Jordis Triebel (Le Bonheur d'Emma)

Julien Foussereau | 11 juin 2007
Julien Foussereau | 11 juin 2007

C'est avec une impatience teintée de perplexité que j'entre dans la chambre d'hôtel où je m'apprête à interviewer Jördis Triebel, l'enthousiasmante comédienne du Bonheur d'Emma. Parle-t-elle bien anglais ? Si ce n'est pas le cas, mon espagnol deuxième langue ne me sera pas d'un grand secours... Est-elle joviale et surtout est-elle si différente de son rôle ? Question qui a son poids car, à la moindre phrase déplacée ou mal interprêtée, ma jugulaire pourrait en faire les frais...

 

Jördis, pouvez vous nous parler en quelques mots du roman original Le Bonheur d'Emma ? L'avez vous lu et apprécié ?

Non. Je ne l'avais pas lu au départ mais ce fut une chance inestimable d'avoir le roman à portée de main. Il y avait là de la matière pour nourrir Emma, mon personnage, son passé notamment, qui a disparu lors de l'adaptation pour l'écran. Je suis tombée amoureuse de mon personnage.


Expliquez-moi pourquoi.

Par sa complexité. Emma n'est pas faite d'un seul bloc. (avec passion) Elle est complexe. Elle peut-être femme et devenir l'instant d'après une enfant. Elle est forte et timide à la fois. Elle est très nature, elle a un humour bien à elle. Le rôle d'Emma offre tellement de possibilités de chercher intérieurement en soi qu'il ferait mourir d'envie toutes les actrices qui se respectent. Et j'aime sa force, cette force qui lui permet d'accomplir ce geste définitif à la fin du film.

 

 

 

Comment vous êtes vous retrouvé embarquée dans cette aventure ?

J'ai eu deux auditions. Une première seule et une deuxième avec Jürgen Vogel pour savoir si le courant passait bien entre nous, si on pouvait faire un couple beau et crédible. Je n'avais jamais fait de film avant et j'avoue avoir été surprise quand on m'a annoncé que j'avais le rôle.

 

D'après ce que j'ai lu, le nombre de candidates était assez imposant.

Oui. Les producteurs m'ont dit qu'il leur avait fallu un an et demi pour trouver la bonne personne susceptible d'incarner Emma.

 

Quelle a été votre préparation pour entrer dans la peau d'Emma ?

J'ai fait un séjour de trois semaines dans une ferme bio pour me familiariser avec les animaux, chose que je n'avais jamais faite auparavant, ayant toujours été une berlinoise. C'était très important pour moi d'adapter mon corps à cet environnement, de nettoyer de fond en comble la ferme. C'était un travail manuel très épuisant. Les deux premières semaines, je ne pouvais plus sentir mon corps tant il était courbaturé. Mais j'ai pris du muscle et c'était ce qu'il fallait pour le langage corporel d'Emma. J'ai aussi accompagné Sven Taddicken, le réalisateur, dans ses multiples rencontres avec des exploitants porcins. Là, j'ai vu comment on exécutait les bêtes, de façon industrielle (avec un piston hydraulique NdR) et de façon plus rustique. J'ai appris là-bas le geste précis du tranchage de gorge, la confection de saucisses et comment conduire un tracteur. Ce dernier apprentissage m'a beaucoup amusé.

 

 

 

Parlez moi un peu plus des scènes où vous deviez tuer des cochons en leur tranchant la gorge. Vous ressentiez quoi à ces moments là ?

C'est complètement différent de ce que l'on pourrait imaginer. C'était un travail assez physique parce que ce n'est pas forcément évident de rester quatre heures par terre ou à genoux. Cela nécessitait aussi une concentration énorme pour gérer le cochon, faire attention à garder la bonne position par rapport à la camera parce que j'avais une tube relié à une poche de faux sang qui était fixé le long de mon bras. Et je devais faire attention que l'on ne voit pas ce tuyau pendant qu'un accessoiriste pressait la poche. Au moment de l'incision, on tournait avec un cochon mécanique, ce qui était assez technique. Ces scènes étaient très importantes pour approfondir Emma, ma priorité était de montrer une vraie force émotionnelle.

 

Quel genre de réalisateur est Sven Taddicken ?

Sven est quelqu'un qui aime se situer entre le drame et la comédie. On a essayé de faire en sorte que Le Bonheur d'Emma se situe sur cette frontière. On a eu beaucoup recours à l'improvisation. Il sait bien alterner entre impro et indication détaillée.

 

Quelle ambiance se dégageait du tournage ?

C'était une ambiance très fraternelle parce que tout le monde croyait en ce film. La grande majorité de l'équipe avait lu le livre et l'avait adoré. De plus, la ferme dans laquelle se situe une grande partie du film était abandonnée. C'était donc notre « chez nous » pendant deux mois. Il n'y avait rien autour, on n'avait qu'à se concentrer et profiter d'un superbe paysage, perdus au beau milieu de la campagne en plein été. C'était une magnifique période.

 

 

 

Ce n'était pas un peu dur pour une citadine 100% Berlinoise de se retrouver perdue aussi longtemps dans les pâturages ?

Pas tant que ça. J'avais déjà ressenti un changement lors de mes trois semaines en ferme bio. Ça te remet les pieds sur Terre et évoluer au milieu de la nature fait vraiment du bien ! Avant Le Bonheur d'Emma, je n'avais fait que du théâtre et tout était un peu trop désincarné. Alors, être au milieu des animaux et du vent balayant les collines, c'était inédit et super.

 

Vous seriez capable de franchir le pas et de vous installer à la campagne ?

(rires) C'est tentant mais je suis encore un peu trop timorée. J'ai vécu majoritairement à Berlin. Peut-être plus tard, quand j'aurai des gosses, je pourrais alterner entre théâtre et / ou cinéma à la ville et vie privée à la campagne.

 

La question qui tue. Vous continuez à manger du porc depuis la fin du tournage ?

(Rire franc et massif) Oui, bien sûr.

 

Merci à Stéphane Ribola de MIAM

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