Coronavirus, James Bond et Festival de Cannes : le cinéma mondial est-il sur le point de tomber malade ?

Simon Riaux | 2 mars 2020 - MAJ : 02/03/2020 13:52
Simon Riaux | 2 mars 2020 - MAJ : 02/03/2020 13:52

Alors que sorties cinéma et évènements culturels se voient bouleversés par les conséquences sanitaires de l’épidémie naissante de coronavirus, on commence à se demander si le 7e Art ne risque pas de tousser sacrément fort.

Report du tournage de Mission : Impossible, cafouillage autour de celui du prochain Asterix, annulation de la tournée promotionnelle de Mourir peut attendre en Chine, report de la sortie en Chine de Sonic, incertitude autour de celle de Mulan… Qu’elles relèvent de la panique, de la précaution ou du bon sens, ces mesures peuvent sembler autant de dommages collatéraux touchant les productions les plus puissantes de pays en pointe de l’industrie cinématographique.

 

photo, Ralph FiennesL'équipe de James Bond impuissante face au Coronavirus

 

MISSION : CORONA

Et pourtant, alors qu’on dénombre désormais des cas de coronavirus dans une soixantaine de pays différents, la situation et ses développements potentiels pourraient heurter de plein fouet un secteur actuellement en pleine mutation, et accélérer encore les mouvements qui modifient son centre de gravité. Ainsi, alors que des milliers de salles obscures dans le monde sont sur le point d’être condamnées à une fermeture temporaire, la situation pourrait perdurer et transformer rapidement un secteur économique instable.

 

photo, Jennifer EhleContagion, de Steven Soderbergh

 

Bien sûr, être privé d’une exploitation commerciale correcte heurtera d’abord et plus fortement les œuvres indépendantes, mais celles qui permettent aujourd’hui aux salles d’exister et drainent un public conséquent sont indiscutablement les blockbusters (ceux avec des capes, ou ceux qui offrent l’hospitalité à Franck Dubosc). Or, la rentabilité de ces derniers repose d’abord et avant tout sur les salles de cinéma, en particulier les multiplexes (qui selon leurs résultats, donnent le la de l’intensité de l’exploitation à venir sur d’autres formats). Et justement ce sont les salles de cinéma les plus susceptibles de fermer.

Autre élément fondamental : la durée de vie des longs-métrages au cinéma s’est considérablement réduite ces 15 dernières années, les rendant d’autant plus vulnérables aux aléas de l’exploitation. Est-il réaliste d’imaginer les blockbusters de ces prochains mois décapités par les conséquences du coronavirus ? Les dernières évolutions laissent à penser que ce n’est peut-être pas de la science-fiction.

 

photo, Vin DieselPas sûr que Vin Diesel arrive à pied par la Chine cette fois

 

Avec des milliers d’écrans fermés en Chine, paralysant de facto l’industrie locale, et 50% des écrans fermés en Italie d’après Deadline, il ne fait nul doute que ce type de fermetures se multipliera en Europe, puis aux États-Unis, si l’épidémie progresse rapidement. Or, plusieurs films pourraient en souffrir massivement : Sans un bruit 2, Divorce Club, Bloodshot, MulanMourir peut attendre et Black Widow pour ne citer qu'eux. Impossible d'affirmer que la carrière de Mulan en Chine sera sacrifiée, mais les fermetures de salles, et les déclarations de la comédiennes Yifei Liu au Hollywood Reporter laissent penser que l'avenir est incertain pour le film. "Je prie pour un miracle, et pour que tout cela se termine au plus vite", indiquait-elle laissant peu de doute quant à l'exploitation du remake de Disney.

Une hémorragie d’entrées menacerait-elle les studios produisant ces films ? Voilà qui est difficile à affirmer, sans données stables, alors que la situation évolue constamment. En revanche, ce qui paraît évident, c’est que dans ce contexte, s’il devait perdurer, les studios seront désireux d’atteindre malgré tout leurs clients. Et gageons que cette logique renforcera encore les grandes plateformes de streaming (ou accélérera leur mise en chantier). Une accélération qui pourrait bien menacer encore un peu plus l’équilibre des salles obscures, dont les récents bons chiffres ne masquent pas une concentration sur de moins en moins d’œuvres différentes et précisément sur celles qu’on imagine désireuses de se trouver de nouveaux biais d’exploitation.

 

Sans un bruit 2, Emily BluntDe toute façon, on sait bien comment tout ça va finir 

 

CANNAVIRUS

Mais les séances de cinéma ne sont pas les seules qui pourraient prendre le coronavirus de plein fouet. Les annulations dans l’Hexagone de manifestations telles que Paris Manga, le Salon du Livre, ou l’incertitude autour de l’ouverture du Louvre témoignent d’une chose : même s’ils sont essentiels à la bonne santé économique de leurs secteurs respectifs, les grands évènements culturels ne seront pas épargnés. On ne veut pas encore parler du Festival de Cannes, mais la crainte de son annulation est sur toutes les lèvres.

Lieu de rencontres internationales, accueillant quelque 40 000 accrédités (et bien d'autres milliers de curieux ou travailleurs saisonniers) venus du monde entier, l'évènement serait un cauchemar sanitaire au beau milieu d'une pandémie mondiale, dont on voit mal comment l'État français pourrait autoriser ou assurer le maintien.

 

photo, Vin DieselVin contre le virus

 

Preuve en est, sitôt le premier cas d’infection confirmé dans les Alpes Maritimes, les Américains de Variety ont immédiatement voulu savoir si le Festival aurait lieu, interrogation à laquelle un porte-parole officiel du Festival a instantanément répondu pour signifier que si la manifestation était en contact étroit avec les autorités sanitaires, il était bien trop tôt pour tirer quelque conclusion que ce soit.

La nouvelle témoigne de la fébrilité d’un secteur bien moins solide qu’il n’y paraît, ou à tout le moins très dépendant de ses piliers, symboliques et financiers. Or, la Croisette n’est pas seulement un haut-lieu de cuitasses spatiales et de flashs à répétition. Cannes est avant tout un Marché du film, parmi les plus importants au monde en raison de son ampleur, mais aussi de la variété des créations qui y sont marchandées.

Une annulation pousserait logiquement acheteurs et vendeurs à reconfigurer leurs échanges, soit en se positionnant sur d’autres plateformes (Berlin ? Toronto ?) soit en trouvant d’autres modalités de commerce. Là aussi, bien malin le devin qui pourra prétendre savoir ce qu’il adviendra. Mais les semaines qui vont suivre pourraient bien transformer durablement le paysage cinématographique mondial, pas forcément assez solide pour se payer le luxe de tousser trop longtemps.

 

photo, Léa Seydoux, Daniel CraigBon bah voilà, du coup le prochain 007 sera une bactérie, voilà

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commentaires

Fred.
03/03/2020 à 17:32

de 3 vieillards en France.. Et oui.. Malheureusement quand on est vieux, on meurt..

Fred
03/03/2020 à 17:30

Marre de ce battage médias tique pour la mort

Caroline
03/03/2020 à 10:12

@Flash : comme ça les médias ne parlent pas de ce qui se passe en Turquie et de la 2e invasion migration. Quand il y a la gastroentérite chaque année, les morts sont pourtant nombreux.

Maurice Escargot
02/03/2020 à 19:41

@Flash : c'est vrai, mais malheureusement le bon sens ne semble pas guider la majorité de la population, et plus encore nos dirigeants qui entretiennent cette psychose (pourquoi ? Je m'abstiendrais de toute hypothèse n'étant pas politologue, mais il faut néanmoins être aveugle pour ne pas constater que cette hystérie collective est savamment entretenue).

Bref, pour l'heure, on est mal barré. Et moins par la faute du virus que par celle de la population...

Berni
02/03/2020 à 19:06

Vin va-t-il chier par la pine...

Flash
02/03/2020 à 18:34

On avait pas fait tout ce cirque à l'époque du SRAS et du H1N1.
On a affaire à une grosse grippe, je vois pas le but de créer une telle panique.

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