César 2020 : le manque de diversité pointé du doigt dans une tribune féroce et déterminée

Marion Barlet | 27 février 2020 - MAJ : 27/02/2020 18:26
Marion Barlet | 27 février 2020 - MAJ : 27/02/2020 18:26

Après le féminisme, Polanski et la démission pour gestion catastrophique, c'est maintenant sur le terrain de la diversité que les César se font tacler.

C'est désormais acté, les César 2020 seront cultes... mais pas pour les bonnes raisons. Pas un jour ne passe sans que des dénonciations, des tribunes ou des interviews ne viennent entacher la plus grande cérémonie française du cinéma. Nouvelle mode de l'auto-affliction ou décrassage nécessaire d'une institution à la traîne ? Les avis sont très partagés, même si le monde du cinéma a choisi son camp, du moins sur le papier. 

 

photo, Eriq EbouaneyÀ droite Eriq Ebouaney

 

Cette année, deux films font beaucoup parler d'eux : Portrait de la jeune fille en feu et Les Misérables. Pourquoi ces deux-là particulièrement ? Leur thème et leur traitement n'y sont pas pour rien. Le film de Céline Sciamma aborde de front l'homosexualité féminine et celui de Ladj Ly s'inscrit dans une banlieue où les protagonistes sont majoritairement noirs ou d'origine maghrébine. Des mauvaises langues diront qu'ils ont été sélectionnés pour la (soi-disante) bien-pensance de leur propos, et nous préférons désamorcer tout de suite l'affaire : ce sont clairement deux œuvres qui nous sortent des sempiternelles histoires d'amour chianto-normées et du parisiano-centrisme des films d'appartement

La diversité n'est pas qu'une histoire de moralité, elle est aussi un paramètre déterminant de l'originalité, de la créativité et de la qualité. Ceci dit, d'un point de vue thématique, on remarque cette année que le panel est diversifié : problèmes sociaux avec Roubaix, Une lumière, autisme et engagement associatif dans Hors Normes, pédophilie dans Grâce à Dieu, tous ces thèmes rafraîchissent - si l'on peut dire - indéniablement le cinéma malgré la tension dramatique qui les caractérise.

 

photo, Roschdy ZemRoschdy Zem en lice pour le César du meilleur acteur

 

Néanmoins, la diversité culturelle n'est pas suffisante pour l'acteur Eriq Ebouaney (LumumbaCarlos) qui dénonce "l'invisibilité des acteurs, réalisateurs et producteurs issus des DROM-COM et de l'immigration africaine et asiatique dans le cinéma français". Sa tribune parue dans Le Parisien a été signée par une trentaine de personnalités du monde du cinéma qui soutiennent l'analyse de l'acteur sur la situation actuelle :

« Dans quelques jours, au cours de la 45e cérémonie des César, nous célébrerons la grande famille du cinéma français. Le cinéma ! Un art éminemment populaire qui rassemble dans une célébration partagée toutes les couches de la population sans distinction de classe sociale, de genre ou d’origines. Le cinéma est un puissant outil de transmission d’une culture, un outil de facilitation de l’intégration des populations de notre pays. Il est aussi un outil de transmission de valeurs communes partagées d’une société. Notre cinéma devrait donc être, comme Stendhal le disait du roman, un miroir dans lequel se reflète la société dans sa réalité et sa diversité. »

 

photo, Reda KatebHors Normes : un film hors-norme

 

Eriq Ebouaney n'a pas nié l'existence de célébrités noires, comme Omar Sy, mais il regrette que son cas soit une exception et que les personnes issues de l'immigration restent cantonnées pour jouer dans des "films de banlieue" : Les MisérablesDivines (Houda Benyamina), Bande de filles (Céline Sciamma) ou La Haine (Mathieu Kassovitz) traitent en effet de cette question. Les acteurs racisés interprètent souvent des rôles où leur origine est pointée voire accentuée (Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?), et des cas comme Hors Normes où l'appartenance religieuse et/ou ethnique est plus que secondaire et encore très rare. 

« Cette invisibilité des acteurs, réalisateurs et producteurs issus de cette frange de la population accentue le malaise et le sentiment d’exclusion déjà vécu dans la vie réelle. À quand l’inclusion ? La démission collective du conseil d’administration des César va-t-elle changer la donne ? Aujourd’hui, il n’est plus question, pour tous les professionnels du cinéma issus des immigrations et d’outre-mer, d’être assignés aux rôles secondaires et stéréotypés auxquels on les a longtemps cantonnés. Le cinéma anglo-saxon confie des rôles de premier plan à tous ses acteurs sans distinction de couleur ou d’origine et sans que cela ne nuise à sa qualité, bien au contraire ! 

Nous voulons ici pointer du doigt les paradoxes d’un pays, la France, qui nomme Spike Lee, un réalisateur et producteur afro-américain, président du jury du prochain Festival de Cannes, et qui en même temps maintient ses acteurs de couleur dans des rôles insignifiants qui ne justifieront jamais une quelconque nomination aux César.»

 

photo, Spike LeeÀ gauche, Spike Lee

 

Eriq Ebouaney pointe un problème insidieux qui tient au paradoxe de l'engagement des acteurs, au sens large, du cinéma. Si le milieu est dans l'ensemble libéral et ouvert au progressisme, le changement réel semble plus compliqué à mettre en place et l'auteur de la tribune en vient à comparer le système anglo-saxon au nôtre. 

« L’adoption de mesures d’inclusion est urgente si on ne veut pas laisser à ces professionnels du cinéma français qu’une seule option : l’engagement dans la voie du communautarisme à l’américaine pour s’exprimer et s’épanouir dans leurs métiers. Il est temps d’ouvrir les portes et les fenêtres du cinéma français. Car le talent, comme l’émotion, n’a pas de couleur. #BlackCesars ?! »

Parmi les signataires, on compte Olivier AssayasMathieu KassovitzStomy BugsyAïssa MaïgaNathalie MarchakSonia RollandGabrielle LazureGreg GermainSalim KechioucheJean-Claude BarnyIssaka SawadogoMarie-Philomène NgaMata GabinMehdi Nebbou, entre autres. 

La Cérémonie des César aura lieu le 28 février et sera diffusée en clair sur Canal+.

 

Affiche

commentaires

cepheide
01/03/2020 à 14:12

Il nous cassent les couilles ces gueulards et pleurnicheuses...

@leretourdelauvergne
28/02/2020 à 16:57

@sanchez
Stomy Bugsy, l'apport en crédibilité...

Luigi
28/02/2020 à 11:53

Les quotas,la discrimination positive tout ce progressisme dont nous gave ces bobos y en a marre! Il n'y a qu'une seule chose qui vaille: LE TALENT! Lorsque l'on est doué ,on sort du lot c'est tout!

Thorfinn
28/02/2020 à 11:14

Ces anciens colonisés gardent une mentalité de colonisé. Pourquoi toujours quémander ce paternalisme d'un autre temps ?
Que les franco maghrébins ou africains fassent leur propre cinéma et ils choisiront les acteurs qu'ils veulent. Mais non c'est plus facile de pleurnicher et de rejeter la faute sur le papa occidental.
Toujours cette victimisation c'est agaçant bordel.

Caroline
28/02/2020 à 10:39

Le principe des gauchistes dans toute sa splendeur : "il ne faut pas regarder la couleur de la peau", "vous êtes tous des racistes"... et ils passent leur temps à compter combien il y a de Blancs ou de Noirs.
C'est vrai que c'était très crédible "Marie Stuart, reine d'Écosse" (2019) avec un mousquetaire noir et une dame de cour thaïlandaise !

Flo
28/02/2020 à 09:40

Pour que ça soit naturel, il faut qu'en amont il y ait des voies ouvertes pour des sujets aussi bien classiques que divers, c'est tout.
Et si on tombe un jour sur "une année sans", c'est pas bien grave... Il faut éviter trop de systématisme, ça empêche toute réflexion libre.

Sanchez
28/02/2020 à 08:47

Mdr le grand acteur Stomy Bugsy a signé

Vive France
28/02/2020 à 01:43

A quand un bon film francais ,telle un film sur l' empereur charlemagne,la croisade contre les cathares en occitania ou en encore sur Guillaume le conquerant ,vos mieux faire des films sur nous pour nous au lieux de vouloir a plaire toute le monde qui onts decider de venir s'instaler dans notre France!

Constantine
27/02/2020 à 23:54

On est vraiment dans une période de con....tous ces millenials rageux, intolérants, incultes ( avant les années 80 , la culture n’existait pas semble t’il...) et qui représentent et se battent tous pour une minorité ou une autre quitte à s’écharper entre eux pour être labplus mise en avant...( en oubliant qu’ils font en effet partie de minorités et donc que ce n’est pas à eux d’imposer leurs visions aux autres ou en tout cas pas de façon agressive .)

rocky
27/02/2020 à 23:39

"ce sont clairement deux œuvres qui nous sortent des sempiternelles histoires d'amour chianto-normées et du parisiano-centrisme des films d'appartement."

Pas plus chianto-normé que l'histoire d'amour de La jeune fille en feu, mais soit.

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