Satoshi Kon

Didier Verdurand | 3 décembre 2004
Didier Verdurand | 3 décembre 2004

Immensément respecté au Japon grâce aux remarquables Perfect blue et Millennium actress, Satoshi Kon (prononcez au féminin) était de passage au Forum des Images à Paris en décembre 2003, pour présenter Tokyo godfathers au festival des Nouvelles Images du Japon. Avant qu'il ne reparte au pays du Soleil-Levant, le talentueux animateur, qui a depuis réalisé la série Paranoïa agent pour la télévision, a accepté un tête-à-tête d'une dizaine de minutes, avec l'aide précieuse d'un traducteur tout droit sorti de Lost in translation. Arigato !

Plusieurs genres sont abordés dans Tokyo godfathers, comme si vous ne vouliez pas le ranger dans une catégorie…
Ce n'était pas une fin en soi de se retrouver avec une œuvre difficile à catégoriser. Je suis très attiré par la diversité, et cela s'est ressenti dans les différents développements de l'idée de départ.

La quête de l'identité est un thème que vous avez l'air d'affectionner, car vous l'aviez déjà abordé dans vos précédents films. Pourquoi cette obsession ?
Selon moi, c'est dans la quête de soi que l'on parvient à exister. Il en résulte aussi une quête d'intérêt dans tous nos actes. Je ne sais pas si on peut parler d'obsession, mais il est évident que mes films sont imprégnés de ma propre vision de la vie.

L'un des personnages principaux est homosexuel. Quelle en est la raison ?
À nouveau, cela provient de mon désir de diversité. Le personnage est physiquement masculin mais représente un caractère féminin. Je me suis intéressé à ce conflit intérieur, à cette complexité que j'ai trouvé bénéfique. Je n'ai pas d'homosexuels dans mon entourage, il a donc été nécessaire de faire un certain nombre de recherches dans des livres, mais en aucun cas je n'ai songé à représenter de la manière la plus réaliste qui soit l'image de l'homosexualité au Japon.

Que pensez-vous du travail de Pixar ?
En tant qu'artiste, je me sens très éloigné de la 3D et ne veux surtout pas m'en approcher ! Je peux regarder ces films sans déplaisir, mais j'ai une autre conception de l'animation, et ce n'est sûrement pas vers Pixar que je me tourne naturellement. Nous ne sommes pas du même univers, nous n'avons rien en commun.

Le succès de Miyasaki vous encourage-t-il à vous exporter ?
Pour être honnête, j'ai déjà du mal à savoir comment est perçu mon travail dans mon propre pays. Je n'ai pas le sentiment d'être aussi connu qu'on pourrait le croire au Japon. Je me concentre sur mon travail sans me soucier tellement de la manière dont il peut être accueilli, encore moins à l'étranger, mais cela dit, je suis ravi de pouvoir parler de ma passion à l'étranger.

Vous aviez un site Internet il y a quelques années. Pourquoi l'avez-vous abandonné ?
Il était malheureusement inconcevable d'imaginer avoir le temps de pouvoir m'occuper d'un site avec toutes mes autres tâches professionnelles. Il n'est pas impossible que j'y retourne cependant un de ces jours, car le web est un environnement qui me fascine.

Quelle est votre opinion sur l'intéractivité que proposent les DVD ?
Ce support est si remarquable qu'il est dommage, à mon avis, de le limiter à la vidéo. Il faut en exploiter tout le potentiel. J'aime beaucoup l'idée, par exemple, de mettre un storyboard sur le DVD. Deux versions de Tokyo godfathers sortiront au Japon (sorti depuis avril dernier, Ndlr). Une simple, et l'autre plus riche en bonus. Ceux qui s'intéressent à l'animation pourront voir les différentes étapes dans l'élaboration d'un tel projet.

Qu'en est-il de la version non animée de Perfect blue ?
Je ne sais pas grand-chose de ce film, qui est sorti de manière très confidentielle au Japon. Je n'ai rien à voir avec ce pseudo-remake, et je n'ai pas envie de le voir, d'ailleurs, car je n'ai entendu aucun avis positif à son égard.

Voudriez-vous tourner un film sans animation ?
Il n'est pas question pour moi de filmer des prises de vues réelles, du moins pour le moment. En revanche, je pourrais retourner prochainement à ma première activité, qui n'est autre que la bande dessinée, mais avant je vais me consacrer à la télévision.

(Propos recueillis par Didier Verdurand en décembre 2003.)

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