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Wolfman : le réalisateur original revient sur ce désastre incroyable

Par Geoffrey Crété
15 avril 2020
MAJ : 15 avril 2020
21 commentaires
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Mark Romanek devait réaliser Wolfman, avec Benicio Del Toro, mais a quitté le projet pour être remplacé par Joe Johnston.

Dans la longue, triste et fascinante listes des catastrophes hollywoodiennes, Wolfman a une place un peu spéciale pour tous les amateurs d’horreur et de poils de loup-garou. Bien avant le lancement désastreux d’un Dark Universe avec Dracula Untold et surtout La Momie, qui a finalement été enterré pour repartir sur d’autres bases avec Invisible Man en 2020, Universal a tenté de réanimer les monstres cultes de son catalogue, en commençant par une version du loup-garou avec Benicio Del Toro.

A l’époque, les étoiles semblent alignées autour de la pleine lune. Le scénariste Andrew Kevin Walker (Seven, Sleepy Hollow, La Légende du cavalier sans tête) est engagé, et le réalisateur Mark Romanek est choisi. Il sort du petit succès de Photo obsession, et avec un beau budget, des ambitions de grand film d’horreur gothique, et le célèbre Rick Baker pour les maquillages (Le Loup-garou de Londres), il se lance dans l’aventure dès début 2007. Pour s’en aller, un an après.

La suite sera tristement célèbre. Universal s’excite pour trouver un remplaçant, et choisit finalement Joe Johnston, quelques semaines avant le début du tournage. La machine est lancée, le scénario est en partie réécrit, et sans surprise, ce sera une catastrophe : le budget explose (notamment à cause des reshoots), et le film est un bide à sa sortie (même pas 140 millions au box-office, pour un budget officiel de 150).

 

photoPrier le dieu des désastres hollywoodiens

 

Durant la promo de la série Tales from the Loop, petite merveille dont il a signé le premier épisode (notre critique à relire par ici), Mark Romanek a reparlé de Wolfman avec Collider. Interrogé sur une éventuelle envie de retenter sa chance dans l’univers des monstres d’Universal avec une réelle liberté, le réalisateur de Never Let Me Go n’a pas caché sa douleur :

« Non, parce que c’était vraiment le parfait concours de circonstances, et ça a vraiment été un parfait merdier. C’était Benicio Del Toro et moi collaborant sur une vision commune du film, puis on a eu Anthony Hopkins, puis Emily Blunt, et ensuite on a eu le chef décorateur Rich Heinrichs (collaborateur de Tim Burton, oscarisé pour Sleepy Hollow, NDLR), et ensuite la costumière Milena Canonero (qui a travaillé avec Kubrick, Coppola, et a reçu 4 Oscars, NDLR), et on était vraiment partis pour faire ce film d’horreur plus audacieux, noir et mystérieux.

Tout ça est arrivé pendant la grève des scénaristes et il y a eu des changements de direction au sein du studio, et ils n’ont plus vraiment cru en ce qu’on voulait faire. C’était un film cher, et tout a commencé à s’écrouler. Tout le monde a commencé à aller dans différentes directions jusqu’à ce que ça devienne évident que s’ils voulaient faire leur idée du film – c’est-à-dire le film que le studio voulait -, je n’avais plus vraiment de liberté puisqu’il y avait la grève des scénaristes, donc on ne pouvait plus changer le scénario. Donc je ne voyais pas comment leur donner ce qu’ils voulaient et la seule option était vraiment de partir, et leur dire, ‘Faites-le comme vous voulez’, ce qui était très décevant, et c’est ce qui s’est passé. »

 

photoRéunion de travail sur Wolfman

 

Mark Romanek a certainement évité un sacré embarras vu comme Wolfman a été un enfer jusqu’au bout, et a quasiment été abandonné par tout le monde suite à une production chaotique. Malgré de gros reshoots, beaucoup de scènes ont été coupées par les producteurs. Le compositeur Danny Elfman a simplement été remplacé par Paul Haslinger pour avoir un ton moins noir et plus moderne, avant que sa musique ne soit finalement réutilisée, non sans avoir été retravaillée et enrichie par d’autres musiciens. Et la date de sortie a été repoussée plusieurs fois, passant de novembre 2008 à février 2010.

La critique a été très négative, le public n’a pas du tout été impressionné, et le bide a été spectaculaire. Seule consolation : Rick Baker et son équipe ont reçu l’Oscar des meilleurs maquillages.

Depuis, une version longue est sortie, avec 17 minutes supplémentaires. Sans que cela ne sauve réellement ce film et sa réputation.

 

photo, Emily BluntAu loin, le fantôme de la version bien

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Snake88

Malgré tous les deboires de la prod, il est très bien ce film !

Opale

Dommage, le film possède une beauté plastique indéniable, décors, costumes, ambiance, tout est vraiment pas mal mais comme l’article ne décrit très bien la production chaotique fait que le film manque de direction, de cap et se perds un peu, du coup le résultat est honorable mais je pense que l’on est passé tout prés d’un grand film d’horreur gothique…

John

Pourtant j’adore ce film, dans la lignée du classique « La nuit du Loup Garou.».

Kyle Reese

Je plusois, j’avais bien aimé le film, tout le travail fait en amont a du payer quand même.
Et Andrew Kevin Walker n’ai plus rien écrit fait après ça.

Flash

Franchement, dans sa version longue c’est juste l’un des meilleurs films de loups garous jamais produit.