Brendan Gleeson : Interview carrière

Simon Riaux | 20 décembre 2011
Simon Riaux | 20 décembre 2011
Tout les cinéphiles connaissent Brendan Gleeson, et pourtant, rares sont ceux qui se rappellent son nom. Car le comédien s'est spécialisé dans les rôles de seconds couteaux affutés, les compositions marquantes, grâce à des choix judicieux, souvent audacieux. Ancien professeur d'anglais et de gaëllique passé par le théâtre, Brendan vit du cinéma avec passion et un enthousiasme immédiatement contagieux, qui ont transformé cet entretien, à l'origine sensé évoquer L'Irlandais, dont il tient le rôle principal, en une interview carrière des plus épicées. Car dans la filmographie du sieur Gleeson, on croise pêle-mêle : des écossais furibards, des crocodiles géants, des chevaliers sanguinaires, un peu de Samuel Beckett, et deux trois baffes distribuées à Orlando Bloom.

 

J'ai entendu dire que vous aviez joué dans Punisher, aux côtés de Dolph Lundgren, est-ce vrai ou s'agit-il d'une rumeur ?

Naaaan (rires) Je n'en ai jamais entendu parler.


Braveheart

C'est la première fois que je jouais dans un gros film international, et j'ai failli ne jamais avoir le rôle. Mel Gibson était venu me voir jouer sur scène, et je ne le savais pas. Un soir, pendant une tournée à Chicago, le téléphone a sonné juste avant que j'entre en scène, c'était Mel. Ça a été une sacrée expérience, plusieurs semaines de tournage avec une équipe incroyable. Gibson était un formidable leader.

 



Michael Collins

Ce qui est étrange, c'est que j'avais déjà interprété Michael Collins au théâtre, et dans un téléfilm, c'est ce qui m'a fait découvrir en Irlande d'ailleurs, et qui m'a permis de devenir un acteur professionnel. Ce film était une des premières tentatives de l'Irlande d'ausculter sa propre histoire, c'était très important à l'époque. Du coup quand on est venu me chercher pour le long-métrage avec Liam Neeson, je leur ai dit que je me fichais du rôle, je voulais juste en être. Je ne suis donc pas présent très longtemps, je joue un allié de Collins, qui l'aide à se planquer, mais je tenais à le faire.


Lake Placid

J'ai adoré le faire, mais il a vraiment été très mal vendu. Je ne ne sais pas ce qu'ils attendaient de ce crocodile. Tu parles d'un crocodile. Ils ont vendu ça comme un film de monstre, alors qu'il s'agit d'une comédie très sarcastique et sardonique, qui passe son temps à se moquer du cinéma d'horreur. Quand on a vu la campagne de publicité, ça nous a rendus dingues. Mais j'ai adoré le scénario. Vraiment, j'ai trouvé les dialogues savoureux, intelligents et complètement décalés. C'était mon deuxième film aux États-Unis, et c'est encore aujourd'hui un de ceux que j'ai préféré faire.

 



A.I. : Intelligence criminelle

J'y joue le propriétaire d'un cirque de monstre, il fait partie des anti-robots. Il s'apprête à charcuter le personnage principal. C'est un petit rôle très marqué, très plaisant. C'est une référence au cirque Barnum. Quand j'ai été choisi, on ne m'a donné que ma partie du script, c'était très bizarre, Spielberg avait peur que l'intrigue ne soit dévoilée. Du coup je n'avais aucune idée de ce que racontait le film, et je me demandais un peu de quoi il s'agissait, jusqu'à ce que je vois Steven en action. C'était phénoménal. Il est incroyablement organisé, méticuleux... Une fois je lui ai fait une proposition de jeu, il a accepté, mais je voyais que je chahutais son organisation. Résultat, j'ai retardé tout le monde, et pour des questions de décor, on a failli perdre une semaine de tournage ! La fois d'après, lorsqu'il m'a donné des directives, j'ai bien pris soin de me taire, et effectivement, tout s'est passé comme sur des roulettes. Ça été une expérience brève, mais très impressionnante.

 

 


28 jours plus tard

J'adore mon personnage, c'est un rôle très beau, très doux. J'en entends encore parler des années après, j'étais ravi de jouer un père dans ce film, qui n'est pas sentimental, qui est âpre, et d'y apporter une touche d'humanité, de tendresse. Et puis Danny Boyle est un réalisateur exceptionnel, c'était étrange, parce que tout le monde sur le plateau était persuadé de faire bien autre chose qu'un film de zombies. On était convaincus de parler d'un monde en ruine, de colère, de rage, et d'une superstructure qui va s'écrouler sur les individus. Je suis particulièrement fier de faire partie de ce long-métrage. Ma carrière me permet de beaucoup varier les rôles, et j'ai de la chance d'avoir pu rejoindre ce projet avec ce que j'avais fait avant, et de la chance qu'on ne m'ait pas catalogué personnage secondaire de films d'horreur. Je crois que je ne supporterais pas de rejouer sans cesse les mêmes rôles, je redeviendrais professeur. Plus j'explore, plus ça me plaît.

 

 

Troie

Ah... le film où je mets une déculottée à Orlando Bloom ! C'est une grande histoire, un sacré mythe, rendez-vous compte de la profondeur et de la beauté du texte pour qu'il nous soit parvenu. Je trouve le film très réussi dans son traitement d'Achille, il parvient même à parler de la notion de célébrité, avec une certaine finesse. Mais honnêtement, il n'y avait pas que Brad Pitt, le casting était formidable, et on s'est beaucoup amusés, il y a avait beaucoup d'acteurs anglo-saxons classiques, alors on en a profité. Et c'est exactement ce qu'attendait Petersen.


 

 

Kingdom of Heaven

Un autre film qui a été massacré à sa sortie. Tout le monde devrait voir le director's cut et oublier la version précédente, les spectateurs ont été très frustrés par ce qu'ils ont découvert sur grand écran. Alors que le film est fantastique et d'une ampleur exceptionnelle. Ridley Scott est étonnant de proximité avec ses acteurs, on ne dirait pas comme ça, parce qu'il a de très gros budgets, mais c'est un metteur en scène très économe. En cela qu'il s'appuie toujours sur les comédiens, sur notre ressenti, pour décider si une scène lui convient ou pas, et non sur des critères pyrotechniques ou spectaculaires. Mon personnage était très plaisant à jouer. Un seigneur faussement barbare, mais en réalité très acclimaté à la culture locale, comme en témoignent son accoutrement et sa barbe. Pour autant, il souhaite un conflit et en comprend parfaitement les implications, c'est un industriel de la guerre avant l'heure.

 

 

Beowulf

Je me souviens quo'n parlait avec Zemeckis de la motion capture. Il m'a dit que c'était une technique qui venait du jeu vidéo et de l'armée, c'était donc étrange pour moi de participer un film en utilisant une technologie qui n'en relevait pas encore. Et ça change beaucoup de choses sur un tournage, personnellement ça m'a beaucoup plu, parce que ça rapproche le tournage du théâtre. On peut tourner énormément de séquences par jour, il faut tenir son personnage beaucoup plus longtemps, et l'imagination est grandement sollicitée. Pour moi c'est un dispositif assez confortable. À l'époque ils pensaient que le photo-réalisme serait une réalité d'ici à 5 ans, visiblement ils ont eu les yeux plus gros que le ventre. Mais je me souviens que Robert avait une idée folle. Il rêvait d'avoir une troupe de comédiens qui se ferait capturer les traits du visage chaque année, de façon à ce qu'on puisse les utiliser dans un film et choisir l'âge de leur personnage à volonté, de façon beaucoup plus réaliste qu'avec des prothèses ou des CGI. Il m'en a beaucoup parlé.

 



Harry Potter

Je ne suis pas anglais, je suis irlandais, mais comme mes enfants ont lu les bouquins, me les ont passés, et qu'on adore, c'était impossible de ne pas le faire. Je connaissais donc déjà les personnages, et quand le scénario est arrivé je n'étais pas spécialement dépaysé, ça me semblait évident. Du coup, tout ça a pris un tour très familial pour moi, d'autant plus que mon fils m'a rejoint (Domhnall Gleeson), et joue un des fils Weasley. Je n'aurais jamais pensé qu'il devienne comédien un jour, et encore moins qu'on jouerait ensemble. Pourtant j'aurais du m'en douter, il fait tout le temps la comédie, et est beaucoup plus beau que moi.

 



L'Irlandais

N'oubliez pas que le metteur en scène est un Londonien (rires), donc il croit comprendre comment nous, irlandais, fonctionnons. On le laisse faire, mais évidemment, il se trompe, il voit ça comme un anglais. Mais ça reste une bonne image de la culture irlandaise, meilleure que ce que les américains racontent en brandissant leurs racines irlandaises. Néanmoins, et malgré la nationalité de McDonagh, c'est une vision rafraîchissante. Après le rôle est moins facile qu'il en a l'air en ce qui me concerne, même s'il peut paraître parfaitement adapté. Je dois toujours faire attention à reproduire fidèlement son accent, certaines attitudes, des petits riens, que vous ne repérerez pas, mais que mes concitoyens connaissent et veulent retrouver dans ce film, plus que Brendan Gleeson. J'ai dû rester vigilant, car en fait, le personnage est tout à fait imprévisible, il peut sembler raciste et méchant, puis s'avère sensible et caustique, il peut être terriblement bourru, puis formidablement intelligent et précis la minute d'après. Il est franc et sans concession, mais ça ne l'empêche pas d'être d'une grande délicatesse avec les femmes, et de ne jamais oublier ses convictions. On pourrait se demander ce qui lui arrive à la fin du film, pour ma part je reste convaincu qu'il a tout prévu, je l'ai toujours senti, qu'il avait un plan pour s'échapper. C'est important parce que ça transforme son interprétation.

Je pense que McDonagh a été très influencé par le western. Je crois que c'était une sorte de défi pour lui, et qu'au fur et à mesure du tournage, il s'est rendu compte qu'il faisait plus qu'un hommage au lonely cowboy, et c'est aussi ce qui explique la tonalité de la fin du film. Alors que tout cela s'annonçait comme un bain chaud, honnêtement, l'épilogue m'a surpris.

 



Vous êtes un grand amateur de Beckett, puisqu'on n'a pas si souvent l'occasion d'en parler...

J'en ai énormément joué, il y a plusieurs années. Je trouve ses textes formidablement fins et drôles, et j'essaie de faire ce que je peux pour en parler autour de moi, encourager ceux qui sont touchés par cet univers à le mettre en scène ou le transmettre. Je peux vous dire par exemple, que certaines des répliques de mon personnage dans L'Irlandais sont largement inspirées des écrits de Beckett. Ce sont des propositions que j'ai faites au réalisateur, et qu'il a acceptées. Ce n'est pas grand chose, mais j'aime beaucoup l'idée de pouvoir faire en quelque sorte infuser cet auteur à travers des films où on ne l'attend pas forcément. Il y a donc un petit quelque chose de Beckettien dans L'Irlandais...

 


 

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05/12/2014 à 19:03

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