Netflix, Disney+, Amazon... vont devoir contribuer davantage à la création française

Gael Delachapelle | 29 octobre 2020 - MAJ : 29/10/2020 18:00
Gael Delachapelle | 29 octobre 2020 - MAJ : 29/10/2020 18:00

Roselyne Bachelot a affirmé récemment que les plateformes de streaming, telles que Netflix ou Disney+, devront investir dans la création française.   

Il paraît évident d'affirmer en 2020 que les plateformes de streaming telles que NetflixDisney+, ou encore Amazon Prime Video, sont devenues des acteurs majeurs dans le paysage de l'industrie cinématographique. Pour le meilleur, comme pour le pire.

Lorsqu'on parle du meilleur, il s'agit de constater à quel point une plateforme comme Netflix est devenue, en quelques années seulement, le porte-étendard d'un cinéma d'auteur qui a pris refuge dans leur catalogue. L'exemple le plus récent est sans aucun doute celui du très attendu Mank de David Fincher.

Un film entièrement tourné comme "un film des années 1940", présenté comme le projet le plus personnel de son cinéaste, qui aurait difficilement trouvé des financements chez les grandes majors hollywoodiennes, qui ne jurent plus que par le blockbuster super-héroïque à la Marvel. Les plateformes ont également permis, ces derniers mois, à des productions, privées de salles, d'avoir leur heure de gloire.

 

Photo Gary OldmanGary Oldman, dans Mank de David Fincher

 

Et lorsqu'on évoque le pire, on pense surtout à la méthode Disney, la firme aux grandes oreilles annulant à tour de bras les sorties en salles de ses blockbusters, en temps de pandémie dû à la Covid-19. La dernière victime en date de cette méthode est Soul, la dernière oeuvre des studios Pixar, qui a vu sa sortie en salles annulée, pour être reléguée le 25 décembre 2020 sur Disney+. Un nouveau coup de massue pour les exploitants des salles, après Mulan, le couvre-feu, et enfin, le reconfinement.

Et vu que ces plateformes de streaming jouent désormais un rôle important dans l'industrie du cinéma, il paraît tout à fait normal, aux yeux de la ministre de la Culture Roselyne Bachelot, qu'elles investissent désormais dans la création audiovisuelle française, comme les autres acteurs du secteur, de la production, la distribution ou de la diffusion.

En effet, dans un récent entretien aux Échos, la ministre a affirmé que les plateformes de SVoD, telles que Netflix, Amazon, Disney+ ou encore Apple TV+devront investir 20 à 25% de leur chiffre d'affaires réalisé en France, dans la production d'oeuvres françaises ou européennes. Ce qui représente une fourchette moins élevée que le taux de 25% fixe, envisagé en début d'année par Frank Riester, son prédécesseur à ce poste.

 

photoQuand Disney+ apprend qu'il doit investir dans des séries françaises...

 

Une décision que la ministre de la Culture a définie, toujours dans les lignes des Échos, comme "une révolution digne de la loi de 1981 sur le livre", assurant avoir "placé la barre très haut". En effet, en échange de cette contribution obligatoire d'investissement, qui figure actuellement dans un projet de décret ouvert à la consultation, jusqu'au 10 novembre 2020, les plateformes de streaming auront le droit à un assouplissement de la chronologie des médias, proportionnel à leur investissement dans la création hexagonale.

Pour rappel, cette chronologie oblige les films à attendre 36 mois, jusqu'ici, après leurs sorties en salles, avant de pouvoir être disponibles sur des plateformes de streaming comme Netflix. Ce qui empêche des oeuvres comme The Irishman de Martin ScorseseMarriage Story de Noah Baumbach, ou prochainement Mank de David Fincher, de sortir simultanément dans nos salles, et en streaming chez le N rouge, comme c'est le cas aux Etats-Unis.

 

photoQuand Netflix investit dans la création française, ça donne ça...

 

Si ce dispositif permettra à la chronologie des médias de faire quelques exceptions, et aux plateformes de diffuser des films dans leurs catalogues plus rapidement après leurs sorties en salles, Netflix, Disney et cie semblent peu enclin à y recourir, ayant par ailleurs fait plusieurs contre-propositions durant ces dernières semaines, les plateformes étant peu favorables à l'idée d'investir un pourcentage aussi important dans des productions locales.

En effet, Netflix, par exemple, a déjà produit plusieurs créations françaises comme Plan CœurOsmosis ou encore Family business. Mais aussi, plus récemment, La Révolution, une série historique Française à gros budget très ambitieuse, plus orientée vers le genre, dans la veine des récentes créations de la plateforme, à savoir Marianne ou encore Vampires 

 

photo, Lucie BoujenahMarianne, une des rares séries originales Netflix françaises intéressantes

 

 

Roselyne Bachelot a également affirmé vouloir venir en aide aux chaînes de télévision traditionnelles : "Nous sommes soucieux d'un traitement équitable entre plateformes et chaînes de télévision traditionnelles." En effet, les groupes privés tels que TF1, Canal+, ou encore M6, ont demandé plusieurs assouplissements réglementaires, notamment par rapport à leurs obligations vis-à-vis des productions cinématographiques, auxquelles elles contribuent depuis des années.

D'où cette obligation d'investissement envers les plateformes de streaming, un projet de longue date, déjà présente dans la grande réforme de l'audiovisuel, présentée fin 2019 par Frank Riester. Un projet de réforme suspendu avec la crise sanitaire actuelle. Cependant, la ministre de la Culture a affirmé que cette réforme serait prête pour l'été 2021 : "Nous aurons modernisé le cadre général de contribution au financement de la création de tous les acteurs."  

Et si vous vous demandez pourquoi la participation des plateformes est un enjeu aussi important pour la création hexagonale, on vous recommande de jeter un coup d'oeil à la vidéo ci-dessous, qui essaie de faire un peu la lumière sur le financement du 7e art en France.

 


 

En attendant, vous pouvez toujours découvrir le résultat de la contribution de Netflix envers la création française, avec la saison 1 de La Révolution, leur dernier méfait en date, avec notre critique disponible par ici.  

Tout savoir sur Netflix

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commentaires

qc
31/10/2020 à 00:27

Francais et jespere quebecois aussi.

Simon Riaux - Rédaction
30/10/2020 à 17:54

@maizenna purée

Tristesse de l'autoflagellation acculturée.

Free Spirit
30/10/2020 à 17:23

excellente Analyse de maizenna purée... ABSOLUMENT !!!

maizenna purée
30/10/2020 à 12:06

supeeer!!!
ça permettra encore une fois d'engraisser les parasites de la mafia du cinoche français.
toujours les mèmes qui pondent bouses sur bouses sans aucunes obligations de resultats.

en france, on preferera toujours mettre en avant des chanteuses ratées (camelia jordanna) qui s'improvisent actrices grace au copinage.

Free Spirit
30/10/2020 à 10:07

de quoi elle s occupe ???

captp
30/10/2020 à 08:34

La piste intéressante, si j'ai bien compris, c'est le raccourcissement de la chronologie des médias proportionnelle à l'investissement.
C'est intéressant car actuellement les plate forme en ont rien à cirer d'attendrent vu qu'elles ont toute les même délais et baisser ce délais pour tous aura aucun effet pour les faire éternuer sauf peut être avec ce genre de méthode qui permettrait de les mettre en confrontation. Plus tu donnes, plus on est souple pour te permettre une meilleure offre
Mais est-ce que ça sera suffisant pour les contraindre ? Je pense pas.
La loi sur les livres pour préserver les librairies indépendantes était beaucoup plus direct et visait clairement les grands groupes comme la fnac et les grandes surfaces. La mission à été accomplie et elles ont même été protégé d'internet et d'Amazonie(avec une petite maj sur la livraison gratuite) . la France est un des rares pays à encore avoir autant de petites librairies mais pour ça il à fallu un minimum de courage politique pour bloquer la grande distribution et d'amour de la culture deux choses qui manquent à ce gouvernement qui après avoir fait un mal de chien aux salles ferme les librairies mais pas les fnac...

Djodjo
30/10/2020 à 06:16

À par faire des Plus belle la vie et des Demain nous appartient et d'autres daube les Français font quedal !!

Hawaii
29/10/2020 à 23:53

Je ne vois pas en quoi Disney va investir dans une serie française vu que ce n est qu un catalogue qui ne produit exclusivement des séries dérivés de son dit catalogue. C est encore su racket a la française

Doudou
29/10/2020 à 22:08

Bonne initiative. N'en deplaisent a ceux qui ne connaissent le cinema francais qu'au travers de ses comedies mediocres, la France a parmis les meilleurs talents du cinema et il est important de leur donner une voix.

fedor85
29/10/2020 à 19:28

Et voila, incapable d'être rentable, de faire de bons produits, on va OBLIGER les autres a payer.

Aucune remise en question de la "qualités" des oeuvres, du modèle de financement, du manque de cou..... des producteurs comme disais Berri.

La nomenklature à décidé.

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