Rencontre avec Germinal Alvarez, réalisateur de L'Autre vie de Richard Kemp

Matthieu Leniau | 5 juin 2013
Matthieu Leniau | 5 juin 2013

L'Autre vie de Richard Kemp sort ce mercredi dans les salles, et Ecran Large a rencontré son réalisateur Germinal Alvarez pour évoquer la genèse de ce projet plutôt original dans le paysage français. L'occasion de parler voyage dans le temps, difficultés de tournage et premiers films.


Pouvez-vous nous parler de la genèse du film ?

L'autre vie de Richard Kemp est un scénario original, même s'il y a des inspirations puisées d’un peu partout, particulièrement du roman Replay de Ken Grimwood, mais qui est très différent. C'est l'histoire d'un type qui fait une crise cardiaque à 42 ans et qui se réveille à 18 ans dans sa chambre d'ado. Il y avait aussi le manga Quartier Lointain de Jirô Taniguchi, dans lequel un adulte va revivre son enfance. C'est toujours le même principe : un personnage qui perd conscience et se retrouve dans sa peau d'enfant. Je pensais à tout ça et un matin j'ai eu cette idée d'un type qui retourne dans le passé mais qui se retrouve lui-même. L’idée de rencontre entre un personnage jeune et plus âgé était peu abordée dans le cinéma, un peu dans Retour vers le futur 2. C’est une idée qui m'intéressait, de me demander si le jeune moi serait fier de ce que je suis devenu par exemple. Il y a aussi une petite phrase de Patrice Leconte qui m'a poussé à faire L'autre vie de Richard Kemp : « Il faut faire les films qu'on a envie de faire et pas les films que les autres ont envie de voir ». Cette phrase a été un déclic, à une époque ou j’accordais de l’importance à ce qu’on me demandait.

Quand avez-vous eu l'idée de mettre le personnage de Richard Kemp dans un polar ?

Alors ça c’est arrivé dans un second temps. Au début je cherchais mon personnage, j’ai pensé à un ingénieur, un architecte. Il fallait trouver un personnage qui avait fait une erreur tragique dans sa vie. J'ai pensé à un évènement qui ferait basculer le personnage. Mon problème était de savoir comment faire tenir le film sur une durée, s’il n’y a qu’un évènement. C'est là que j'ai eu l'idée du polar, avec le serial killer. J'ai donc commencé à jouer avec les codes du genre, et tout s'est très bien imbriqué, j’ai pu intégrer un compte à rebours, développer mon deuxième acte. Ça me permettait de mettre mon personnage beaucoup plus en difficulté, avec des étapes à franchir. Si vous faites bien attention, la grande histoire il ne la change pas. Il change son histoire à lui.

 

Il y a eu un travail fantastique sur la version jeune de Jean-Hugues Anglade.

C'est grâce à Dominique Colladant, le maquilleur qui a travaillé avec nous sur ce film. C'est très fin, il n'est pas dans le spectaculaire ou le grossier. J'ai rencontré beaucoup de maquilleurs d'effets spéciaux et lui est vraiment très différent.

 

On le sait, le voyage dans le temps est casse gueule. Ça n'a pas été trop compliqué à gérer ?

C'est vrai que c'est un scénario compliqué à écrire. On bouge un élément, la structure s'effondre complètement et on est obligé de tenir compte de tout. Tout a une conséquence. On ne peut pas changer les choses comme on veut et tout se devait d'être crédible. C'est la difficulté de ce genre d'histoires. On ne peut pas se permettre d'avoir ne serait-ce qu'une articulation de l'intrigue que le public ne comprend pas, sinon on perd les enjeux et tout l'intérêt du film. J'ai pensé au film à chaque fois avec des enjeux dramatiques.


La mise en scène est peu mise en avant. Etiez-vous plus focalisé sur la structure de l’histoire ?

Il y a eu plein de choses à prendre en compte : premier film, budget réduit, peu de jours de tournage... J'aurais eu besoin de 50 jours et j'en ai eu 40. C'était vraiment extrêmement tendu et je n'ai fait que les plans indispensables. Je suis revenu du tournage avec très peu de matériel superflu, parce que je n'avais pas le temps. J'étais effectivement focalisé sur le récit et je ne voulais pas perdre du temps et de l'énergie à faire des effets de style. Je sais que le polar est hyper stylisé, je le vois bien. Mais le premier long-métrage, c'est vraiment l'épreuve du feu.

 

La version finale est proche de celle originale ?

Nous avons eu 47 versions des évènements, on a beaucoup pensé à différentes manières de faire évoluer le personnage, notamment avec le serial killer, ou la place de sa femme lorsqu’il est jeune. A force de travailler, beaucoup d'éléments ont été mis de côté. Mais j’aurais pu faire une série avec ce concept ! J’avais une tonne d’idées, mais il a fallu sélectionner. Les idées, ce n’est pas ce qu’il manquait !

 

90% du film est mis en scène à travers le point de vue de Kemp «vieux». Pourquoi avoir décidé de filmer quelques séquences où le point de vue change ?

Nous avons essayé ces scènes de différentes façons. Mais pour celles où le point de vue est celui de Kemp jeune, nous avons estimé qu’il fallait les inclure ainsi pour respecter une certaine continuité dans l'intrigue. Cela nous permettait de faire naître des émotions supplémentaires qui n’auraient pas pu exister si le public n'avait eu que le point de vue du Kemp vieux.

 

Enfin, vos trois meilleurs films qui traitent du voyage dans le temps ?

Terminator, le premier. Un modèle du genre dans l'écriture. Je dirais également Retour vers le futur, et L'Armée des 12 singes, où il n'y a pas d'éxplications sur le retour en arrière. J'aime beaucoup. Bon, vous aurez remarqué que j'ai cité trois films populaires, je n'ai pas dit La Jetée par exemple.

 
 

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