Julie Gayet (Lovely Rita)

Didier Verdurand | 14 mars 2005
Didier Verdurand | 14 mars 2005

Julie Gayet occupe une place assez unique dans le cinéma français. Elle n'a qu'un seul franc succès à son actif (Delphine 1, Yvan 0 de Dominique Farrugia), mais elle ne cesse de tourner depuis près de 10 ans, alternant productions indépendantes fauchées et plus gros budgets. Christian Clavier dit l'avoir choisie pour le rôle titre de Lovely Rita parce qu'elle « dispose aussi bien d'un tempérament rock'n roll que d'une approche tout en douceur ». Revenons sur sa carrière, pas prête d'avoir atteint son sommet que l'on imagine très haut, et sur son dernier film actuellement sur les écrans.

Qu'est-ce qui t'a donné envie de devenir comédienne ?
À 14 ans, je faisais du chant lyrique, et ce, jusqu'à 20 ans. J'ai joué un jour en public, et j'ai voulu aller plus loin dans l'émotion que procure le jeu devant des spectateurs, donc je me suis inscrite à un cours de théâtre. En même temps, j'ai suivi le conseil de mes parents qui me disaient que les bons comédiens étaient des gens cultivés, donc j'ai beaucoup lu et visionné de nombreux films. Aujourd'hui encore, je lis énormément, je n'ai pas de télévision ! Et j'ai été à Londres suivre un stage d'Actors Studio.

Puis, tu as été serveuse...
Oui, dans le quartier de Saint Germain, il y a 12 ans, pendant à peu près 1 an. Je n'avais peur que d'une chose, c'était de terminer là-dedans ! J'ai passé un casting pour le film d'Antoine Desrosières, À la belle étoile, mais Chiara Mastroianni a eu le rôle. Mais Laurent Tuel, assistant réalisateur à l'époque (il a dirigé depuis Un jeu d'enfants avec Karin Viard, NDLR) m'avait remarquée et m'a rappelée quand l'autre actrice principale a abandonné son rôle au dernier moment. Sur ce film, il y a eu une belle rencontre, celle de Mathieu Demy, un acteur très généreux. Après, en faisant la promo, j'ai fait la connaissance d'Agnès Varda, qui m'a proposé Les 101 Nuits. Puis, il y a eu le Chouraquie, Les Menteurs, et je n'ai cessé d'enchaîner !


Tu as eu des rencontres chanceuses !
La toute première fois que je me suis retrouvée sur un plateau, c'était pour un petit rôle sur Trois couleurs : Bleu de Kieslowski. Quel bonheur de voir Juliette Binoche, une actrice qui a la grâce ! En plus, Kieslowki, c'est le cinéma que j'aime plus que tout. Sur le Varda, dont Les Glaneurs et la Glaneuse devrait être montré aux lycéens, j'ai côtoyé Marcello Mastroianni et Michel Piccoli, et retrouvé Mathieu Demy. Mastroianni m'avait dit de ne pas avoir de plan de carrière, de faire ce qui me plaisait. J'ai toujours suivi cette route.

Et puis 1996 est l'année où ta carrière change de vitesse.
Oui, Delphine 1, Yvan 0 est sorti, et il a marché. Certains vont d'ailleurs se demander ce que j'ai fait entre cette comédie et Lovely Rita, mais j'ai joué dans… 27 films je crois ! Puis j'ai tourné dans Select Hotel. J'ai porté ce film, je le revendique totalement. Ce fut un choix dangereux, qui a surpris.

Il est rare de tourner autant et si longtemps avec un seul succès public à son actif !
Comme je te le disais, je n'ai pas de plan de carrière, je fonctionne aux rencontres, avec un réalisateur ou un partenaire. J'ai joué avec Marie Trintignant dans un film qui n'est jamais sorti, il n'a pas trouvé de distributeur. Un tout petit budget de 3 millions de francs… On est loin de l'âge d'or du cinéma français. En ce qui me concerne, je ne fais pas ce métier pour l'argent. J'estime que par respect pour les techniciens, je n'ai pas à demander des salaires trop élevés.


Y a-t-il des rôles que tu as laissé passer, et que tu as regrettés par la suite ?
Jamais. Il n'y en a qu'un que j'aurais volontiers accepté, mais j'étais enceinte, donc je ne peux pas parler de regret ! C'était dans Le Pacte des loups, j'avais beaucoup aimé le scénario, et j'aurais bien aimé faire partie de l'aventure !

Puisque tu parles des techniciens sur un tournage, un mot sur les intermittents ?
C'est une autre génération qui a installé cette loi, avec difficulté. Il y a eu des coups d'éclat, comme l'écran blanc à la télévision, les gens s'en souviennent, et là, c'est dommage que cela n'arrive pas à nouveau ! Mais depuis quelques années, il y a eu une dérive, et sur des films à minuscule budget ou des documentaires, on ne payait plus les comédiens, car on savait qu'ils touchaient de l'argent en tant qu'intermittents. En enlevant ce système, c'est une situation difficile à envisager. Il est vrai qu'il y a des abus, comme dit Jacques Aillagon, mais ils viennent surtout des « grands », donc pourquoi attaquer les « petits » ? Si on applique la nouvelle loi, c'est une catastrophe, surtout en ce moment, où il est de plus en plus dur de financer les films, surtout depuis que Canal + est en difficulté. Parti ainsi, le cinéma français ressemblera au cinéma italien. Le grand public a du mal à s'en rendre compte. Mais c'est aussi un débat sur la culture, très complexe, et je pense que c'est aussi pour cela que les intermittents ont du mal à se défendre. Ce qui est triste pour le cas du Festival d'Avignon, c'est qu'encore une fois, les plus faibles ont payé. Cependant, on ne peut pas nous comparer à des salariés normaux en étant des travailleurs à mi-temps, nous ne travaillons pas à plein temps !

Venons-en à Lovely Rita. Comment t'es-tu retrouvée sur ce projet ?
Stéphane Clavier, un ami, m'envoie le scénario, et là je dis : « Génial, une vraie héroïne de bande dessinée ! ». J'ai beaucoup ri à la lecture, puis j'ai fait avec un flingue de mon fils des essais avec Christian. J'ai découvert en lui un acteur qui aime le jeu et qui s'amuse, j'ai su que j'allais apprendre avec lui. Aussi parce que c'était un gros budget, pas loin de 10 millions d'euros, et la pression n'est pas celle dont j'ai l'habitude, bien que fondamentalement, il s'agit toujours du même travail pour moi. Le reste du casting était aussi un pur plaisir. J'avais adoré Marthe Villalonga dans Ma saison préférée, quel bonheur de jouer avec elle ! Arnaud Giovaninetti est un acteur caméléon, un peu comme moi, et on s'est très bien entendus.


Il y a eu une importante préparation pour ce personnage de Rita ?
J'ai beaucoup travaillé avec Stéphane, qui voulait Rita sexy. Le look n'a pas été facile à trouver, notamment ma coupe de cheveux et la perruque ! Les recherches sur un personnage sont primordiales en ce qui me concerne, cela vient de l'Actors Studio ! Je suis des stages d'infirmières si je dois en interpréter une, et cette fois, j'ai pris des cours de tir avec des tireurs d'élite, j'ai regardé les sites roses… Stéphane m'a conseillé de regarder Magnolia et The Yards !

La plupart de Lovely Rita se déroule en pleine nuit. N'est-ce pas contraignant ?
C'est fatigant, surtout quand on a des enfants en bas âge. Mais cela crée une énergie différente, j'adore la nuit. Et le travail sur la lumière est particulièrement intéressant.

Faire une promo avec Christian Clavier, ce n'est pas également fatigant ?
Non, c'est très rassurant, il est très professionnel. Le film a peu été montré à la presse, car il y a un a priori contre lui, ce qui est caractéristique des Parisiens, au passage ! C'est dommage de coller une étiquette sur les gens, de mon côté je rejette radicalement les on-dit.

Quel est ton désir de comédienne actuellement ?
D'interpréter un rôle comme Julia Roberts dans Erin Brockovich. J'ai proposé un sujet à Laurent Bouhnick, et il était enthousiaste, alors on verra !

Propos recueillis par Didier Verdurand en septembre 2003.

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