Paul Dano (For Ellen)

Perrine Quennesson | 19 septembre 2012
Perrine Quennesson | 19 septembre 2012

Hôtel de Sers, Paul Dano enchaine les interviews dans une chambre vidée. Il est là pour deux longs-métrages, For Ellen et Elle s'appelle Ruby. Et mine de rien, ce jeune homme de 28 ans a accumulé les films depuis 12 ans. L'occasion pour nous de revenir un peu sur sa carrière qui mêle habilement films indés et blockbusters.

 

 

 

Vous n'étiez pas censé interpréter Joby (NDR/ le rôle principal de  For Ellen) puisqu'il s'agissait d'un personnage plus âgé. Comment avez-vous obtenu le rôle principal ?

Je connaissais un tout petit peu So Yong Kim à New York, elle m'avait donc envoyé le script pour que je lui fasse des retours. Je l'ai lu, j'ai été très ému et j'ai tout de suite compris le personnage. Alors je lui ai dit « et si, au lieu d'avoir la trentaine bien tassée, Joby avait la vingtaine et qu'il avait mis une fille enceinte lorsqu'il avait 18-19 ans ? », on s'est alors dit que ça le rendait encore plus intéressant. Ces histoires, au sujet de jeunes pères, sont moins courantes. Nous avons donc décidé de le faire ensemble. De plus, le personnage et moi sommes si différents que je voyais ce rôle comme un vrai challenge.

 

Joby ne vous ressemble donc pas. De quoi vous êtes vous donc inspiré pour le créer ?

J'ai passé beaucoup de temps à lire le scénario mais encore plus à imaginer comment ce personnage avait pu en arriver là. Je savais que So Yong allait faire de longs plans et qu'il fallait donc je devienne Joby. Parfois la séquence consiste en deux lignes de textes et fumer une cigarette alors il fallait que je vive, que je respire comme lui. J'ai donc passé beaucoup de temps à le comprendre. Et les accessoires m'ont aussi beaucoup aidé. Vous savez c'est comme une fille qui porte des talons et qui se sent ainsi plus sexy. Ici, les jeans serrés, le vernis à ongles et les bijoux ont contribué à me donner une énergie particulière. J'ai du également me plonger dans son monde fait de rock voire hard rock, métal car il veut être badass mais aussi célèbre.

 

Vous jouez dans un groupe, Mook, ça vous a aidé pour jouer Joby, qui est lui-même musicien ?

Oui, un peu je pense. Car je m'y connais un peu en musique et que moi aussi j'aime ça mais ce qu'il écoute est très différent de ce que j'aime. Et je crois connaître des types qui lui ressemblent dans la sphère musicale. Des gens qui aiment se regarder dans le miroir. Je pense que Joby est très vaniteux. Donc oui, ça m'a aidé d'être musicien mais j'ai eu quelques difficultés avec cet aspect hard rock et je n'ai pas pu vraiment le comprendre avant d'arriver à Los Angeles. Là je conduisais à travers la ville en écoutant du hard et c'est là que ça a pris sens. Car, à New York, ce genre de musique dans le métro, c'est juste impossible.

 

La partie la plus émouvante du film est la relation naissante entre Ellen et Joby qui ne dure malheureusement pas assez longtemps. Comment cela s'est-il passé avec la jeune actrice, Shaylena Mandigo ?

C'était génial ! Certaines personnes refusent de travailler avec des enfants ou des animaux car leurs réactions sont parfois imprévisibles. Mais un gosse vous oblige à être attentif et honnête. Il y a une scène par exemple où elle doit traverser la rue et pendant le tournage, elle aurait pu se faire renverser, ce qui vous oblige à être très présent. Et je pense que c'est aussi la même expérience que vit Joby. Il est très narcissique, égoïste et obtus et soudainement avec elle, il change et devient très présent, ouvert sur autre chose. Je n'ai pas vraiment préparé ma rencontre avec Shaylena car je pensais que ça se ferait très naturellement et ce fut le cas. Le tournage du film s'est fait en petit comité donc quand nous étions tous les deux dans une voiture, on avait réellement l'impression d'être seuls. Certaines scènes sont improvisées, j'essayais juste de lui faire la conversation et c'était assez étrange.

 

Vous êtes allé à Sundance avec ce film, la première fois, c'était pour L.I.E. Comment est-ce maintenant que vous êtes, en quelque sorte, une superstar du film indé ?

J'y suis retourné de nombreuses fois depuis L.I.E et c'est génial. La première fois que j'y suis allé, c'était également la première fois qu'on me mettait en avant pour un film, jusque là j'étais comédien à New York. Avant cela je ne m'intéressais pas plus que ça au cinéma, j'y allais comme tout le monde mais sans plus. Et avec cette ambiance de festival, j'ai découvert un monde que je ne connaissais pas et qui m'a vraiment attiré. Vous savez dans n'importe quel festival, même à Deauville dont je reviens, les gens sont vraiment excités à l'idée de voir un film, il y a une bonne énergie. Little miss Sunshine fut une expérience différente car le film bénéficiait d'une énorme attention mais c'est toujours très agréable.

 

Durant votre carrière, vous avez joué beaucoup de personnages assez intenses, immatures, en grande demande d'attention et ayant une forme de colère contenue comme ici, Joby. Qu'est-ce qui vous attire dans ces rôles ?

Je ne sais pas vraiment. Vous savez, la première réaction lorsqu'on vous propose un rôle est intuitive, elle vient des tripes. Je ne pense même pas à la qualité du rôle, ni à rechercher une thématique. A la fin, j'ai l'impression de tellement les connaître qu'ils me paraissent réellement différents les uns des autres. Mais il est vrai que j'aime les personnages qui ont des difficultés parce que cela me semble intéressant à faire, un peu comme un challenge. Pour moi, le conflit alimente le drame et j'aime que le personnage se batte avec les autres ou lui-même. J'ai moi-même des conflits internes tous les jours, il y a tellement d'aspects différents en moi. Donc, c'est pour cela mais je ne sais pas vraiment en fait.

 

Peu de gens s'en souviennent, en particulier en France, mais on vous a notamment découvert dans The girl next door. Quels souvenirs gardez-vous de cette période ?

J'avais 18 ans, j'allais à Los Angeles pour la première fois, ou presque, je travaillais avec deux mecs de mon âge et j'étais entouré par une bande de porn stars donc, ouais, c'était vraiment très drôle. C'est réellement le film parfait à faire lorsque l'on a 18 ans. Et je suis toujours proche de plusieurs personnes qui ont participé à ce film. Au-delà de ça, je pense qu'à ce moment-là j'essayais de comprendre ce que jouer voulait dire pour moi et quelle sorte d'acteur je souhaitais être. Et pendant que je tournais The girl next door, j'ai obtenu un rôle dans The ballad of Jack and Rose et c'est ce film qui m'a fait dire « Ok, maintenant je sais quel genre de cinéma je veux faire ». C'était également la première fois que je jouais un personnage aussi éloigné de ma personnalité. Dans The girl next door, j'étais ce pauvre type obsédé par le sexe et là, dans Jack and Rose, je me suis dit « Ok, en fait je peux peut-être être un acteur ».  Il fut un temps où j'étais embarrassé par ce film mais maintenant je l'aime vraiment bien. Et ça arrive, assez souvent, que des gens viennent m'en parler, c'est assez étrange mais bon...

 

Vous êtes un célèbre acteur de films indé mais vous jouez de plus en plus dans des blockbusters. C'est par hasard ?

Non, non, c'était une envie. En fait, ça a plus rapport avec qui est dans le projet, notamment le réalisateur. James Mangold, pour Night & Day par exemple, avait réalisé 3h10 pour Yuma que j'ai trouvé vraiment très bon. En ce qui concerne Jon Favreau (Cowboys et envahisseurs), je pense qu'il avait fait un très bon boulot avec Iron Man, le premier du moins. Et ça me motivait de tourner avec des gens qui avaient réalisé des films que j'avais apprécié. Et je pense que je continuerai ainsi : faire un petit film comme For Ellen puis un blockbuster tant que les projets m'excitent. Sur l'aspect créatif je veux dire et non financier.  

 

Le rôle qui vous a révélé aux yeux du public est celui de Paul et Eli Sunday dans There will be blood. Quel impact a-t-il eu sur vous?

La plupart des films que j'ai faits ont eu un impact sur moi mais celui-ci en particulier. J'ai pu travailler avec deux personnes (Daniel Day-Lewis et Paul Thomas Anderson) que j'admire énormément et qui m'inspire, une sorte de rêve devenu réalité. Et la sensation que j'étais capable d'affronter ce défi m'a changé d'une certaine façon. De plus, c'était vraiment un très bon film et cela a eu un impact sur ma carrière. Cela m'a permis de rencontrer plus de cinéastes avec qui j'avais envie de travailler. Cela ouvre les portes, les gens vous connaissent un peu mieux. Mais surtout je pense que j'ai été terriblement chanceux de faire un film que j'adore.

 

Dans The girl next door, vous êtes le petit nerd de service tandis que There will be blood, vous êtes une espèce de fou fanatique et dans Night & Day et Cowboys et envahisseurs, vous jouez respectivement ces mêmes rôles (ou presque). Cela ne vous ennuie pas d'être engager dans des blockbusters pour faire ce que vous avez déjà fait ?

Pas vraiment, c'est mon choix vous savez. Je n'étais pas obligé de les faire donc j'aurais pu dire non. Moi-même, je n'avais pas remarqué que There will be blood et Cowboys et envahisseurs avaient des choses en commun mais on peut peut-être en percevoir chez mes personnages. Je ne peux en vouloir à personne mais, un jour, je me sentirai peut-être frustré, ce qui n'est pas encore le cas. Et bon, c'est déjà mieux que si on m'offrait uniquement soit des rôles de pauvre type soit de fou, là j'ai les deux et ils sont assez différents, donc c'est plutôt positif, non ? (rires)

 

Donc quel genre de rôle, que, pour l'instant, vous n'avez pas encore joué, aimeriez-vous faire un jour ?

Un détective privé dans un film noir ou un polar comme Le privé, Chinatown ou Le samouraï. Oui, je pense que ça me plairait bien ça. Mais en fait, je crois que j'aimerais tout faire. Ah si, j'aimerais bien être dans un film science-fiction, mais un vraiment très bon. (sourire)

 

En parlant de science-fiction, pouvez-vous décrire votre rôle dans Looper ?

J'ai un tout petit rôle dans Looper. Je ne peux pas vraiment en parler car le film est très surprenant, je pense qu'il est réellement très bon. Je voulais travailler avec ce type, Rian Johnson, car je pense qu'il est très talentueux, le genre de type assez jeune qui a un bel avenir devant lui. Je suis donc un looper et un ami du personnage de Joseph Gordon-Levitt. C'est tout. (sourire)

 

Pouvez-vous teaser Looper pour nous ? Donner envie de le voir ?

Qu'est-ce que je peux dire... je pense que si vous êtes intrigués, vous avez déjà envie de le voir. J'ai envie de dire à ces gens-là : ne regardez pas les trailers, ne lisez rien. Et pour ceux qui ne sont pas encore intrigués, je dirais : c'est assez rare de trouver un film vraiment sympa à regarder, plein d'action mais qui est également surprenant et inventif, qui peut plaire au plus grand nombre et qui... est badass je trouve.

 

Pour finir, pouvez-vous en dire plus sur le film de Steve McQueen, Twelve years a slave ?

Cela va raconter une histoire très intense et touchante qui se passe au temps de l'esclavage aux Etats-Unis. Je suis pressé de voir ce que le film va vraiment devenir car j'ai adoré travailler avec Steve McQueen. Il est vraiment hyper doué. J'y joue un type avec qui le personnage principal entre en contact. Je n'y suis pas particulièrement aimable. Nous avons tourné cet été et je pense que, là, il s'apprête à commencer le montage. J'ai hâte de voir ce que cela va donner.

 

(Un grand merci à Laurence Granec et Karine Ménard).

 

 

 

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