The Northman est officiellement l'un des plus gros bides de l'année au box-office

Lino Cassinat | 27 juin 2022 - MAJ : 27/06/2022 18:12
Lino Cassinat | 27 juin 2022 - MAJ : 27/06/2022 18:12

Il est très gros et très vénère. Et on ne parle pas d'Alexander Skarsgård dans The Northman (quoique), mais bien du bide retentissant du film au box-office.

Depuis The Witch et The Lighthouse, Robert Eggers est l'un des réalisateurs les plus surveillés d'Hollywood. Sa singularité en tant qu'auteur et les succès de ses deux premières histoires à petite échelle technique (peu de décors et de comédiens) faisaient en effet de lui un excellent candidat pour entrer dans le club très fermé des réalisateurs de blockbusters d'auteurs. Ne lui manquait plus qu'un ticket d'entrée.

Malheureusement, The Northman ne fera pas de lui le nouveau Denis Villeneuve : malgré la présence de Alexander Skarsgård, Nicole Kidman, Ethan Hawke ou encore Anya Taylor-Joy, le premier "gros" budget de Robert Eggers est un énorme échec, l'un des plus gros bides de 2022. Que s'est-il passé ?

PS : Inutile de vous dire qu'on est assez tristes de cet échec

 

 

LES CHIFFRES DU NAUFRAGE

D'abord, le budget : il y a différents sons de cloche. Le réalisateur lui-même parle de 90 millions de dollars, tandis que Regency, la société de production principale derrière le film, parle plutôt de 70 millions de dollars dans Variety. Toujours est-il que c'est plus que les 65 millions de dollars mis au départ sur la table, la faute à une production difficile en extérieur et surtout à une interruption de tournage à cause d'une contamination au Covid. Notez bien qu'on ne parle ici que des coûts de production, et que même si l'on se base sur la fourchette basse de 70 millions de dollars, il faut ajouter à cela les frais de promotion et distribution de Focus Features aux US et Universal dans le reste du monde.

Une somme qui peut paraître dérisoire si on compare au prix moyen du blockbuster contemporain autour des 200 millions de dollars, mais, comme en boxe, il faut bien faire attention à la catégorie de poids dans laquelle on se trouve. Pour un film produit par un studio mineur indépendant, dont l'histoire n'est pas l'adaptation d'une marque, et sur la seule foi du nom d'un jeune auteur connu pour ses mises en scène tirant plus vers le arty que le grand public, c'est en réalité une sacrée somme dont rêvent bien des réalisateurs - au hasard, Gone Girl par exemple a été fait pour 61 millions de dollars. Dans sa catégorie, et par son ton épique, The Northman est bel et bien un blockbuster en termes d'ambitions.

 

Photo Alexander SkarsgårdIl était venu tout découper

 

Eu égard à tout cela, il n'est pas exagéré de dire que les misérables 68,6 millions de dollars récoltés dans le monde représentent une catastrophe à plus ou moins tous les étages, d'autant que la moitié de cette somme seulement provient du marché américain, le plus intéressant au niveau des recettes. The Northman est une perte sèche qui n'arrive même pas à égaler son coût de production, même estimé à la baisse. Même Morbius, le four le plus médiatisé de 2022, fait mieux : avec un budget de production similaire estimé entre 75 et 83 millions de dollars, le vampire mettait 164 millions de dollars dans sa tirelire.

À dire vrai, The Northman est si faible en termes de (non-)rentabilité qu'il plonge directement dans le flop 5 de 2022, devant 355 avec Jessica Chastain (28 millions de dollars de recettes pour un budget de 75 millions), Blacklight avec Liam Neeson (15,5 millions de recettes pour un budget de 43 millions), et le grand cancre de l'année Moonfall de Roland Emmerich (44 millions de dollars de recettes pour un budget de... 150 millions, ouch). Comment expliquer un tel échec, a fortiori quand la réception critique du film est sans conteste favorable (sans déborder d'enthousiasme, certes), contrairement aux quatre autres affreux ? La réponse est assez simple : The Northman a rebuté le grand public.

 

The Northman : Photo Anya Taylor-Joy, Alexander SkarsgårdPourquoi tu m'aimes pas ?

 

LES CAUSES DU RAGNARÖK

"Il faut avoir un master en histoire viking pour comprendre le moindre truc dans ce film". Ne riez pas, c'est un vrai retour qui a été fait par l'un de membres du public des projections tests désastreuses qui ont été menées par Regency avant la sortie du film. Malgré la popularité indécrottable de la mythologie nordique depuis maintenant dix ans (Skyrim, Vikings, Assassin's Creed : Valhalla, God of War...), The Northman a été perçu comme trop cérébral, trop pointu. Un simple coup d'oeil sur les agrégateurs de notes du public suffit pour le comprendre : avec un très médiocre B sur CinemaScore, l'image historico-intello-arty-chiante colle à la peau du film et empêche le bouche-à-oreille positif.

 

The Northman : photo, Alexander SkarsgårdDonne-moi ton oreille

 

Autre raison avancée par Deadline : The Northman est sorti le même jour que Un talent en or massif avec Nicolas Cage, un film qui visait exactement le même public cible - plutôt adulte. Résultat des courses : le public en question s'est dispersé le jour du lancement et les deux films se sont plantés. The Northman finit en quatrième position du box-office le week-end de sa sortie, à quelques encablures de Les Animaux fantastiques : les Secrets de Dumbledore , Sonic 2 (tous deux pourtant déjà sortis plus d'une semaine avant) et Les Bad Guys, alors qu'une première place était à portée de main sans Un talent en or massif.

Privé à la fois de l'élan symbolique et du coup de projecteur médiatique qu'une première place apporte, The Northman n'a plus que des handicaps. Ajoutons à cela un marketing plutôt timide (probablement à cause de l'échec annoncé et pour éviter de trop dépenser) et mal fichu, émaillé de quelques foirades monumentales (les affiches du film dans le métro américain... sur lesquels il manquait le titre), et la recette du désastre est complète.

 

Nan, mais c'est interdit ce genre d'erreur normalement bon sang...

 

PAS DE VALHALLA POUR ROBERT EGGERS ?

Y a-t-il une leçon à tirer de ce cuisant échec ? Oui, et elle est malheureusement bien sombre. Dans l'état actuel du marché, il n'y a pour ainsi dire pas de perspective pour les gros budgets indépendants, ce qu'on appelle couramment les films du milieu : un budget ni astronomique comme les usines à gaz des majors et leur marketing rouleau compresseur, ni petit, voire microscopique comme la plupart des productions indépendantes. Bien sûr, on nous sortira Everything Everywhere All at Once, le succès indépendant de l'année qui n'a coûté que 20 millions de dollars, mais des cas comme celui-ci, il n'y en a qu'un par an, et ils éclipsent toujours la farandole de pots cassés derrière eux.

Certes, The Northman est une oeuvre plus chère et plus difficile d'accès, mais le plantage concomitant d'Un talent en or massif - lui aussi bien reçu par la critique, mais tièdement accueilli par le public - en dit long. Toute la question maintenant est de savoir si cette absence de perspective est due à une absence de curiosité chez le public, ou au trop grand nombre de films diffusés chaque année, dans un marché qui plus est saturé de giga-blockbusters monopolisant l'espace médiatique. Un marché qui plus est toujours pas remis du Covid et donc d'autant plus hostile pour qui n'est pas Batman, Tom Cruise ou un T-Rex capable de s'imposer en moins d'une semaine au box-office.

 

The Northman : Photo Alexander SkarsgårdUn gros type musclé veut se venger d'un autre gros type musclé, ce n’est quand même pas dur à comprendre

 

Dernière grande question en suspens : que va-t-il advenir de Robert Eggers ? Malgré son talent reconnu et incontesté, il vient probablement de voir sa chance de s'imposer comme un nouveau réalisateur de films populaires d'auteur lui passer sous le nez. Sachant également qu'il a déjà fait savoir que rejoindre la machine (notamment super-héroïque), comme Chloé Zhao et James Gunn, ne l'intéressait pas, les perspectives dans le monde des films à gros budget se réduisent pour cet auteur au pedigree déjà difficile, à la lisière de l'expérimental.

La solution pourrait venir d'appuis extérieurs : James Gray n'aurait pas pu faire Ad Astra sans le soutien actif et financier de Brad Pitt, et il est intéressant de constater que Denis Villeneuve a fait le grand saut dans les mega-budgets au bout de quinze ans de carrière et grâce à Ridley Scott, qui lui a confié les clés de Blade Runner 2049. Et, malgré l'échec financier du film, cela ne l'a pas empêché de faire Dune par la suite. D'ailleurs, malgré The Northman, Robert Eggers est loin d'être cuit : entre son remake de Nosferatu en difficulté et le développement d'une mini-série sur Raspoutine, le monsieur a déjà fort à faire avant de retenter une percée aux yeux du grand public.

Tout savoir sur The Northman

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commentaires
Fafane11
29/06/2022 à 22:31

Échec car très chiant.

Mr Bifle
29/06/2022 à 13:15

Dans mes souvenirs, c'est mal raconté car mal écrit, et mal filmé. Bref Eggers n'a pas l'étoffe pour ce genre de film. Il y a bien d'autres contes à mettre en images qui lui iraient à merveille.

Flash
29/06/2022 à 07:18

Vulfi@ ce film existe déjà et en effet c’est un chef d’œuvre !
Je te laisse chercher le titre.

Vulfi
29/06/2022 à 02:32

@Flash

Bravo, tu as là une excellente réplique pour ton futur film cérébral qui sera boudé au box office.

Rajoute des zépés, de la testostérone et des filles de 25 ans et tu tiendras un grand chef d'oeuvre incompris, à n'en pas douter.

Heimdall
29/06/2022 à 02:21

Etre une réussite cinématographique ou ne pas être une réussite industrielle : Robert Eggers

Flash
28/06/2022 à 22:22

Vulfi@ en fait c’est toi Sandrine Rousseau??

zetagundam
28/06/2022 à 21:10

@Pi
Tu pourrais m'expliquer le "révisionnisme historique" qui impacterai le film ?

Vulfi
28/06/2022 à 20:09

Après c'est sûr que si on vit au pays du déni, c'est plus compliqué de voir dans The Northman le propos virilo-masculiniste qui suinte pendant plus de deux heures.

Au cinéma, c'est bien connu, il est aussi courant de voir des femmes marquées par le temps et ridées coucher avec des petits minets.

Merci pour le fou rire messieurs, c'est toujours agréable.

Momo
28/06/2022 à 18:08

Tiré d'aucune licenses connues, un spectacle dit "cérébral" , pas d'humour, des tetes d'affiches peu connus.. Pour le grand public, les vikings sont justes des sauvages un peu bete (comme Thor) qui se tapent dessus à coup de haches..

Ca ne m'étonne même pas que cela ait giga floppé, les gens en ont rien à foutre du "scénario" et "réalisation" . Il veut voir des valeurs sure au cinés... La preuve Morbius ridiculisé de tout les cotés fait largement mieux...

MadMcLane
28/06/2022 à 17:46

Hum inutile de s'entretuer sur ce film (bon ou mauvais, question de point de vue), j'ai apprécié l'ambiance, la bande son et la photo, le scénario est classique (histoire de vengeance quoi) et les acteurs pas tous au top. Au demeurant ça reste bien plus fréquentable que bien des blockbusters... c'est surtout dommage que les films dits du milieu en terme de budget disparaissent, ce qui limitera forcément la diversité et donc le choix pour les spectateurs. Je m'en vais aller au NIFFF découvrir quelques raretés la semaine prochaine (heureusement qu'il y a encore des festivals pour découvrir d'autres trucs...)!

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