Qu'est-ce qu'on a tous fait au Bon Dieu ?, Inexorable... les nouveautés cinéma du 6 avril

La Rédaction | 6 avril 2022 - MAJ : 08/04/2022 15:13
La Rédaction | 6 avril 2022 - MAJ : 08/04/2022 15:13

Qu'est-ce qu'on a tous fait au Bon Dieu ?, Inexorable, Les Bad Guys... quelles sont les sorties cinéma de la semaine du 6 avril 2022 ?

Chaque semaine, Écran Large fait son marché dans les salles de cinéma, et sélectionne quelques sorties et films incontournables (pour de bonnes ou mauvaises raisons).

Avec le meilleur de Benoît Poelvoorde, le pire de Christian Clavier, le parcours de trois femmes à Tokyo, Jonathan Cohen littéralement collé à Vincent Macaigne, les nouveaux méchants de Dreamworks, un anniversaire déchirant, une mamie flippante et un retour dans le passé légendaire avec Alfred Hitchcock et Jean Renoir.

 

 

LES SORTIES QU'ON CONSEILLE  

 

INEXORABLE

Durée : 1h38

 

 

De quoi ça parle : Marcel Bellmer est un écrivain, célèbre pour un roman intitulé Inexorable. Il se replie en compagnie de sa femme et de sa fille dans une grande maison léguée par son beau-père, pour écrire son prochain livre. Mais lorsqu'il rencontre la jeune Gloria, sa tranquillité toute relative va être plus que perturbée.

Pourquoi il faut le voir : Parce que c'est une leçon de tension assez impressionnante, qui doit beaucoup à une narration en forme de spirale infernale, parsemée de scènes certes limitées au huis clos de la demeure familiale, mais particulièrement machiavéliques. Parce que c'est un régal esthétique, qui restitue le clair-obscur des meilleurs thrillers américains dans ce décor vide pour mieux plonger dans la part d'ombre de ses petits bourgeois de personnages. Le tout à l'aide de la texture si particulière du 16mm.

Parce que c'est aussi peut-être le film le plus accessible de son auteur, qui avait tendance à se perdre (pour le meilleur) dans le grain de sa propre pellicule, et qui prouve ici être capable de viser l'efficacité. Enfin parce que c'est l'occasion de redécouvrir une palette de comédiens parfaitement dirigés, comme Mélanie Doutey, excellente en mère sèche, Alba Gaia Bellugi, qui joue avec adresse de sa fausse innocence et Benoît Poelvoorde, monstrueux, désormais au sommet de son art grâce à Fabrice Du Welz, quand bien même il est tout sauf drôle.

La note d'Écran Large : 4/5

À LA FOLIE

Durée : 1h22

 

 

De quoi ça parle : De retour dans la maison familiale pour l'anniversaire de sa mère, Emmanuelle retrouve sa grande soeur, Nathalie, qui est schizophrène. Dans ce décor chargé de souvenirs, où la maladie de Nathalie a souvent affecté les relations familiales, les retrouvailles vont être douloureuses.

Pourquoi il faut le voir : Il y a quelques mois, la réalisatrice Audrey Estrougo était sous le feu de projecteurs avec Suprêmes, consacré à la naissance de NTM. Mais avant ce film dont tout le monde a parlé, elle avait tourné À la folie dans une tout autre configuration, avec un petit budget et hors du système (en quelques semaines, le film était écrit et tourné).

À la folie porte cette urgence dans sa mise en scène, son écriture brute, et sa simplicité de quasi-huis clos. Ce qui frappe le plus, c'est l'interprétation électrique de Virginie Van Robby (actrice non professionnelle, qui avait là son premier rôle) et Lucie Debay. Chaque petit faux pas (une réplique trop explicite, une parole trop forte, un effet trop appuyé) menace de faire basculer le film vers le drame aux gros sabots, mais la force des deux actrices reste là. Captivantes, étonnantes, étranges, elles illuminent le film, jusqu'à la toute dernière scène, déchirante.

La note d'Écran Large : 3/5

ABUELA

Durée : 1h40

 

 

De quoi ça parle : Susana est une mannequin en passe de décrocher un gros contrat. Alors qu'elle engloutit la quantité de cocaïne nécessaire, elle reçoit un appel. Sa grand-mère vient d'avoir un accident, et elle va devoir s'occuper d'elle. Sauf qu'une fois sur place, la mamie devient vite très inquiétante.

Pourquoi il faut le voir : Célèbre pour sa participation à la saga [REC] et notamment aux deux premiers opus, encore aujourd'hui des chefs-d'oeuvre de trouille, Paco Plaza revient à l'épouvante après un rapide détour par le thriller et il ne fait pas les choses à moitié. Assumant de révéler très tôt les enjeux de Abuela, il profite de son sujet (la peur de vieillir) pour nous embarquer dans un tour de train fantôme dont nous connaissons le final. Et c'est justement grâce à cette épée de Damoclès qu'il entend souiller nos sous-vêtements.

À force de plans minutieusement composés et de mouvements d'appareil aussi simples que redoutables (aaaaah, la scène du dîner), qui nous forcent à regarder en face ce dont on détourne généralement le regard, il fait planer une menace non seulement sur son héroïne, mais aussi sur le spectateur, qui vit après tout lui aussi dans l'ombre du spectre de la mort. Assurément, le prochain cheveu blanc que vous arracherez de votre crâne dégarni vous vaudra une crise cardiaque.

La note d'Écran Large : 3,5/5

EN MÊME TEMPS

Durée : 1h48

 

 

De quoi ça parle : De deux élus que tout oppose, qui se vouent un mépris absolu, l'un combattant le projet immobilier de l'autre. Jusqu'à ce que les deux édiles se retrouvent collés l'un à l'autre par un collectif féministe adepte des actions coups de poing, à quelques heures d'une échéance politique de premier plan.

Pourquoi on va le regarder : Parce que le nouveau film de Gustave Kervern et Benoît Delépine est aussi bienvenu qu'un peeling à l'acide nimbé de fraîche lumière d'une aurore printanière. Comme à leur habitude, le duo de cinéaste mélange un discours politique assumé, un sens de l'absurde et de la dérision solidement ancrée, ainsi qu'un amour sincère pour ceux qu'ils filment. Et mine de rien, c'est un sacré tour de force, quand on se lance dans le portrait de deux symptômes des maux de la démocratie française.

Loin de tout délire idéologique, En même temps prend le pouls de citoyens désaxés, parfois perdus, engagés quelquefois, souvent surprenants, toujours observés avec tendresse. Porteur d'un sens de l'absurde qui s'épanouit sur un terreau concret, où malice et bêtise s'allient, surgissant au coin d'un parking, d'une salle communale ou dans l'arrière-salle d'un petit restaurant, leur film agit comme un onguent sur un membre amputé, et rappelle avec un panache tout Grolandais qu'à la veille d'élections attendues et redoutées, rire et combat sont aussi indispensables qu'étroitement liés.

La note d'Écran Large : 4/5

CONTES DU HASARD ET AUTRES FANTAISIES

Durée : 2h01

 

 

De quoi ça parle : De trois courts-métrages au coeur de Tokyo, où des femmes doivent faire face à leur destin. Triangle amoureux, tentative de séduction et rencontre née d'un malentendu : tout peut arriver.

Pourquoi il faut le voir : Parce qu'après son brillant Drive My CarRyūsuke Hamaguchi se montre en très grande forme avec Contes du hasard et autres fantaisies. Récompensé d'un Ours d'argent au Festival de Berlin 2021 (avant son passage à Cannes avec Drive My Car donc), ce nouveau film s'amuse au travers de trois courts-métrages à déployer des situations inattendues au coeur de Tokyo. Dans ce milieu quelque peu froid, où les sentiments des uns et des autres se veulent enfouis, le réalisateur développe de touchants portraits de femmes

Dès le titre, on peut percevoir une inspiration rohmerienne dans le projet du cinéaste, et c'est justement en en reprenant la douceur et la beauté de certains dialogues qu'il touche au sublime. Drive My Car était déjà obsédé par le poids des mots, mais Contes du hasard et autres fantaisies les empreint d'une magnifique sensualité, particulièrement perceptible dans la lecture d'un extrait de roman érotique.

Face à l'oubli, l'abandon, et les regrets, la caméra d'Hamaguchi s'attarde sur le bouillonnement intérieur de ses personnages. Qu'ils soient embarqués dans un bus ou un escalator, son objectif prend le temps de s'arrêter, de fixer les visages et des corps en quête de sens. Un geste de cinéma fort, pour une oeuvre d'une beauté rayonnante.

La note d'Écran Large : 4/5

Notre critique de Contes du hasard et autres fantaisies

LES BAD GUYS

Durée : 1h40

 

 

De quoi ça parle : Une bande de braqueurs anthropomorphes commet le casse de trop et se fait prendre la main dans le sac. Pour esquiver la prison, ils demandent une seconde chance à la société pour devenir des gentils, dans l'espoir de pouvoir rester libres et méchants après avoir berné tout le monde.

Pourquoi il faut le voir : Après les flops des Trolls 2, des Croods 2 et de Baby Boss 2, Dreamworks sort enfin la tête de l'eau avec Les Bad Guys, un nouveau film adapté des bandes dessinées du même nom. Le scénario est évidemment cousu de fil blanc et les "bad guys" deviennent sans surprise des "good guys" après plusieurs retournements de situations visibles depuis la Lune. Mais si l'originalité fait défaut, le film se rattrape aux branches avec son énergie communicative et ses scènes d'action frénétiques, en particulier grâce à l'animation fluide et au montage cadencé qui reprennent certains gags et codes visuels des cartoons américains et des animes japonais. 

Le film mélange également la 3D et la 2D pour se rapprocher du trait simplifié et crayonné de la version papier, ce qui lui donne au passage une réelle identité visuelle au milieu des autres productions américaines plus lisses et standardisées. Comme souvent chez Dreamworks, le film est aussi très référencé, que ce soit avec son ouverture tarantinesque ou son scénario à la Ocean's Eleven (deux influences clairement revendiquées par le réalisateur Pierre Perifel). Enfin, c'est aussi et surtout l'occasion de soutenir ou découvrir un animateur et réalisateur français formé aux Gobelins de Paris (tout comme Éric Bergeron, le coréalisateur de La Route d'Eldorado) après son travail sur la franchise Kung Fu Panda

La note d'Écran Large : 3/5

LE FILM QU'ON N'A encore PAS VU

Qu'est-ce qu'on a tous fait au Bon Dieu ?

Durée : 7 ans et 14 mois

 

 

De quoi ça parle : Il est un des clichés des repas de famille : le vieil oncle relou, voire raciste. Et bien dans la famille que nous retrouvons pour la troisième fois, un étrange phénomène génétique s'est produit. Ce vaste clan est exclusivement composé de tontons relous. Un destin tragique, particulièrement rémunérateur au box-office.

Pourquoi on va le regarder : En dépit des apparences, les raisons de regarder Qu'est-ce qu'on a tous fait au Bon Dieu ? abondent. Tout d'abord, on peut se tromper de salles, et parce qu'on s'est assis au beau milieu de la rangée centrale, ne plus oser se relever avant la fin de la séance. Ça s'est déjà vu. On peut voir le film après avoir perdu un pari. Suite à un mariage malheureux, et un très mauvais sens des négociations. Pour accompagner un aîné, fusse vers la mort ou tout simplement pour soutenir les salles obscures, qui en ont bien besoin, mais n'en demandent pas tant.

Selon votre alibi de visionnage, plusieurs options s'offrent à vous pour optimiser l'expérience. On vous recommandera le plus souvent de fermer à minima les yeux, étanchéifier vos tympans si vous êtes en possession de matériaux étanches. Il demeure bien sûr possible d'agrémenter votre séance du visionnage d'un film ou d'une série sur votre téléphone, mais rappelez-vous que si vous sauverez probablement votre soirée, vous gâcherez celle d'un spectateur/supplicié/malheureux, qui n'a rien demandé de tel.

La note d'Écran Large : On peut plus rien dire/5

LES RESSORTIES COOLS 

PSYCHOSE

Sortie : 1960 - Durée : 1h49

 

Psychose : Photo Janet LeighEn route vers l'enfer

 

De quoi ça parle : Agacée par son quotidien, Marion Crane veut reprendre sa vie en mains et, un jour, vole l'argent de son patron. Paniquée à l'idée d'être retrouvée ou poursuivie par la police, elle s'enfuit en voiture et trouve refuge dans un motel.

Pourquoi il faut le (re)voir : Est-il encore nécessaire d'expliquer pourquoi il faut se jeter sur Psychose ou tout simplement n'importe quel film d'Alfred Hitchcock ? Probablement pas, mais comment ne pas avoir envie de redire tout l'amour qu'on porte au cinéaste et notamment à sa première incursion dans l'horreur. Car après avoir bouleversé le genre du thriller et du film policier (voire en établir des codes légendaires comme le MacGuffin) et s'être attaqué légèrement à l'épouvante et au fantastique avec Sueurs Froides, Alfred Hitchcock plonge véritablement dans le film d'horreur avec Psychose.

Pourtant, comme à son habitude, le cinéaste s'amuse à balader le spectateur. Alors que son long-métrage se lance sur la longue fuite de son héroïne, craignant d'être poursuivie par ses employeurs après avoir volé une grosse somme d'argent, le cinéaste va évidemment complètement chambouler le récit en plein milieu du métrage. En une scène devenue mythique, Psychose bascule alors dans le genre horrifique à travers un déluge de violence inhabituel chez le cinéaste avant de complètement changer de point de vue.

Choc, un immense film naît sous les yeux de spectateurs au moment même où Hitchcock tue littéralement ce qui a fait en grande partie son succès jusqu'ici. Admirer ce revirement sur grand écran est probablement une des meilleures manières de le découvrir, entre la mise en scène de génie de Hitchcock, la musique angoissante de Bernard Herrmann et évidemment l'effrayant charisme d'Anthony Perkins.

La note d'Écran Large : 5/5

LA RÈGLE DU JEU

Sortie : 1939 - Durée : 1h52

 

PhotoClassique parmi les classiques

 

De quoi ça parle : Le marquis de la Chesnaye organise une partie de chasse sur son domaine de Sologne. Dans une société où nobles et domestiques sont soumis à la règle des conventions, André, par son amour pour Christine, bouleverse le jeu.

Pourquoi il faut le (re)voir : Parce que si La Règle du jeu fait partie de ces longs-métrages légendaires qui sont absolument sur toutes les listes des films français à avoir au moins une fois dans sa vie, ce n’est pas pour rien. Tragi-comédie tantôt drôle et envolée, mais aussi grave et sombre, le film de Jean Renoir est également une étude de mœurs passionnante qui va joyeusement mettre en scène la lutte des classes à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

Un instantané de la société de la fin des années 30, donc, qui use de sa richesse d’écriture pour peindre une galerie de personnages aussi doux qu'antipathiques. L’ensemble est filmé d’une main de maître par le cinéaste qui s'amuse même à quelques décrochages très évocateurs comme la fameuse séquence de la danse macabre qui restera une des plus belles du cinéma classique français.

La note d'Écran Large : 5/5

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