Ridley Scott en conférence de presse

Stéphane Argentin | 4 mai 2005
Stéphane Argentin | 4 mai 2005

Le 22 avril dernier, Ridley Scott était de passage à Paris pour la promotion de son nouveau film, Kingdom of heaven. À cette occasion, une rencontre avec les journalistes était organisée au sein du luxueux hôtel Georges V au cours de laquelle le metteur en scène a ainsi pu répondre à des questions aussi diverses que ses influences cinématographiques, sa direction d'acteurs ou encore son point de vue sur le support vidéo phare de ces dernières années : le DVD.

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Ridley Scott et la réalité historique dans Kingdom of heaven
« Tout ce qui concerne le personnage de Balian (Orlando Bloom) est fictif jusqu'au troisième acte du film lorsqu'il devient gouverneur de Jérusalem. À partir de ce moment là, Lord Bailan a effectivement défendu la ville avant de la remettre entre les mains de Saladin (Ghassan Massoud). Tous les autres personnages ont également bel et bien existé : le roi lépreux Baudouin IV (Edward Norton), sa sœur Sibylle (Eva Green), Guy De Lusignan (Marton Csokas). Le seul changement concerne Tiberias (Jeremy Irons) qui s'appelait en réalité Raymond. Mais comme nous avions déjà un Reynald dans le film (Brendan Gleeson), nous avons estimé que les deux noms, qui sont très proches, sèmeraient le doute dans l'esprit du public (surtout en anglais où les prononciations sont encore plus proches, NDLR). »

    

Ridley Scott et le conflit israélo-palestinien
« La première version du scénario s'ouvrait sur un hélicoptère Black Hawk qui survolait une petite chapelle de Jérusalem où Godefroy d'Ibelin (Liam Neeson) est enterré et à l'intérieur de laquelle deux correspondants de guerre avaient trouvé refuge pendant que des affrontements faisait rage à l'extérieur. Mais nous avons ensuite préféré éviter ce genre de parallèle entre l'histoire du film et le conflit et la xénophobie contemporaine. »


Ridley Scott et le Maroc
« J'étais déjà allé filmer Gladiator au Maroc. Puis, l'année suivante, j'y suis retourné avec 12 hélicoptères Black Hawk pour les besoins de La chute du faucon noir accompagné de 120 rangers qui étaient chargés de surveiller les appareils. Tout ce cortège parcourait quotidiennement Rabat, la capitale du Maroc, et tout s'est merveilleusement bien passé. À tel point que les habitants ont même fait office de figurants. Et lorsque j'ai annoncé que je voulais venir filmer Kingdom of heaven, le roi du Maroc a demandé à me voir. Il a commencé par me faire chevalier du Maroc et, après lui avoir exposé le contenu du film, il l'a soutenu en obtenant aussi rapidement que possible toutes les autorisations nécessaires et nous a également fourni un millier de ses hommes de troupes pour toute la durée du tournage. »


Ridley Scott et les musiques temporaires
« C'était la première fois que je travaillais avec Harry Gregson-Williams qui a composé environ 80 à 87 % de la bande originale du film. J'ai souvent employé des musiques temporaires pour mes films dans le passé et j'en ai toujours été très satisfait. Stanley Kubrick a tenté à de nombreuses reprises de faire écrire des compositions originales pour ses longs-métrages mais il n'est jamais parvenu à quelque chose de satisfaisant et c'est pour cette raison qu'il employait autant de musiques déjà préexistantes. »

Ridley Scott et ses influences cinématographiques
« Il me semble que le sens de l'honneur et de la chevalerie ont disparu à notre époque, y compris dans le sport et je le regrette. Quand j'étais adolescent, la plupart des films que je pouvais voir dans le nord de l'Angleterre étaient des productions hollywoodiennes. Donc, ma principale influence provenait des valeurs morales et iconographiques de ces longs-métrages. Et sans vouloir jouer les cyniques, tous les personnages que l'on y croise, qu'il s'agisse de chevaliers, de cow-boys, de pirates ou encore de flics sont systématiquement présentés sous un angle héroïque et sympathique tandis que leurs opposants sont décrits sous un angle beaucoup plus violent et radicalement opposé aux valeurs du héros.

Je n'ai donc eu que cette seule influence jusqu'à mon arrivée à Londres où j'ai découvert un cinéma « alternatif » et notamment presque toutes les œuvres d'Akira Kurosawa qui ont eu un énorme impact sur moi ; ou encore les films d'Ingmar Bergman tel que Le septième sceau. Mais j'ai toujours su, lorsque j'ai débuté en tant que réalisateur, que je ferais un jour un long-métrage sur les pirates, les cow-boys, les flics et les chevaliers. Jusqu'à maintenant, je n'ai traité qu'un seul de ces sujets. »


Ridley Scott et Orlando Bloom
« J'ai connu Orlando Bloom sur le tournage de La chute du faucon noir où il joue le rôle d'un soldat de la première équipe qui manque la corde pour descendre en rappel de l'hélicoptère. Lorsque ce genre d'évènement survient sur le terrain, vous perdez non pas un mais quatre hommes en tout : celui qui tombe, deux autres qui le ramassent et le quatrième qui couvre ses camarades. Et malgré le tout petit rôle qu'il tient dans ce film, Orlando a fait des tonnes de recherches et n'a cessé de me questionner au point de me rendre dingue. C'est là que je l'ai remarqué car son sérieux, son désir d'être au plus proche de la vérité me sont restés à l'esprit.


À présent, il a 27 ans mais a néanmoins conservé cette innocence du jeune soldat qu'il interprétait alors. Ce qui ne veut pas dire pour autant qu'il soit naïf, bien au contraire, c'est quelqu'un de très intelligent. Lorsqu'il a fallu choisir quel acteur pourrait interpréter le rôle de Balian dans Kingdom of heaven, j'ai avancé le nom d'Orlando Bloom. D'ordinaire, on ne remet que très rarement mes choix en question mais pour ce film au budget conséquent (110 millions de dollars, NDLR), le studio a émit quelques réserves et Orlando ainsi que deux autres acteurs ont dû faire un bout d'essai. »


Ridley Scott et la direction d'acteurs
« J'ai pour ainsi dire fait connaître Sigourney Weaver avec Alien, j'ai eu Russell Crowe pour pas cher sur Gladiator et Orlando Bloom pour encore moins cher. L'astuce lorsque vous dirigez un film, c'est de savoir dire « non » la moitié du temps. Mon approche en temps que réalisateur est aussi minimaliste que possible. Je choisis de bons acteurs et je m'entoure d'une équipe composée de personnes compétentes, de telle sorte que je n'effectue que de petits réajustements lorsque je n'obtiens pas ce que je souhaite. Le reste du temps, lorsque tout va comme je l'entend, je ne dis rien.

Les acteurs que je choisis sont toujours le fait d'une connexion qui s'est établie entre le comédien et moi. Ensuite, sur le plateau, je veille à leur laisser le plus de latitude possible tout en les mettant en confiance. Personnellement, je détesterais avoir en permanence un réalisateur sur le dos me donnant des directives pour jouer telle ou telle scène. Pour moi, avoir des acteurs aussi jeunes dans mes films, c'est comme emmener un enfant de deux ans dans une immense prairie et le laisser ensuite galoper. »

  

Ridley Scott et les doublages
« J'essaye dans la mesure du possible de surveiller le doublage de mes films mais c'est quelque chose de très difficile. J'ai personnellement toujours préféré voir un film en version originale pour apprécier le jeu des acteurs dans son intégralité et saisir toutes les nuances de l'histoire tout en disposant de sous-titres afin d'en comprendre le sens. Mais ce n'est malheureusement pas la tendance actuelle qui est de doubler les films. C'est aussi pour cette raison que je préfère choisir des mots simples et directs, afin que le sens demeure intact d'une langue à une autre. »


Ridley Scott et le DVD
« Le DVD est une formidable seconde chance, aussi bien pour le réalisateur que pour le public. La vision d'un film en salle ou bien chez soi sont deux expériences complètement différentes. Lorsque vous êtes chez vous, vous pouvez prendre un film sur l'étagère, le mettre dans le lecteur, faire une pause lorsque vous le souhaitez histoire d'aller chercher une bière dans le frigo, puis revenir et continuer votre séance. Lorsque vous êtes au cinéma, on se retrouve confronté à ce que j'appelle le syndrome M.A.C. : Mal Au Cul. »


Ridley Scott et l'édition spéciale de Blade runner en DVD
« Nous travaillions toujours dessus. » (Sic !!!, NDLR)

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