Tomer Sisley et Frédéric Jardin évoquent Nuit Blanche

Simon Riaux | 16 novembre 2011
Simon Riaux | 16 novembre 2011

Le formidable buzz en provenance de Toronto ne nous a pas menti, Nuit Blanche est bel et bien le polar furieux vanté par nos collègues américains. C'est donc après une projection qui nous aura laissés sur les rotules que nous retrouvons Frédéric Jardin et Tomer Sisley, respectivement réalisateur et acteur principal d'un des films de genre les plus réjouissants de cette année. Les deux artistes sont visiblement lessivés par une promotion éreintante, mais débordent d'une énergie communicative.

 

 

Quand on demande à ces messieurs ce qu'ils pensent de l'accueil qui fut le leur au Canada, un sourire sincère se dessine sur leurs visages, il faut dire que rien ne les avait préparés à un tel enthousiasme : « On était dans la sélection Midnight Madness, qui est un peu à part, ce sont des films de genre, l'accueil a été incroyable, dans une immense salle. Mais c'est le cas partout où on présente le film, au festival de Rome, c'était encore plus fort, hallucinant. Aux États-Unis, il y a tout un cirque qui n'existe pas chez nous. En France, quand vous avez fait un bon film, on vous dit « c'est très bien » et rien ne se passe. Les américains, dès que quelque chose les intéresse, tout d'un coup on a des agents importants, tout le monde vous connaît, ça dure six mois, mais c'est très amusant. Surtout ça a permis de très bien vendre le film, » nous explique le metteur en scène, qui souhaitait prendre le genre à bras le corps depuis longtemps.

 

 

Tomer quant à lui, est encore groggy et en parle avec une excitation réjouissante : « Tu te dis : merde on a réussi quelque chose là ! C'est juste un bonheur, on ne s'attend pas à ça avec ce genre de film. C'est un petit projet, dont je ne saurais pas vous dire autre chose sinon qu'il est animal. » Mais dès lors que sont évoquées les séquences d'action, toutes réussies et brutales, ou le rythme effréné de l'ensemble, le comédien ne s'arrête plus et brûle de partager avec nous les anecdotes qui n'ont pas manqué d'émailler le tournage.

« C'est pas quelqu'un qui court plus vite que les autres, c'est pas quelqu'un qui vise mieux. Je n'ai pas lu beaucoup de scénarii où l'on fait se casser la gueule au héros en bas des escaliers, ici il se casse la gueule parce qu'il est maladroit, c'est rare. » Une orientation réaliste qui confère au film un impact notable, lequel doit beaucoup à l'engagement physique de Tomer, qui est allé bien au-delà de sa seule partition d'acteur. « C'était à la demande du réalisateur. On avait très peu de budget, donc le premier jour où il a fallu faire un truc un peu physique, on m'a dit tu as fait Largo 2, tu sauras te débrouiller. J'ai halluciné, parce que rien n'était en place. C'était un truc tout con, je devais éclater la tête d'un mec contre une porte. Mais là, il y avait juste le mec et la porte. Il faut mettre une cale, un truc en mousse pour que le gars ne se fasse pas mal, et Fred ne connaissait pas tout ça. Quand ils m'ont dit qu'ils comptaient sur moi, pour le coup, ils comptaient vraiment sur moi ! J'ai donc participé activement à l'élaboration des bastons. »

 

 

Des conditions de travail qui semblent avoir réussi à l'équipe, qui y a trouvé une force et une motivation qui font souvent défaut aux productions françaises, et confèrent au morceau de bravoure du film, une interminable confrontation entre Tomer et Julien Boisselier, une énergie qui cloue littéralement le spectateur sur place. « Je pense que l'efficacité de cette bagarre, elle vient, c'est peut être très prétentieux, moins de comment on se bagarre, que de l'animosité qu'on dégage. Ces deux types y retournent encore et toujours, parce que tant que l'autre est debout, ils sont en danger de mort, à la fin, ils ressemblent à des animaux enragés. Je suis très, très fier de cette scène. » Une fougue voulue par le réalisateur, qui ne désirait pas d'un combat expédié, ni d'une performance graphique dénuée de crédibilité : « Je voulais que ça n'en finisse pas, comme deux chiens qui se disputent, au bout du rouleau. Je voulais que ce soient des loques, que ce soit bien crado, je voulais qu'on ait mal, que ce soit long, jubilatoire. »

Au détour de chacune de ses phrases, des références qu'il déploie, il est évident que Frédéric Jardin a longtemps arpenté les chemins escarpés du film de genre, et compte bien en baliser de nouveaux, dans un pays ou les longs-métrages audacieux ne sont pas légions. « J'ai l'impression qu'il y en a très peu. On a d'un côté le maître Audiard, et de l' autre Olivier Marchal, mais c'est du cinéma français très classique, et au milieu il n'y a pas grand chose, pas de propositions. Ce sont souvent de gros téléfilms classes, ça manque d'aspérités. Mon producteur me disait au montage, laisse les trucs bizarres, rugueux, mets tout ce qu'il y a d'étrange, vas-y. »

 

 

Et à voir la hargne teintée de plaisir avec laquelle Tomer Sisley nous décrit l'engagement physique dont il a dû faire preuve, on finirait presque par se demander si Largo Winch 2 n'était pas une promenade de santé. Mais la nouvelle aventure qui attend le film, parallèlement à sa sortie en salles, c'est son destin de l'autre côté de l'Atlantique, qui pourrait bien se révéler épique. Si le réalisateur n'est de toute évidence pas un grand amateur de remake, c'est sans fausse modestie ni prétention qu'il évoque le devenir de Nuit Blanche. « Pour moi ce qui compte c'est que le film soit distribué aux U.S.A, et il l'est. C'est ça qui me plaît, je suis fier de ça. Après, les droits de remake, c'est un peu abstrait pour moi. (...) Je le dis sans arrogance, mais les remake de films français ne sont pas intéressants. (…) Y a peut-être eu True Lies de James Cameron, qui est un remake de La Totale, je le dis sans snobisme, mais je crois que Cameron a fait un film plus funky. » Frédéric Jardin n'a pas le tympan sensible aux sirènes américaines plus que de raison, et sa priorité n'est pas de se jeter en pâture aux griffes des studios. Son acteur principal semble beaucoup plus excité par la perspective d'une relecture de son travail : « Je trouve ça amusant, ça met en valeur quelque chose dont je me considère partie intégrante. Maintenant entrer dans des considérations sur qui jouerait mon rôle, ou referait le film, ça ne m'appartient pas. Celui qui sera dans le remake, ne va pas me jouer moi, il va interpréter ce que j'ai lu dans le scénario, comme deux acteurs qui joueraient Hamlet. »

Pour autant, le calme et la détermination de Frédéric Jardin laissent entendre qu'il a encore bien des projets et des envies à concrétiser en France. Difficile de l'en faire parler, tout au plus nous dira-t-il quelques mots du scénario qui lui tient le plus à cœur. « Je suis en train d'écrire le traitement, on met en place avec le même producteur et les mêmes scénaristes, j'oublie le temps réel et le huis-clos. J'élargis. »

On espère les retrouver rapidement, ensemble ou séparément, et goûter le plus vite possible aux prochains projets d'un réalisateur dont le ton égal et les mots choisis cachent mal la verve qui l'anime. Quand à Tomer Sisley, ses multiples talents et son accessibilité continueront à coup sûr de faire de lui l'un des pionniers du cinéma enlevé et divertissant qu'attendent les spectateurs, et que nous comptions bien disséquer plus avant avec lui.

 

 



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