Gérardmer 2005 — Ouverture

Julien Welter | 26 janvier 2005
Julien Welter | 26 janvier 2005

Dans une news du mois de décembre, nous vous donnions un aperçu de la compétition de cette 12e édition du festival Fantastic'Arts. À Écran Large, où beaucoup de rédacteurs ont un fort penchant pour ce cinéma, nous voulions réagir à l'évènement. Deux personnes de l'équipe sont donc sur place pour vous livrer au jour le jour leurs impressions. Alors que sera projeté ce soir à la cérémonie d'ouverture Capitaine Sky et le monde de demain, Julien Welter ouvre les festivités en nous livrant , en guise d'introduction, un rapide état des lieux du genre :

Aujourd'hui s'ouvrent donc les portes du festival du film fantastique de Gérardmer.
Comme chaque année, pourrait-on dire... Et comme chaque année depuis douze ans, sans compter Avoriaz les années précédentes, la sélection amènera sa flopée de films, allant du Z au culte, et de réalisateurs, allant de A à Z (en les classant dans l'ordre alphabétique). Il y aura de l'inoubliable et de l'irregardable, des perles et des perlouzes, du sang et des tripes. Mais franchement, qu'en est-il du cinéma fantastique ?

La déferlante asiatique qui avait redynamisé les codes de la mise en scène semblant passée, il s'annonce une nouvelle ère que le festival ouvrira peut-être. Ou peut-être pas d'ailleurs, puisqu'à la vue du programme, on peut déjà dire que l'Asie et les États-Unis se partagent la part du lion, et ce alors qu'ils ne font que s'autoentretenir à coups de remake. Situé dans un temps creux de la cinématographie fantastique, le festival est pourtant l'occasion de voir si les productions ont passé le stade de l'effroi pour se diriger vers de réels récits fantastiques qui exploreraient la gamme de sens de ce mot : féerie, non-sens, fantasmagorie, déréel... Car, mis à part quelques auteurs s'appuyant sur le genre pour développer leurs discours, la méthode de l'effroi asiatique – longue plage d'attente puis fulgurance du montage doublée d'une augmentation du niveau sonore pour accentuer les corps livides – agace désormais et semble n'être qu'un écho de ce qu'elle était. Quand en plus le cinéma américain lui emboîte le pas en se mettant à le piller (voir les nombreux remakes venus et à venir), le cinéma fantastique semble se mordre la queue.

Des autres nations où le cinéma de genre a été réduit à néant par l'industrie américaine, avait subsisté pendant un temps une niche ambitieuse et baroque en Espagne. Il n'en reste presque plus rien aujourd'hui. Alors, depuis des années que l'Hexagone organise cette prestigieuse manifestation pour y montrer une production qui a souvent fait office de curiosité locale, la bonne surprise viendrait peut-être de là. Sans chauvinisme aucun, il faut avouer que l'auteurisme français semble de plus en plus se rapprocher du cinéma fantastique. Un mouvement lancé par Bee Movie quelques années auparavant, qui a abouti à quelques nanars (Brocéliande ou Jeux d'enfants), mais a également donné des ailes et de l'argent au cinéma d'auteur s'intéressant au genre. Innocence récemment, Calvaire maintenant, Marina de Van, toute une jeune génération qui n'a pas oublié ses frissons quand elle se décide à réaliser. Tâtonnant et pas toujours réussi, ce cinéma travaille la notion de l'étrange et se place à la frontière du réalisme. Peut-être réussira-t-il à la franchir ?

Scénario catastrophe : le meilleur du film fantastique ne serait pas à Gérardmer. C'est à ne pas écarter tant on voit défiler hors festival des produits qui semblaient tout prêt pour la neige de Gérardmer. Innocence, le hitsleeper La Voix des morts, Constantine ou Mysterious skin, de Gregg Araki. Que des absents, qui, pour certains, trouveront une critique off en plus du compte rendu journalier à venir.

Enfin, pour coller à l'ère du DVD, l'équipe vous offre en bonus de chaque texte les réponses à deux questions des rédacteurs et de certaines personnalités présentes à la manifestation. Celles-ci sont simples : quel est votre film fantastique préféré ? et Quelle est la scène qui vous a fait le plus peur ?

Julien Welter.

BONUS

Thomas Douineau (rédacteur) :
Film préféré : L'Exorciste, de Friedkin, assurément parce que c'est du fantastique qui en devient presque crédible...
Scène de peur : Il me semble que la rencontre, un peu trop jeune et sans doute un peu trop tôt, avec les deux petites filles, au détour d'un couloir menant à la chambre 237, dans Shining, de Stanley Kubrick, m'a laissé une empreinte indélébile et m'a fait prendre conscience de ce qu'était la vraie peur cinématographique.

Francis Moury (rédacteur) :
Film préféré : Mon film fantastique préféré demeure La Nuit des morts-vivants, de George A. Romero. Son effet angoissant se retrouve intact à chaque nouvelle vision. C'est le film matriciel du cinéma fantastique contemporain. De même qu'il y a eu un cinéma fantastique d'avant les films Hammer de Terence Fisher et un d'après, il y en a désormais un avant et un après ce George A. Romero.
Scène de peur : Ce n'est cependant pas lui, ni un autre long métrage, qui m'ont fait le plus peur au cinéma. Ce sont très exactement deux bandes-annonces projetées au Brady vers 1968 alors que j'avais donc huit ans et que j'étais venu voir avec mes parents Itoka, le monstre des galaxies (K. Nihonmatsu, 1965) ou Planète interdite. Elles présentaient le double programme de la semaine suivante, interdit aux moins de 13 ou 16 ou 18 ans : celle de La crypte du vampire (Camillo Mastrocinque, 1964) et Le Moulin des supplices (Giorgio Ferroni, 1960). Elles me terrifièrent pendant des semaines après leur vision et, encore aujourd'hui, je me rappelle l'effet qu'elles avaient produit sur moi. Bien plus tard, j'ai vu Le Moulin des supplices in extenso au même Brady, en compagnie de Fabien, qui avait comparé, je m'en souviens comme si c'était hier, le plan générique à du Rembrandt. Pour ma part, il m'évoquait surtout un plan de L'Étrange Aventure de David Gray (Dreyer, 1930) où une barque traverse lentement une étendue d'eau… Puis j'ai enfin découvert, il y a quelques années seulement, le Mastrocinque à la télévision câblée. Il m'a semblé être beaucoup plus poétique à mes yeux d'adulte que terrifiant comme il l'était à mes yeux d'enfant.

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