Jake Gyllenhaal (Jarhead)

Ilan Ferry | 10 janvier 2006
Ilan Ferry | 10 janvier 2006

Révélé aux cinéphiles grâce à l'inquiétant Donnie Darko de Richard Kelly, Jake Gyllenhaal a depuis fait du chemin et renoncé définitivement aux rôles d'ado perturbé expérimentant les failles temporels, s'aventurant aussi bien sur le terrain du blockbuster (Le jour d'après) que du film intimiste (The Good Girl où il faisait tourner la tête à Jennifer Aniston). En attendant de le voir dans le Zodiac de David Fincher, le jeune acteur montre à nouveau toute l'étendue de son talent dans Jarhead et Le secret de Brockeback Mountain, deux films aussi différents que réussis qui arrivent dans nos contrées à tout juste une semaine d'intervalle. Le mois de janvier sera donc placé sous le signe de Gyllenhaal ou ne sera pas. On a connu plus mauvais début d'année !

Pourquoi avez-vous choisi de devenir acteur ?
Je ne sais pas si j'ai choisi le métier d'acteur. Très jeune, j'ai été mis dans une cage et dressé avec des cacahouètes pour devenir acteur (Rires). Chez nous, être acteur est une affaire de famille. Si mon père s'était destiné à une autre carrière, je ne serai certainement pas là avec vous. Mais il se trouve que j'aime profondément jouer. J'ai su que j'en avais envie très jeune, à quatre ans, en regardant ma sœur sur scène. Vers mes huit ans, je voulais désespérément être un acteur. À l'époque, j'étais déjà très passionné. J'allais à l'école et pendant mes moments libres, je passais des auditions. Si je n'avais pas fait ce métier, j'aurai certainement été paysagiste, cuisinier ou bien menuisier parce que j'adore faire la cuisine et aussi construire des tables. J'adorerais faire ces métiers en plus du mien.

Quels genres de scénarios avez-vous reçu après le succès de Donnie Darko ?
Des scénarios de toutes sortes. Bien sûr je n'ai pas pu échapper à mon image de Donnie Darko et j'ai reçu des tonnes de projets similaires. Durant les séances de casting, on me demandait irrémédiablement de jouer l'ado pensif. Ce qui m'a très vite lassé étant donné que j'ai tendance à faire le contraire de ce qu'on attend de moi. Même à mon détriment.

 


Quelle fut votre réaction à la lecture du scénario de Jarhead ? Aviez-vous lu le livre d'Anthony Swofford avant d'accepter le rôle ?
J'avais lu le roman un an avant de lire le scénario. Je l'avais trouvé très profond et extrêmement précis dans la description psychologique des personnages. Il aborde des situations terribles de façon très personnelle. J'ai beaucoup aimé le conflit intérieur de Swofford dans le livre que j'ai ensuite retrouvé dans le scénario.

 

Comment définiriez-vous votre personnage ?
C'est un personnage fasciné par l'idée de tuer, qui a une certaine colère en lui, et en même temps qui est désaccord en total avec lui-même pour des raisons morales. C'est un enfant qui va être confronté à des situations qui vont le faire grandir d'une certaine manière. Selon moi, le film doit davantage se voir comme l'itinéraire d'une personne qui laisse une part d'elle-même dans le désert et qui n'en reviendra pas indemne. Ce n'est pas un film de guerre conventionnel, dans le sens où il ne contient pas ce que tout le monde attend, à savoir des batailles et des explosions. Il n'y a pas de personnage principal qui résout tous ses problèmes à la fin. Il y a plus d'importance donnée aux personnages secondaires qu'au personnage principal... Le spectateur est obligé de faire face à ses propres attentes puisque Sam (Mendes) détourne constamment les clichés. C'est comme ça que je ressens le film.

 


Jarhead montre une étrange dynamique se construire entre les soldats. Comment avez-vous créé cela avec les autres acteurs ?
Principalement durant les répétitions. Nous répétions nos scènes comme des fous et avions la possibilité d'improviser. Personnellement, j'essayais justement de garder une certaine distance avec les autres. D'ailleurs, comme je travaillais beaucoup, je n'avais pas vraiment l'occasion de rester avec eux.

 

Diriez-vous que ce film dérange ?
Je ne sais pas mais c'est le film le plus divertissant que j'ai vu sur l'attente (Rires).

 


Qu'il s'agisse du Secret de Brockeback Mountain ou de Jarhead, vous montrez une autre facette de deux icônes typiquement américaines. Avez-vous voulu jouer avec votre image ?
Je n'ai pas vraiment l'impression de jouer avec mon image ni même d'en avoir une. Brockeback et Jarhead sont deux films complètements différents. Dans le premier, j'intériorisais tout alors que dans le second je devais rester perpétuellement à cran. En ce qui concerne Le secret de Brockeback Mountain, cela peut paraître naïf mais j'ai tout simplement trouvé l'histoire magnifique. Pour Jarhead, mon rapport à l'histoire a été émotionnel puisque certains de mes amis sont actuellement en Irak. Je n'ai pas spécialement prêté attentions aux ramifications sociales ou politiques que ce soit pour l'un ou l'autre de ces films. Les réactions étaient plutôt instinctives en fait.

 

Comment vous êtes-vous préparé au rôle de Jack Twist dans Le secret de Brockeback Mountain ?
Le plus dur a été de réussir à trouver cette intimité entre ces deux hommes. Je suis très fier du travail que nous avons accompli, en particulier dans les scènes vraiment intimes. Le travail émotionnel fut le plus périlleux parce qu'il demandait des sentiments que je n'avais pas exploité auparavant. Les gens autour de moi ont trouvé le film triste d'un bout à l'autre (rires). C'est le sentiment que nous avons eu pendant quatre mois. Ce n'était pas facile d'être dans cet état de tristesse permanent.


Selon vous, ce film fait- il écho à une époque révolue ?
Le film se déroule à une époque où régnait un certain idéal incarné par ces cow-boys et aussi une certaine liberté artistique. Je n'ai pas vraiment prêté attention à l'époque car selon moi, la figure du cow-boy est intemporelle.

 

Que pouvez-vous nous dire sur Zodiac de David Fincher ?
J'avais très envie d'explorer l'univers sombre et étrange de David Fincher. C'est un grand réalisateur très minutieux qui ne s'arrête pas tant qu'il n'obtient pas ce qu'il veut. Nous avons fait un nombre de prises incalculable. C'est très impressionnant de le voir travailler.

Qu'allez vous faire ensuite ?
Jouer avec mon chien… et fabriquer des tables (rires) !

Propos recueillis par Ilan Ferry.

 

 

Tout savoir sur Jarhead, la fin de l'innocence

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