard Émond. Les « inédits » de cette sélection étaient The Wild Hunt d'Alexandre Franchi et Les signes vitaux de Sophie Desrape. Faute de temps, les longs-métrages La Cité de Kim Nguyen et Les doigts croches de Ken Scott (également dans la sélection du festival parisien en décembre 2009) nous ont échappés. À noter, J'ai tué ma mère de Xavier Dolan faisait parti de la sélection. Chaque film présentait donc des aspects singuliers pour des histoires hautes en couleurs ou parfois en noir et blanc. La « barrière » de la langue et de l'accent saute alors très vite, aussitôt qu'on est embarqué dans l'histoire.

 


 

1981 raconte les déboires de Ricardo Trogi, 11 ans, en pleine préadolescence au début des années 80 où le Walkman, la montre calculatrice et les premiers K-way étaient à la mode tandis que les maitresses fumaient en classe.... Touchant et nostalgique, le film de Ricardo Trogi sait être émouvant et drôle mais tire parfois un peu trop sur les deux cordes en plus de quelques longueurs. Le tout se regarde car il ne manque pas de saveurs et quelques fulgurances de mise en scène.

Je me souviens d'André Forcier, « l'enfant terrible » du cinéma québécois, réuni un casting made in Québec trois étoiles avec entre autres Rémy Girard et Roy Dupuis pour les plus connus ici. Cette comédie dramatique acide en n&b dépeint une terrible histoire de meurtre dans le village ouvrier d'Abitibi où un jeune garçon, Louis, grandit en admirant son père mais va en désillusions lorsque ce dernier le quitte avec sa mère. Louis se lie d'amitié avec Némésis, une fillette muette qui s'épanouira avec langue irlandaise et qui est également sa demi-sœur... L'histoire est complexe et alambiquée mais la mise en scène, l'écriture de Forcier et le jeu des acteurs font la différence. Le monde des adultes avec leurs enjeux sociaux et sentimentaux ainsi que la maturité des enfants (mention spéciale à Alice Morel-Michaud, la jeune actrice qui incarne Némésis) s'entrechoquent ici avec brio.

 

Les Signes vitaux

 

D'un ton plus sobre, à la fois tragique, parfois sensuel et charnel, Les signes vitaux de Sophie Deraspe fait partie des films « difficiles » de cette sélection, par son sujet et son approche. Avec une photo terne mais non dénuée de contrastes, ce film nous embarque dans le quotidien de Simone, étudiante en Biologie à la célèbre Harvard, rentrée au Québec à cause du décès de sa grande mère. Troublée par cet évènement, elle se porte volontaire pour aider les patients de l'hôpital où sa grande mère s'est éteinte.  À travers ces rencontres et ces expériences, des relations se créent et donnent l'impression à Simone d'être plus utile que jamais alors qu'elle n'a plus l'usage de ses deux jambes...Malgré tous ces aspects, le film ne verse jamais dans le pathos et son approche minimaliste aide accepter ces environnements peu chargé d'espoir au premier abord. La comédienne non professionnelle Marie-Hélène Bellavance porte magistralement le film sur ses épaules.

Plus en retenue, La Donation voit l'arrivée d'une femme qui doit remplacer le médecin traitant du village québécois, Normétal pour une courte période mais qui au final s'avèrera bien plus longue...Auteur reconnu au Québec, Bernard Émond filme cette histoire quasiment de façon contemplative et le fond ainsi que le jeu des acteurs résonnent comme un documentaire. C'est là, la force de ce film interprété brillamment entre autres par Elise Guilbault.

 


 

De père en flic est une comédie au sens large du terme avec en tête Michel Côté, connu pour avoir été le père de famille violent dans Crazy. Ici, il endosse le costume de père une fois de plus et les relations ne s'arrangent toujours pas. Fâché avec son fils qui n'est pas assez dur selon lui, il doit faire équipe avec lui dans un camp sur les relations père-fils afin de débusquer un avocat sur une affaire de gangs de motards (imaginez des Hells Angels à barbes et aux cranes rasés mais parlant québécois...). Evidemment le magistrat incarné par Rémy Girard ne s'entend pas avec son fils et l'opportunité du camp va tenter de les rapprocher...Fous rires garantis !

 

Un des rares films de la sélection à avoir été tourné en anglais, The Wild Hunt est une des agréables surprises du festival de Santa Barbara. Si la première partie du film verse dans une comédie improbable où un jeune trentenaire va tenter de retrouver sa copine dans un jeu de rôle grandeur nature, la seconde partie vire au cauchemar avec un incident dramatique où on s'approche d'une véritable chasse à l'homme et a fortiori d'un survival...À voir.

 


 

Last but surtout not least, Polytechnique de Denis Villeneuve est un des atouts majeurs de cette sélection Québécoise. Ce long-métrage « coup de poing » d'à peine 1h17 retrace avec efficacité, le terrible drame de la fusillade de l'école polytechnique de Montréal du 6 décembre 1989. Malgré la courte durée, le réalisateur arrive à nous rendre aussi bien le quotidien de quelques étudiantes, d'un étudiant en particulier et celui du tueur. Le tout est fabuleusement composé et éclairé en noir et blanc par le chef operateur Pierre Gill. La violence n'est pas sublimée, elle apparait telle qu'elle, à l'état brut. Le metteur en scène a pris le risque de ne pas prendre parti sur cette histoire en donnant le point de vue de chaque protagoniste. À ne pas manquer si vous pouvez vous procurez ce film ou s'il sort en salles dans nos contrées.

Après ce « focus » sur Québec, la section asiatique, East meets West qui a récompensé le Mother de Bong Joon-Ho que vous connaissez déjà, proposait entre autres Crow Zero 2 de Takashi Miike, Accident de Pou-Soi Cheang ;  tous deux sortis également à travers l'Hexagone.

 


 

Inutile donc de vous les présenter ; outre la présence de ces films, il y avait une histoire d'amour hors-normes venue de Corée du Sud intitulée Castaway on the Moon (Kimssi pyoryugi) de Lee Hae-jun. Ayant perdu son travail, sa petite amie et ses économies, Kim veut en finir avec la vie en se jetant d'un pont au dessus du fleuve Han. Malheureusement pour lui, il est transporté par les flots sur un ilot non loin du pont. Kim a beau faire signe à des bateaux, personne ne lui répond. Commence alors une vie à la Robinson Crusoë pour Kim mais ce qu'il ne sait pas, c'est qu'il est observé à travers un appareil photo d'une jeune femme recluse volontairement dans sa chambre et vivant qu'au travers de son ordinateur. La rencontre semble impossible et pourtant cette incroyable aventure fera dépasser les conditions de chacun pour permettre un véritable contact.

 


 

Moins original et palpitant, le film japonais Ballad de Takashi Yamazaki (The Returner) tente en version « live » Le voyage de Chihiro mais du point de vue d'un garçon. Pour rendre cela plus palpitant, ce dernier remonte le temps et débarque chez des samouraïs avec une histoire de princesse promise à un autre chef de clan mais elle aime son ami d'enfance...vous voyez le genre et le type d'histoire. Orienté pour un jeune public, le film ennuie assez souvent malgré quelques scènes sympathiques avec de beaux paysages et des champs de batailles aux SFX souvent trop justes.

Amateurs de cinéma français, les programmateurs du festival ont rendu hommage cette année à Agnès Varda avec les projections des Plages d'Agnès et Les Glaneurs et la glaneuse.

 


 

Côté documentaire, on n'aurait pas pensé qu'un documentaire sur l'affaire Arvizo accusant Michael Jackson de pédophilie serait sélectionné cette année. Pour cause, le réalisateur est de la région et il a été également le vidéographe légal pendant le procès Jackson entre 2004 et 2005. Avec les images qu'il a conservées, Larry Nimmer a constitué un court documentaire d'une cinquantaine de minutes intitulé Michael Jackson : The Untold Story of Neverland visant à montrer clairement que l'affaire était montée de toute pièce. Le contenu vaut à lui seul le détour. Plus d'infos lors d'une prochaine interview avec le réalisateur.

 


 

Nous terminons par deux films d'Europe de l'Est, Slovenian Girl (Slovenka) de Damjan Kozole et The world is big de Stephan Komandarev. Le premier film, slovène, part d'une histoire intéressante (une étudiante de Ljubljana se prostitue pour payer sa chambre et ses études jusqu'au jour où un de ses clients meurt ; elle est recherchée par la police) mais le résultat est inégal et parfois assez ennuyeux car le réalisateur s'attarde souvent sur des détails inutiles. Le second long-métrage bulgare est la touchante histoire d'un grand-père Bulgare qui tente de ramener la mémoire à son petit-fils d'une vingtaine d'année amnésique victime d'un accident de voiture avec ses parents. Commence alors un voyage où les deux hommes traverseront l'Europe pour retrouver la mémoire et le difficile exode d'une famille du garçon. Le film a manqué de représenter la Bulgarie aux Oscars et il sortira en France le 21 avril 2010. N'hésitez pas à aller le voir lors de sa sortie.

Ainsi se conclue la première partie de ce compte rendu de ce SBIFF 2010 qui n'a pas manqué de films intéressants et qui a surtout attiré une pléiade de nominées aux Oscars 2010. La suite dans le prochain article.
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