FIF de Saint-Jean-De-Luz : L'échappée - critique romantique

Christophe Foltzer | 11 octobre 2019 - MAJ : 11/10/2019 12:11
Christophe Foltzer | 11 octobre 2019 - MAJ : 11/10/2019 12:11

Faire un premier film, c'est toujours ce moment délicat où l'on propose pour la première fois à un parterre d'inconnus ce que l'on garde en soi depuis de longues années. Avec toutes les fragilités et les espoirs que cela représente.

Pour son premier long-métrage, Mathias Pardo décide de nous parler d'amour, ce qui est toujours une bonne idée. En l'occurrence celui qui se crée entre Tess, étudiante qui s'apprête à intégrer les classes prépa à Paris, et Anatole, jeune sans-abri qui tente de survivre en multipliant les petits boulots. Leur rencontre va les pousser à partir sur les routes de France pour espérer vivre un amour qui va les transcender. Mais, bien entendu, il faut prendre en compte la réalité, qui n'est jamais très clémente.

 

photo L'échappéeLe temps de l'innocence ?

 

LE JEU DES MILLE BORNES ET DU HASARD

Commencer sa carrière par un road-movie est un pari particulièrement risqué tant c'est laisser une place prépondérante à la donnée chaotique d'une telle entreprise. De ce fait, on ne pourra que saluer cette prise de risque de la part du réalisateur qui manifeste d'emblée une réelle envie de cinéma. Une ambition qui se retrouve aussi au sein de son scénario puisque Mathias Pardo cherche à marier la critique sociale désenchantée et l'amour impossible à la Roméo et Juliette dans une même histoire, avec toutes les fragilités que cela peut sous-entendre.

Parce que, oui, le film est particulièrement fragile. De par ses personnages tout d'abord, bien trop lisses et parfaits (notamment Anatole, interprété par Nekfeu, qui semble tout savoir sur tout malgré son jeune âge), unidimensionnels et qui, malheureusement, ne connaissent pas de réelle évolution tout au long de leur périple. Par son histoire ensuite, qui accumule pas mal de lieux communs des romances adolescentes et qui, de ce fait, ne surprendra pas le spectateur qui a déjà un peu vécu.

 

photo L'échappée Joséphine Japy et Nekfeu

 

LE PLEIN DE SUPER

Pourtant, faut-il s'arrêter à cela pour juger le film ? D'ailleurs doit-on seulement le juger ? Non, pas forcément. Si L'échappée ne décolle jamais vraiment, s'avère bien trop schématique et scolaire dans sa construction et son déroulé, il en est tout de même très attachant. Parce qu'il nous ramène à une certaine naïveté, lorsque nous croyions encore au grand amour comme dans les comédies romantiques américaines. Parce qu'il nous rappelle cette insouciance typiquement adolescente, les envolées passionnelles qui nous semblaient plus importantes que tout et intemporelles.

À n'en point douter, L'échappée fonctionnera sans problème auprès d'un public du même âge que ses personnages ou auprès de ceux qui s'octroient une petite parenthèse nostalgique entre deux films plus consistants. Les autres, par contre, s'attarderont plus sur les soucis structurels et le manque de fond de l'ensemble. Cela dit, il convient de ne pas s'y tromper, nous avons affaire là à une oeuvre de jeunesse. Et il semble évident que son réalisateur saura grandir comme il se doit sur cette base de départ. Comme Anatole et Tess, il a juste à attendre que la vie s'en charge, en essayant de souffrir le moins possible.

 

L'échappée est pétrie de bonnes intentions, d'une vraie envie de cinéma et d'une ambition romanesque qui fait plaisir à voir. Malheureusement, le fruit est encore un peu trop vert pour qu'il nous offre toute la saveur qui le constitue. Il ne fait aucun doute que, dans quelque temps, il sera mûr.

 

Affiche Festival Saint Jean-de-Luz 2019 (Catherine Corsini présidente)

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