Interview Kevin Macdonald (Jeux de pouvoir)

Jean-Noël Nicolau | 24 juin 2009
Jean-Noël Nicolau | 24 juin 2009

A l'occasion de la sortie de Jeux de pouvoir, Kevin Macdonald (Le Dernier roi d'Ecosse) a très aimablement répondu à nos questions. Les rapports entre politique et journalisme ont été évoqués, mais aussi l'influence des stars sur le cinéma hollywoodien d'aujourd'hui.

 

Est-ce que vous aviez une certaine appréhension en créant un long-métrage à partir de la série State of play ?

Oui, j'adore la mini-série. Elle est excellente. Et ça aurait pu être une raison pour ne pas faire le film. Comme on dit : « il est plus facile de faire un bon film à partir d'un mauvais livre que l'inverse. » Je voulais faire une oeuvre sur le journalisme, et j'ai toujours voulu être un journaliste. Et c'était important de faire un film hollywodien sur le travail des journalistes. C'était une occasion unique. On fait de moins en moins de films de ce genre.

Je travaillais avec toute une équipe et Brad Pitt devait être la star au début, et je me demandais comment  je pouvais faire de ce projet quelque chose de personnel. Je cherchais comment m'éloigner de la série. J'ai rencontré l'auteur, un chic type. Et à partir de là je lui ai dit que je voulais faire quelque chose d'un peu différent. J'ai commencé à travailler avec les scénaristes. En particulier Tony Gilroy, qui est un auteur fantastique. Puis Brad Pitt a quitté le projet, parce que l'histoire s'éloignait trop de ce qu'il voulait. Heureusement le studio a tenu bon et n'a pas annulé le film. Et là ils m'ont demandé : « Qui veux-tu à la place ? ». Je voulais Russell ; heureusement il était disponible et il a adoré le script.

 

Faut-il voir la série ou le film en premier ?

Le problème de ce genre de films c'est qu'ils dépendent beaucoup des révélations de l'histoire. Si vous avez déjà vu la série cela risque de vous ruiner le plaisir. Si vous avez déjà vu l'un, vous gâchez l'autre. Donc, je ne sais pas trop... En fait si, allez voir le film en premier ! (rires)

 

 

 

Vous commencez à avoir l'habitude de travailler avec des acteurs Oscarisés (Forrest Whitaker, Russell Crowe, Hellen Mirren...) ?

Oui, cela m'aide d'avoir des Oscarisés dans le casting. (rires) A Hollywood tout gravite autour des stars. Les budgets sont liés à leurs noms. Cela m'a pris du temps à le comprendre. On vous engage comme réalisateur seulement si vous pouvez amener des stars avec vous.

 

Est-ce que vous pensez que la presse a encore de l'influence sur la politique ?

La presse sous le règne de Bush Jr. était dans une position unique, très délicate. Les journaux subissaient une vraie crise financière. Ils ne pouvaient plus payer des investigations en profondeur. Et d'un autre côté à cause du 11 septembre il y avait une vraie pression. Il fallait être patriote, complètement, aveuglément. On ne pouvait pas critiquer les décisions, en particulier militaire, sous peine de passer pour un traître à sa patrie. Mais oui, les hommes politiques sont très concernés par ce que dit la presse. C'est même tout ce qui les préoccupe : ce qui sera au journal le soir, en une le lendemain matin. C'est essentiel pour eux.

 

 

 

Votre expérience sur les documentaires vous aide-t-elle pour les films de fiction ?

Tout à fait. On a par exemple tellement l'habitude de voir des films qui se déroulent à Washington, des thrillers, etc... Le documentaire me permet d'avoir un regard un peu neuf, d'essayer des choses différentes, plus réalistes. Je cherche la réalité de Washington, la réalité du journalisme, aujourd'hui. Je voudrais que mes films de fiction ressemblent à des documentaires, je voudrais de l'authenticité. J'ai plus de liberté avec la fiction, mais cela peut aussi mener aux clichés. Il vaut mieux aller chercher la vérité. Parce que la fiction crée plus de clichés que la réalité.

 

Comment avez-vous travaillé avec vos acteurs ? 

C'est intimidant, mais en même temps avoir d'aussi bons acteurs permet de profiter de leurs talents. Il suffit de faire tourner la caméra. Mais c'est aussi délicat. Par exemple Ben Affleck est un acteur qui a besoin de beaucoup de prises pour trouver ses marques. Alors que Russell Crowe sait exactement ce qu'il veut, il arrive sur le plateau et boum ! C'est dans la boîte dès la première fois. Alors les faire jouer tous les deux en même temps, ce n'est pas forcément évident...

 

Et Hellen Mirren ?

Le plus difficile fut le casting d'Hellen Mirren. Son rôle devait être tenu par Bill Nighy, et je ne pouvais imaginer que lui dans le rôle. Et puis le personnage est devenu féminin, et j'ai du tout revoir en ce sens.

 

 

Pensez-vous qu'il y a un retour des films politiques, engagés ?

Il y a de très bons films politiques en ce moment. Surtout en Italie, comme Il Divo ou Gomorra, qui sont des oeuvres fantastiques. Ce retour est normal parce que les temps sont durs : la crise économique, la guerre en Irak, tout cela appelle des films plus engagés. Ce qui était bien dans les années 70, c'est que les films politiques étaient aussi des divertissements. C'est ce que je cherche à faire, parce qu'à Holllywood c'est devenu de plus en plus rare. Surtout que les derniers films du genre n'ont pas marché aux Etats-Unis et les studios préfèrent miser sur les blockbusters enfantins. Parce que les adultes ne vont pas beaucoup au cinéma aux USA. Ce sont surtout les enfants et les ados. Les adultes attendent la diffusion TV ou le DVD.

 

Il y a plus de liberté et de qualité à la télévision alors ? 

99% de la production télévisée est nulle et 1% est excellente. La majorité de ce pourcentage est d'ailleurs produite par HBO.

 

 

 

Comment avez-vous réagi quand Brad Pitt vous a laissé tomber ?

J'étais sur le plateau de tournage. Ce grand décor de la rédaction du journal. Et j'étais abasourdi. Nous étions à 5 jours du début. J'avais une équipe de 250 personnes, un scénario que j'aimais, et je n'avais plus de star. Normalement un acteur ne peut pas partir à un moment pareil, mais Brad Pitt, si. Ce n'est pas la première fois qu'il faisait cela. Il l'a fait pour The Fountain, il l'a fait aux frères Coen. Mais le studio avait déjà dépensé des millions de dollars et ils n'ont pas baissé les bras. Mais j'étais terrifié. Finalement ce fut une vraie opportunité, une nouvelle orientation.

 

Les stars ont trop d'influence, donc ?

Un film comme Slumdog millionaire a prouvé que le public n'avait pas besoin de stars pour aller au cinéma. Il suffit d'avoir un vrai bon film. Et cela fait du bien au système hollywoodien.

 

Est-ce que l'avenir du journalisme passe par internet ?

Tout à fait. Même si le papier ne disparaîtra jamais totalement. Le bon journalisme a sa place sur le web. Mais le risque ce sont les blogs, avec la plupart du temps des opinions, sans réel travail journalistique. Sinon il est certain que l'avenir de la presse passe par internet.

 

 

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