Carmen Maura (Reinas)

Isabelle Banos | 10 janvier 2006
Isabelle Banos | 10 janvier 2006

Sur les Champs-Élysées à Paris, dans un petit hôtel, Carmen Maura est là pour parler de Reinas, le dernier film de Manuel Gomez Pereira. Pétillante et accueillante elle nous raconte son travail sur ce film avec une gentillesse extrême et un français irréprochable.

Votre rôle dans Reinas vous a permis de composer un nouveau type de personnage ?
Être habillée comme ça, c'était en effet assez nouveau pour moi. J'étais tout le temps en jupe et talons et ça m'a beaucoup amusé d'interpréter la méchante de l'histoire obsédée par l'argent. Le seul regret c'est de ne pas avoir eu de scènes avec toutes les femmes. J'ai surtout travaillé avec la comédienne argentine qui est une star dans son pays. On se promène avec elle dans la rue et les gens la reconnaissent.

 


Ça ne vous arrive pas en Espagne qu'on vous reconnaisse dans la rue ?
En Espagne, ma popularité n'a véritablement émergé qu'au travers du show télévisé que j'ai présenté pendant des années et pour lequel les scénaristes m'avaient écrit un personnage très spécial : celui d'une journaliste qui était en fait une comédienne. Le succès fut énorme parce que c'était juste au moment de l'arrivée de la démocratie. Le show est donc resté dans la mémoire des gens. C'était un des rôles les plus difficiles de ma carrière car c'était la seule fois où mon personnage était le seul à connaître les textes. Lorsque Pedro Almodóvara voulu me donner le rôle dans Qu'est ce que j'ai fait pour mériter ça, j'avais donc déjà acquis une certaine popularité et tout le monde lui a dit : « Tu es fou ! Personne ne va croire qu'elle est une femme de ménage ! On est habitués à la fille de la télé ! ». Mais il m'a quand même confié le rôle et c'était un cadeau énorme parce qu'il m'a beaucoup aidée à récupérer mon image de comédienne.

 

Concernant le film Reinas, comment s'est passé le premier contact avec le scénario ?
J'avais très envie de travailler avec lui, car ses comédies sont excellents même si elle ne sont pas vraiment très connues ici, en France. Quand il m'a envoyé le scénario, nous l'avons toutes les cinq aimé immédiatement, parce qu'on avait chacune sa partie. On était donc toutes à la même hauteur. J'ai tout de suite dit « oui ».

C'était une joie de tourner avec autant de stars espagnoles ?
Pour nous en Espagne, la relation entre les comédiens est un peu différente d'ici. C'est moins tendu. Et pour ce film, nous étions toutes sur un même pied d'égalité sur le tournage. Nous avions par exemple exactement la même caravane. Et puis je connais Veronika ainsi que Marisa depuis des années. Il n'y avait donc aucune forme de jalousie entre nous. Quand je suis sur un plateau je suis toujours très détendue. Il faut que tout le monde soit excellent au même moment sur un tournage. Je prends d'ailleurs ça comme un jeu : un jeu à deux, trois, quatre… et comme ça, c'est très amusant. Quand je dois travailler avec des jeunes, ils s'amusent beaucoup et ils sont contents parce que j'essaie toujours de les mettre à l'aise et de leur faire comprendre que ce métier n'a rien de difficile, c'est juste un jeu, un film.

 


Vous avez déjà travaillé avec Marisa Paredes dans La Reina Anonima, vous pouvez nous dire ce qui a changé chez elle en 13 ans ?
Rien n'a changé. Depuis tout ce temps, on rigolent toujours des mêmes trucs. Sa popularité a grimpé mais elle est toujours aussi détendue qu'avant.

 

Que pensez vous de la situation à l'égard des homosexuels décrite dans le film ?
Personnellement, j'ai beaucoup d'amis homo, donc c'est un sujet et un univers que je côtoyais bien avant de prendre part à ce film. Tout ce tapage autour du mariage gai, des droits revendiqués par les couples homosexuels… C'est l'attentat de Madrid qui a tout changé en fait car les mensonges ont alors volé en éclat. Les gens étaient furieux et pour une fois, les homosexuels n'étaient pas en retrait.

Pensez-vous que la sortie du film a changé quelque chose ?
En Espagne, Reinas a surtout été pris comme une comédie sans autre forme de considération. Et c'est finalement une pure coïncidence que sa sortie ait eu lieu au moment que ces évènements car le scénario avait été écrit deux ans auparavant. Le but initial n'était donc nullement d'adresser un message en particulier, notamment vis-à-vis des textes législatifs. Certains homosexuels se sont identifiés aux personnages du film et d'autres non. Mais avant tout, je crois que ce film parle des relations mères – fils.

 


Dans la même situation que votre personnage, comment auriez vous réagi ?
Sur le coup, je crois que j'aurais été choqué. Pas parce que je suis contre mais tout simplement parce qu'en tant que mère, on cherche à protéger son enfant. Et lorsque celui-ci vous annonce une pareille nouvelle, vous pensez avant tout aux difficultés insurmontables auxquels il va se retrouver confrontées dans sa vie de tous les jours.

 

S'il ne s'agissait pas d'un film espagnol, les mères auraient-elles réagi de la même façon ?
Les mères espagnoles sont plus maternelles que dans le film où elles sont très spéciales. Avec les pères c'est plus dur, parce qu'ils sont beaucoup plus machos. Les mères sont généralement plus conciliantes sur ce sujet.

Quel souvenir gardez vous des films que vous avez tourné en France ?
Mon rôle le plus important était celui de la Reine dans Le Harem de Mme Osmane dirigé par Nadir Mokneche. Mais tous mes rôles ont été très enrichissants notamment parce que j'aime beaucoup parler français. J'aime beaucoup travailler en Espagne car je connais toute l'équipe mais une ou deux fois par an, j'apprécie également de pouvoir travailler dans un autre pays car ce dépaysement est très enrichissant.

Y a-t-il un réalisateur avec lequel vous aimeriez travailler ?
Depuis le jour où j'ai dit « Woody Allen » et que cette réponse m'a poursuivi pendant des années, je n'y réponds plus. Il y a beaucoup de réalisateurs avec lesquels j'aimerais travailler et d'autres que j'aimerais découvrir. Je suis pour les films « d'auteurs européens ». Mon prochain film à sortir, Volver, marquera mes retrouvailles avec Pedro, 18 ans après Matador.

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