Nicolas Boukhrief (Le Convoyeur)

Didier Verdurand | 2 novembre 2006
Didier Verdurand | 2 novembre 2006

Quand Écran Large va chez Starfix... L'idée nous semblait trop belle, et Christophe Lemaire, ancien rédacteur de la revue culte des années quatre-vingt, l'a rendue possible en nous accueillant chez lui pour poser des questions à Nicolas Boukhrief, à l'occasion de la sortie du Convoyeur en DVD.

 

 

 

La violence du Convoyeur à l'écran reflète-t-elle la violence intérieure du réalisateur ?
Elle est bien en deçà ! (Rires.) Quand on fait un film, il y a une communication avec le spectateur et il faut garder un point de vue moral. Il arrive que des réalisateurs expriment leur violence sans réfléchir et je trouve que cela donne des films malsains.
(Christophe Lemaire ajoute : Man on fire !)

 

Un mot sur le box-office du Convoyeur. En deuxième semaine, il avait perdu environ 60% de ses spectateurs.
Il était sorti pendant les vacances et dès qu'elles se terminent, la baisse peut être lourde. À part Les Choristes, tout le monde avait chuté. Ensuite, j'ai trouvé que mon film a été un peu sous-distribué, car un bon écho était en train de se développer. Un film n'est un succès que par rapport à son budget. Nous avons un budget trois fois moins élevé qu'un film français du même genre, Nid de guêpes par exemple. Pour eux, le nombre d'entrées du Convoyeur n'est pas rentable. (En l'occurrence, Le Convoyeur a fait plus d'entrées que Nid de guêpes : respectivement 480 000 entrées contre 350 000, Ndlr.) Le film noir en France a du mal à sortir de la zone des 300 000 à 700, voire 800 000 entrées dans le meilleur des cas. Les Rivières pourpres, c'est une grosse machine et ça n'a rien à voir.

 

Tu n'es pas le premier à te plaindre d'un manque de soutien de Mars Distribution.
Il était question dès le départ de sortir cent soixante copies, mais tu ne lâches pas le film trois semaines avant sa sortie aux exploitants, c'est leur boulot de créer une envie. Aucun journaliste n'est venu sur le plateau, et dès qu'ils l'ont vu en projection, un certain enthousiasme s'est fait sentir. À l'arrivée, le nombre de copies n'a pas été égal à l'engouement. À Antibes, ma ville natale, il n'y a pas eu de copies, alors qu'on l'avait demandé. Pareil à Rennes, d'où vient Dupontel. J'ai donc le sentiment que le distributeur a été absent, du début à la fin.

 

 

 

 

Tu avais déclaré, à la sortie du film, qu'il y aurait deux making of. Où est passé le deuxième ?
Le premier était passé sur Canal + et j'ai trouvé qu'il faisait très promo quand je l'ai revu. Il y avait aussi de nombreux extraits du film, donc il était plus dans le contexte de la sortie en salles. Concernant le DVD, j'étais obsédé par l'idée qu'il soit à 19,90 euros plutôt que 27 ou 28, parce que ça compte, notamment pour des mômes de 15 ans. Je préfère qu'il se tape un Ferrara et mon film au lieu d'un seul DVD du Convoyeur dans une Supra édition Collector bourrée de bonus. N'ayant pas d'argent en surplus avant le tournage, je n'ai pas pensé aux suppléments, surtout que si j'avais eu 200 000 balles supplémentaires, je les aurais mis dans le film, pas dans le making of. Un jeune homme est donc venu quand il pouvait et quand nous avions les moyens de le payer. Je déteste que quelqu'un soit sous-payé, donc je préférais le voir seulement quelques jours.

 

Il est en tout cas très réussi, et on a l'impression d'être au coeœur du film.
Ce môme était très bon, il était partout avec sa caméra ! Je n'aime pas qu'on me filme en train de travailler et je n'arrêtais pas de le jeter. En voyant le making of, j'étais surpris de voir tout ce qu'il avait filmé sans que je le vois, il a été très fort ! Je n'arrive pas à comprendre qu'un technicien qui se donne à 100% sur un plan compliqué puisse trouver le temps de répondre à des questions, donc il avait seulement cette interdiction.

 

Tu parles du making of des Rivières pourpres 2 !
Chacun son truc, mais je ne suis pas touché par la folie des making of, ça devient n'importe quoi. Toutes proportions gardées, celui de Shining, qui dure huit minutes, me suffit amplement ! L'autre jour, je lisais un article qui parlait d'un bonus de je ne sais quel DVD, et c'était sur les scènes coupées du making of ! Quand on me demande ce qu'est un bon DVD, je réponds un bon film !

 

Autre bonus qui vaut le détour sur ton DVD : les projets d'affiche.
Trois agences ont bossé dessus, et il me semblait intéressant de montrer ce que c'était de chercher une affiche. Tout comme la présence des promo reel que je regardais énormément du temps de Starfix. J'ai fait moi-même celui du Convoyeur pendant le tournage, pour le vendre à l'étranger, et comme il a été efficace, j'ai voulu le présenter sur le DVD. Le tout sans commentaire, parce que je trouve que nous vivons une époque surcommentée.

 

Les ventes à l'étranger ont donc été satisfaisantes ?
Grâce au promo reel, les producteurs l'ont vendu très vite, quelque chose comme huit mois avant sa sortie, et ils l'ont un peu regretté finalement, car ils auraient pu le vendre plus cher. Ils ont plus dû le vendre aux télés que pour des sorties salles, mais cela m'est complètement égal.

 

On commence à comprendre l'absence de commentaire audio...
Je pense qu'il faut attendre cinq ou dix ans avant de faire un bon commentaire. Quand un réalisateur revoit son film, il ne voit souvent que ses défauts, et cela m'est arrivé pour Le Plaisir, que j'avais commenté à chaud. Des gens m'ont dit après qu'ils n'avaient pas vu tel ou tel détails qui n'allaient pas avant de m'écouter, donc finalement, où était l'intérêt ?! À l'origine, Dupontel, Dujardin et Berléand devaient en faire un ensemble, mais malheureusement ils bossent tellement qu'on n'a pas pu s'organiser. J'en aurais volontiers fait un pour Va mourire, mon précédent film, mais il ne sortira probablement pas de sitôt en DVD.

 

Qu'en est-il exactement du projet Silent hill, de Christophe Gans ?
J'ai travaillé sur un traitement de quarante pages avec Christophe. Le scénario est en cours, écrit par Roger Avary. Samuel Hadida produit et le tournage devrait commencer en février, mars. Quand tu joues au jeu, tu es passionné par cet univers absolument incroyable, mais quand tu analyses le scénario du jeu vidéo, tu t'aperçois que c'est bourré d'invraisemblances. J'ai fait énormément de recherches. Le 1 est plus obscur que le 2. Le 3 est sensé répondre aux questions qu'on se posait dans le 1 et il est trop alambiqué à mon goût. La difficulté de l'adaptation était de tout simplifier sans trahir. J'ai rencontré des fous du jeu qui me répondait : « Oui, ta question est intéressante, ça fait deux ans que je réfléchis dessus... » (Rires.) Ce genre de fans me tireront probablement dessus, parce qu'ils ont leur Silent hill dans leur tête et ils seront forcément déçus.

 

Il n'est pas trop déçu d'avoir abandonné Rahan ?
Il pourrait le faire après.

 

 

 

 

Tu te verrais faire un remake ?
Pas d'un film que j'ai adoré en tout cas. Il y a les remakes déguisés aussi. Je trouve monstrueux qu'un gamin qui verra un jour Assaut puisse se dire « Tiens, ça ressemble à Nid de guêpes. » Tu peux avoir envie de faire un Nid de guêpes à la française, mais de là à piquer le meurtre des gamins, là c'est du vol, de la contrefaçon. C'est comme dans les films de Kassovitz où il y a des piquages de plan, je trouve ça honteux et il le sait. Depuis Les Rivières pourpres, il renie un peu ses films en disant que c'est une commande, qu'il n'était pas totalement libre, enfin que des bonnes excuses pour que je ne les regarde même plus. Ça me rend teigneux, parce qu'on a tous cru en lui.

 

Toujours pas attiré par Hollywood ?
Une agence m'a contacté, et je les ai rencontré... Le patron de l'agence, qui passait par la France, me regardait comme si j'étais un petit joueur de football sénégalais devant l'entraîneur du PSG ! Mais le problème est de trouver un bon scénario. Quand je vois que Kassovitz ne peut pas trouver mieux que Gothika, je me dis que moi, avec ma carrière... La démarche de Jean-François Richet (NLDR/ Boukhrief ayant participé au premier stade d'écriture du scénario d'Assaut avec le réalisateur), c'est-à-dire de se tourner vers les États-Unis pour trouver des financements, me plairait plus.

 

Si vous voulez en savoir plus sur le film, entendre d'autres révélations de Nicolas Boukhief, en connaître plus, notamment sur la structure originale du scénario et sur la façon dont elle est née, sur la fin alternative non retenue et sur quelques scènes clef qui lui tiennent à cœur, il ne vous reste plus qu'à cliquer ici et à écouter en Quicktime les propos oraux du réalisateur, enregistrés au cours de la longue interview qu'il nous a accordée.

 

 

Propos recueillis par Laurent Pécha et Didier Verdurand. Un grand remerciement à Nicolas Boukhrief pour sa disponibilité, et à Christophe Lemaire pour son hospitalité.

 

Bonus


Si Starfix existait encore aujourd'hui, quel metteur en scène défendriez-vous ?
Christophe Lemaire : Michael Mann, sans hésiter.
Nicolas Boukhrief : Master and commander a été un film sous-traité, la presse aurait pu dire la bombe que c'était. Les Lois de l'attraction était formidable et il est passé complètement inaperçu. Au contraire, je viens de voir Old boy que je n'ai pas du tout apprécié. Trop prétentieux et pas assez populaire.
CL : Je préfère Sympathy for Mr. Vengeance.
NB : Shyamalan, c'est avec Le Village que les gens ont le plus parlé de lui, alors que c'est son plus mauvais film ! Alors que je trouve génial Incassable. Nous mettrions aussi Michel Gondry en avant.

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