Bruel, Arcady, Delarive, Fabian (Comme les 5...)

Pierre-Loup Docteur | 27 avril 2010
Pierre-Loup Docteur | 27 avril 2010

Patrick Bruel retrouve Alexandre Arcady, qui l'avait déjà dirigé dans Le coup de sirocco, Le grand carnaval, L'union sacrée et K, en 1997. Il incarne le fils aîné d'une famille de cinq frères dans Comme les cinq doigts de la main. A ses côtés, on trouve entre autres Mathieu Delarive et Françoise Fabian, pour la première fois devant la caméra d'Arcady.

 

 

PATRICK BRUEL

Quand on a fait cinq films avec un réalisateur, on se connaît par cœur ou on arrive encore à se surprendre ?

Non, on ne se connaît pas par cœur car on a fait notre dernier film ensemble il y a  douze ans. On a chacun fait des choses entre temps et on arrive donc avec beaucoup de nouvelles expériences.  Et puis on a toujours envie d'impressionner un réalisateur, que ce soit la première fois qu'on travaille avec lui ou qu'on le connaisse depuis longtemps. On a envie de lui montrer qu'il ne s'est pas trompé en nous choisissant.

Le personnage que vous incarnez est loin d'être un gentil...

C'est un personnage qui a des failles, une manière d'appréhender la vie avec brutalité parfois. Je voulais faire ressortir cette idée que la forme n'est peut-être pas très belle  mais le fond de ce personnage est bon. Au fond, c'est un homme qui s'est battu pour prendre la place du père et pour se sortir de situations qui n'étaient pas forcément simples. Il est un peu haut en couleur, il est irascible, il ne parle pas toujours bien. Il n'est pas dans le futile, il va à l'essentiel : quand ce n'est pas essentiel, il oublie les formes. Par contre, quand arrive un événement grave, c'est un mec sur qui on peut compter. J'ai aimé cette nuance dans ce personnage.

 

Vous incarnez le leader de cette famille. Est-ce que cela a eu des répercussions lors du tournage ?

C'était écrit dans le scénario, mais ce n'était pas nécessairement obligatoire sur le plateau. Mais ça s'est passé de manière naturelle : ces frères m'ont accordé cette autorité là en me demandant des conseils, en me faisant confiance... On a eu une relation extraordinaire.

 

Les personnages jouent au poker dans le film. Alexandre Arcady vous a-t-il consulté pour ces scènes ?

Oui, il valait mieux ! Arcady ne connaît absolument pas le principe, ni les jetons, ni les cartes... J'étais près de Mathieu pour qu'il rende ça crédible.

 

Comment vous imaginez la suite de votre travail avec Alexandre Arcady ?

On va se retrouver bientôt je pense. Il est en train d'écrire un projet magnifique et j'espère que j'y tiendrai un rôle.

 

 

 

 

 

ALEXANDRE ARCADY

Le film est dédié à vos quatre frères, et on imagine qu'il y a forcément une part d'autobiographie dans tout cela...

J'ai eu très tôt l'idée dans ma carrière d'écrire un scénario impliquant 5 frères. Quand on est comme moi issu d'une telle fratrie, où tout le monde est très proche en âge, on vit une enfance sans repos, pleine de partage, d'histoires communes... Ça laisse des traces, des conflits, des séquelles. Il y avait là matière à raconter quelque chose d'intime, mais je voulais trouver des ingrédients permettant de mêler les genres.

 

Justement, vous tentez de mêler comédie et polar, émotion et drame...

C'était là le gros challenge auquel je voulais me confronter. Pouvait-on passer, à travers une histoire aussi forte, du rire aux larmes ? Oui. Car c'est tout simplement comme dans la vie : qui n'a pas connu des situations dramatiques suivies de moments positifs et salutaires qui interviennent...

 

Vous montrez une famille juive un peu fatiguée, où quelques membres de la fratire semblent fatigués de cette religion et de ses traditions.

Je voulais avant tout raconter l'histoire d'une famille unie, soudée, comme les 5 doigts de la main. Cette solidarité aurait pu s'exprimer dans n'importe quelle autre communauté. Ça n'a pas beaucoup d'importance, mais il était plus simple pour moi de raconter ce que je connais mieux. Il y a effectivement une double détente : la famille est à la fois nécesaire, vitale et lourde à porter avec le poids des traditions, des religions... Certains sont pour, d'autres contre, d'autres s'en moquent complètement...

 

Parlez-moi de votre relation avec Patrick Bruel.

C'est mon reflet, mon miroir. J'ai régulièrement besoin de le retrouver, comme un vrai acteur fétiche. Dans mes films, j'ai envie de donner de moi-même, et comme j'ai décidé il y a bien longtemps de ne plus faire l'acteur, j'ai trouvé en Patrick un double plus jeune que moi, mais auquel j'ai donné bon nombre des rôles qui me représentaient le plus dans mes films. Ici, tout naturellement, il me semblait fait pour le rôle de l'aîné. le temps a passé, la maturité et la force sont venues... Il a cette aisance, cette présence, ce côté un peu parrain qui était nécessaire au film. Cela a transpiré sur le tournage avec les autres acteurs, et ça a continué à se propager au-delà du tournage, ce qui est très plaisant.

 

 

 


 

FRANCOISE FABIAN

Comment définiriez-vous le personnage que vous incarnez ?

C'est une femme entretenue par son fils aîné. Elle est très angoissée, car un de ses fils a disparu et elle n'a pas de nouvelles. Malgré tout, c'est une femme très respectée par ses enfants. Elle veille à tout, elle les dirige encore : alors qu'ils sont mariés et pères de famille, elle est très proche de ce qu'ils font. C'est une femme très forte, qui a beaucoup lutté. Je trouve que c'est une belle personne.

Vous avez souvent joué des chefs de famille...

Ce sont des rôles qu'on me propose quelquefois. On sait que je peux avoir beaucoup d'autorité et de sensibilité à la fois, donc c'est peut-être pour ça...  Mais Je n'avais jamais joué un personnage comme ça, aussi proche de personnes que j'ai connues. Je suis née en Algérie et dans ce personnage j'ai retrouvé un petit peu la gestuelle, la façon de parler de certaines femmes. C'était très gratifiant, ça m'a beaucoup plu.

C'est le premier film que vous tournez avec Alexandre Arcady. Qu'est ce qui vous a donné envie de travailler avec lui ?

Lui !  Nous avons quand même des racines communes : nous sommes nés en Algérie, même si ce n'est pas dans le même milieu. On a quand même des goûts similaires : on aime le soleil, la mer, l'Algérie, la cuisine, les ports, les manières de là-bas... Quand on est né en Algérie, on n'en guérit jamais.

Quel directeur d'acteurs est-il ?

C'est quelqu'un qui est doué d'émerveillement. Quand il est très content d'une scène ou de l'interprétation de ses comédiens, il est émerveillé. Il se régale, il en redemande... En revanche, si ça ne lui plaît pas, il se met dans colères épiques. Il n'est pas content, il est de mauvaise humeur... Il est comme un enfant, toujours entre le rire et les larmes. Quand il est très en colère, il peut gueuler et puis dès qu'il est content de quelque chose il est extatique, il a le sourire et les yeux qui brille. Il est prêt à pleurer même ! C'est formidable de le voir vivre tout ce qu'on lui présente.

 

 


 

MATHIEU DELARIVE

Comment vous êtes-vous retrouvé sur le projet ?

J'ai rencontré Alexandre Arcady, il m'a parlé du projet. A la suite de ça on s'est revu, on a fait des essais et c'est finalement moi qui ai été retenu pour être un membre de cette fratrie formidable, avec Patrick Bruel, Vincent Elbaz, Pascal Elbé et Eric Caravaca... et une maman extraordinaire : Françoise Fabian.

Avez-vous trouvé facilement votre place aux côtés de ces acteurs ?   

Ce qui est formidable avec ces acteurs, c'est que ce sont des individualités très généreuses : ce sont des comédiens chevronnés, qui ont de formidables carrières mais ce sont aussi des gens généreux. Quand je suis arrivé sur le plateau, je me suis retrouvé dans un groupe dans lequel je me sentais à l'aise.  C'est tout de suite très évident et très simple de travailler ensemble. Etre entouré par cette équipe, ça permettait de se laisser porter. C'est come au tennis : quand on joue face à un joueur de bon niveau, on est obligé d'élever son propre niveau. J'ai essayé d'élever mon niveau autant que j'ai pu.

Vous incarnez un personnage que l'on a envie de défendre même s'il est loin d'être parfait...

C'est un personnage qui était très vivant car c'est le petit frère. Quand on est le petit frère, on est celui qui est protégé par les autres, qui est le chouchou... C'est celui qui peut faire ce qu'il veut. Il s'est trouvé que nos rapports sur le plateau étaient quelque peu identiques. Mes frères de jeu m'ont permis d'être très libre et d'être très à l'aise tout de suite.

En plus c'est un personnage sympathique : il joue au poker, il est insouciant, il drague les filles, il roule avec une grosse moto... Il est cool ! Donc forcément c'est jouissif, c'est amusant d'être un peu le chien fou dans une distribution.

Vous avez demandé des conseils à Patrick Bruel pour les scènes de poker ?

Forcément ! Je ne pouvais pas être mieux conseillé que par Patrick pour ce qui était du poker et des scènes qui concernaient ce domaine.

On sent cette cohésion à l'écran entre tous les membres de l'équipe : est ce que ça peut être un problème de s'entendre trop bien, pour les scènes de tension par exemple ?

Non : quand on s'est retrouvé à jouer des scènes dures ou des scènes d'émotion collective, cette aisance qui était là et qui était due au groupe

Quels sont vos prochains projets ? 

J'ai des projets en cours, qui sont très intéressants mais encore en cours de financement. C'est donc un peu tôt pour en parler.

 

 

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