Netflix ne sera pas au Festival de Cannes et tâcle méchamment Thierry Frémaux

Christophe Foltzer | 12 avril 2018
Christophe Foltzer | 12 avril 2018

C'était déjà la guéguerre l'année dernière quand Okja avait été présenté au Festival de Cannes, mais cela n'a rien de comparable avec ce qui se passe cette année. Et nous assistons peut-être aujourd'hui à la fin de la bataille.

Comme dans tout conflit larvé, les arguments se valent plus ou moins des deux côtés. Entre un Netflix qui domine le marché du streaming et qui entend bien imposer son modèle au monde entier, signe d'une évolution importante de l'industrie, et un Festival de Cannes qui soutient mordicus que le cinéma c'est avant tout un film qui sort en salles, personne n'a vraiment tort ou raison dans cette affaire. Et de toute manière, c'est bien trop tôt pour désigner un vainqueur.

 

Photo Ted Sarandos

Ted Sarandos

 

Cela fait plusieurs jours que les deux parties se cherchent des poux à coups de déclarations assassines, cristallisées autour du Roma d'Alfonso Cuaron, qui devait être un des temps forts du prochain Festival mais qui a été acheté par Netflix, le privant ainsi de sortie cinéma. Alors que le Festival débute dans moins d'un mois et qu'il dévoile sa compétition officielle ce matin, il vient de se faire méchamment parasiter par Netflix qui a décidé de ne présenter aucun film durant l'événement par crainte d'un accueil irrespectueux, comme vient de l'annoncer Ted Sarandos, l'un des pontes du network, au micro de Variety :

"Nous voulons que nos films soient sur un terrain d'égalité avec ceux des autres réalisateurs. Et il y a un risque que nos films et réalisateurs soient traités de façon irrespectueuse dans ce festival. Il a donné le ton et nous ne pensons pas que ce soit une bonne chose que nous y soyons présents."

Un coup dur, avant tout pour les réalisateurs et les cinéphiles, tout autant qu'un boulet de canon dirigé contre un ennemi clairement désigné, Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes :

 

Photo Thierry Fremaux

Thierry Frémaux

 

"Ce n'est pas une coïncidence si Thierry Frémaux a également banni les selfies cette année. Je ne sais pas quelle autre avancée médiatique sera ensuite dans son viseur."

Des propos à charge donc mais qui, pour l'executive, sont de bonne guerre puisque cette nouvelle politique semble directement adressée contre Netflix :

"Je ne vois pas pourquoi nous irions présenter ces films hors compétition. Cette nouvelle règle a été érigée implicitement contre Netflix. Et Thierry Frémaux l'a rendue explicite lorsqu'il l'a annoncée."

Cela dit, Sarandos confirme son amour du Festival, tout comme le fait qu'il ne voit pas de problème dans cette volonté de se battre pour la distribution des films en salles, même s'il ne peut s'empêcher un dernier tâcle.

"Thierry a dit dans l'une de ses déclarations que l'histoire d'Internet et l'histoire de Cannes sont deux choses très différentes. Bien sûr que ce sont deux choses différentes. Mais nous, nous choisissons l'avenir du cinéma. Si Cannes choisit d'être coincé dans l'histoire du cinéma, c'est son choix."

Ah ça, elle va être sympa l'ambiance cette année à Cannes...

 

Photo Thierry Fremaux

commentaires

maxleresistant
12/04/2018 à 15:11

Je sais pas pourquoi mais je sens qu'on va avoir un gros mois de mai coté sorties de film sur Netflix lol.

Gral94
12/04/2018 à 14:01

@Krysta

le problème c'est que pour faire changer la legislation on s'heurte le plus souvent à des lobbys

ici les distributeurs et les diffuseurs qui n'ont aucun intérêt a ce que cette chronologie de diffusion change car le plus souvent ils sont eux même producteur (UGC, Canal+, pathé, tf1...) et voient d'un très mauvaise œil les plateformes telles que netfix ou amazon qui diffusent sans passer par les réseaux classiques (cinema, support physique/VAD , chaine de TV payante et gratuite) ce qui prive ces derniers (les réseaux classiques) de recette (Abonnement, Billets, publicité...).
et comme en France ces réseaux classiquse ont plus de pouvoir que netflix ou amazon (Surtout vu la mauvaise réputation des GAFA). on est pas prêt de voir le legislation changé

Stivostine
12/04/2018 à 13:51

Peut être y aura t il un jour un Festival des films diffusés en streaming ? (*_*)

FredFred
12/04/2018 à 13:40

Mauvaise manip, je continue : le combat est perdu d'avance pour Cannes.
On connaît déjà l'histoire : c'est la même quand le PDG d'Universal voulait continuer à tout prix à vendre ces CD 25 € face au MP3 et au streaming. Aujourd'hui Spotify c'est 170 millions d'utilisateurs dont 71 millions payants et le streaming représente une part majeure dans le chiffre d'affaire de la musique.

Krysta
12/04/2018 à 12:38

@Gral

D'où le fait que je ne comprenne pas que les gens, au lieu de crier à la gloire de Netflix et cracher ici sur Cannes (ou Nolan ou Spielberg ou la moindre personne qui émet des doutes sur Netflix), ne soient pas remontés et en train de faire pétitions et autres, sur la chronologie des médias. Problème de fond, qui revient constamment et qui lui, est plus compliqué je pense que de cracher sur Cannes, ses films d'auteurs chiants, ses bobo, ses méchants (tout ça ayant été cité par beaucoup à chaque article)

Et mon premier messages présentait diverses facettes : augmentation de l'abonnement Netflix, multiplication des plate-formes puisque Netflix donne des idées à tous, problématiques d'exposition à la pub citée par certains (qui touche tout et pas seulement les cinémas), qualité du système sur lequel on regarde un film... Je m'interroge sur tout ça, en même temps, et pas sur un point précis. Cet équilibre actuel de Netflix qui en enchante beaucoup, je me demande où il sera dans quelques années.

Krysta
12/04/2018 à 12:32

@Sigi

Si chouiner c'est avoir des avis éventuellement contraires, s'interroger, échanger, je suis pour un monde où on chouine. Quitte à en faire chouiner d'autres.

Parler torrent ramène au même type d'interrogation sur l'avenir. Y'aura quoi de dispo en torrent si le public et le système ne permettent pas de financer certaines choses ? N'y aura t-il pas au final une sélection, une disparition d'une partie de la production ? Si le public paye uniquement le billet à 10 euros pour un blockbuster (car explosions effets etc justifient le prix et le spectacle), et téléchargent les autres types de films (qu'ils trouvent d'ailleurs parfois mieux), qu'est-ce que ça peut changer pour l'industrie ? Uniformisation, disparition, déplacement ?
Qui aime sincèrement le cinéma, n'a t-il pas l'envie au fond de ne pas participer à la disparition d'une partie du paysage ?

Je te demande pas de réponse, y'en a pas, parce que y'en a plein. Là encore, je m'interroge.

Gral94
12/04/2018 à 12:30

@krysta

je n'essaie de rien démontrer, je dis juste que la bataille du prix est déjà gagné car il sera toujours moins cher pour une famille de regarder netflix pour 9€ par mois que d'aller au cinéma et ceci quelque soit les tarifs, parce que même si les tarifs de netflix augmentent ceux des cinema en font de même!

après si l'on parle plus du débat netflix vs cannes. tant que la législation ne permettra pas au plateforme de VOD de diffuser leur production avant 36 mois si ces dernières sont diffuser au cinéma, je comprends que ces dites plateforme ne veulent pas passer par ce dernier moyens de diffusion. c'est comme si tu travaillais et que tu touché une partie de ton salaire 3 ans plus tard!!!

Sigi
12/04/2018 à 12:25

@Krysta - C'est dans ces moments de durs choix que surviennent les torrents. C'est dur à dire, mais le téléchargement illégal gagne lui aussi sa place dans cette guerre, justement à cause de cette multiplication des plates-formes. Qui aime sincèrement le cinéma ne sera jamais réellement perdant dans cette transition. Certains choisissent tout simplement de l'être histoire d'avoir une raison de chouiner.

Krysta
12/04/2018 à 12:16

@Gral

Je sais pas ce que t'essaies de me démontrer, mais mon message à la base était bien plus général que ta télévision. J'essayais d'inscrire le débat Netflix vs Cannes (comme si y'avait un camp à choisir), dans quelque chose de plus vaste, général, et moins centré sur le choix, confort ou salaire de chacun.

Sinon à ce compte on peut parler des prix réduits dans quantité de cinémas partout à certaines séances, des tarifs parfois très différents entre le multiplexe et le cinéma de quartier, des cartes illimitées ou de 5/10 places qui réduisent le prix, des CE qui offrent dans beaucoup d'entreprises des places à tarif réduit.
Et je parle même pas de la question encore différente de la 3D (combien de films réellement conçus en 3D, et faits pour être vus comme cela ?), ou de la 4DX (même question), qui sont encore autre chose, qui ne relève franchement pas souvent de la qualité artistique de l'oeuvre, du respect de la vision du cinéaste, mais obéissent plus à une logique de sortie-parc d'attraction-compte aussi 10 balles pour le pop-corn et le soda que tu aurais aussi moins cher au Franprix de ton quartier, pour consommer sur ton canapé en pyjama.

Je suis pas venu te convaincre que j'ai raison vs tu as tort. Ou qu'on peut tous s'acheter la même TV que toi si on gère bien ses finances. Je trouve juste que la question Netflix embrase les esprits, à un moment T, alors que je suis bien curieux de voir comment tout ça aura changé d'ici quelques années. Qu'on a tendance à voir uniquement les bons côtés de Netflix (au hasard : les bons films, et pas les quantités de choses plus douteuses), et réduire Cannes à un truc inintéressant et stérile (alors que plein de cinéastes qu'on adore sur Netflix sont nés là-bas, que dans nos films adorés des tonnes ont pu émerger grâce à Cannes, etc). Je pense que c'est bien plus nuancé que ça, et surtout je m'interroge sur l'avenir, plutôt que là tout de suite Netflix me coûte quasi rien j'ai l'abonnement partagé avec mon frère c'est trop cool, et mon cinéma y'a plein de gens qui font de bruit dedans c'est loin donc je m'en fiche j'y vais plus.

Pote
12/04/2018 à 12:02

Je vois qu'ici beaucoup ont une très mauvaise appréciation de l'expérience salles. Je ne sais pas quel réseau/quelle salle vous fréquentez mais pour moi, à 95%, c'est une expérience très agréable. Après, je ne suis pas à plaindre, je réside dans une métropole très bien fournie (Lille) en choix de salles et de programmation. Maintenant, c'est évident que l'expérience collective appelée sortie ciné est plus respectueuse avec un film en VO et dans un cinéma art et essai que pour le dernier blockbuster au multiplexe fréquenté par les Kevins et la 'caille.

Que Bright ne soit pas diffusé en salles, pas de problème, que Scorsese, Cuaron ou Garland ne le soient pas, non, ça va pas du tout. ☹️

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