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Sofia Coppola est-elle la grosse arnaque de ces 20 dernières années ?

Par La Rédaction
9 décembre 2020
MAJ : 21 mai 2024
51 commentaires

On revient sur sur la carrière de la réalisatrice. Est-elle vraiment à la hauteur de sa réputation ?

photo, Kirsten Dunst

On revient sur la carrière de Sofia Coppola.

De sa naissance auréolée de succès avec Virgin Suicides et Lost in Translation, à des films qui ont divisé comme Marie-Antoinette et Somewhere, la fille de Francis Ford Coppola est devenue en l’espace de quelques années une superstar adulée, incarnant une certaine idée du cinéma d’auteur américain. 

Après six longs-métrages au cinéma (et un sur Netflix) et avant son On The Rocks pour Apple, la carrière de Sofia Coppola intrigue et interroge. La réalisatrice a ses fans passionnés, mais aussi ses détracteurs, parfois très violents. Le public s’est déplacé en masse pour Lost in Translation, mais la plupart de ses films rencontrent des succès timides en salles.

D’où question brutale mais sincère : son cinéma, présenté et considéré comme le haut du panier, est-il une arnaque qui s’est peu à peu révélée au fil des films ?

MAJ : Dossier publié initialement lors de la sortie du film Les Proies en août 2017

 

Photo Sofia CoppolaSofia Coppola sur le tournage de Lost in Translation avec Scarlett Johansson

 

VIRGIN SUICIDES 

Quand on sait que Virgin Suicides est un premier film, nul doute que la carrière de Sofia Coppola était promise à un immense succès mérité. Adapté du roman de Jeffrey Eugenides, ce premier long-métrage raconte la vie des cinq soeurs Lisbon dans une banlieue bougeoise et puritaine des années 70 après la tentative de suicide de la plus jeune d’entre elles : Cécilia.

Il est rare de découvrir des premiers essais aussi réussis. Avec seulement 6 millions de dollars, la cinéaste livre ici une des ses plus belles œuvres cinématographiques. Loin de simplement adapter le bouquin original, elle livre une réflexion poussée sur de nombreuses thématiques : l’adolescence et ses difficultés évidemment, mais aussi les dangers d’une société traditionelle enfermée dans le passé ou le rôle primordial des médias dans la conscience populaire.

Alors oui, quand on connait la suite de la carrière de Sofia Coppola, on ne pourra s’empêcher d’imaginer que Papa Francis Ford (seul film de sa fille où il était vraiment actif dans la production) veillait au grain derrière la caméra, permettant ainsi l’aboutissement d’une œuvre riche et intelligente. Mais pour éviter de faire nos langues de vipères, on se contentera de souligner la maturité impressionnante de la jeune réalisatrice, formellement et scénaristiquement. Et de la remercier d’avoir surtout donné à Kirsten Dunst son premier grand rôle.

 

Photo Kirsten DunstKirsten Dunst et Sofia Coppola : double naissance, sur la mélodie de Air

 

LOST IN TRANSLATION 

Le film coup de cœur de nombreux spectateurs, et celui qui a permis à Sofia Coppola de naître, plus encore que Virgin Suicides. C’est d’ailleurs son plus gros succès en salles à ce jour, avec près de 120 millions de dollars pour un budget d’environ 4 millions, et celui qui lui a offert l’Oscar du meilleur scénario (en plus d’une nomination comme meilleure réalisatrice).

Si Virgin Suicides était l’adaptation d’un livre, Lost in Translation vient du cœur de Sofia Coppola : elle s’est inspirée du temps qu’elle a passé à Tokyo dans sa vingtaine, alors qu’elle avait créé une société de vêtements appelée Milkfed. Peut-être parce qu’elle était encore une cinéaste fragile, lancée par un premier film très remarqué mais pas encore adulée et célébrée, cette romance platonique est habitée par une douceur irrésistible. A l’image d’une Scarlett Johansson qui n’était pas encore une superstar, Lost in Translation a le charme d’une naissance, d’une éclosion. D’où un caractère précieux et intime, presque magique.

Rien d’une arnaque donc, sauf peut-être pour ceux qui ont découvert le film pendant ou après le phénomène, avec en tête l’idée qu’ils allaient voir un grand film incontournable. C’est un piège : la valeur de Lost in Translation repose en grande partie sur sa fragilité et sa surprise, comme une douce caresse inattendue.

 

Photo Bill Murray, Scarlett JohanssonUn couple mémorable

MARIE-ANTOINETTE 

De loin le plus ambitieux et lourd projet de Sofia Coppola, avec 40 millions de budget (son film le plus cher depuis est Les Proies, à 10 millions), et un tournage exceptionnel au château de Versailles. L’intention est noble : dresser un portrait moderne et libre de Marie-Antoinette, dernière reine de France et figure contestée. Sur le papier, c’est un écrin en or pour la cinéaste, fascinée par les personnages féminins mélancoliques, écrasés par les lois de leur époque. Femme-enfant par excellence, l’Autrichienne est l’occasion pour Sofia Coppola de transporter ses obsessions dans un tout nouveau cadre, de les pousser à leur paroxysme dans le fond comme dans la forme, comme un gigantesque et luxueux défi posé à son propre cinéma.

Sauf que le résultat est en demi-teinte. Ce n’est pas anodin si l’apparition rapide d’une paire de converse au détour d’un plan et l’utilisation de musiques contemporaines comme New Order ont été un sujet de discussion plus intense que le film lui-même : Marie-Antoinette est terriblement bancal. Il y a certes un charme à voir Sofia Coppola promener sa caméra dans les couloirs de Versailles avec une liberté qui frôle l’impertinence, mais les deux heures se révèlent parfaitement inégales, coincées entre des élans euphoriques et des scènes plates. Même les larmes de Kirsten Dunst semblent fausses, à l’image d’un film clinquant aussi précieux que du plaqué or. Un peu d’arnaque donc dans cette production fastueuse, qui s’est rêvée – et vendue – plus grande qu’elle n’est.

 

Photo Kirsten DunstKirsten Dunst avait de quoi être ravie, sur le papier

 

SOMEWHERE 

Retour à un cinéma plus humble à 7 millions de dollars, dans un cadre familier aux antipodes de Versailles : le soleil californien, Hollywood, et l’histoire d’un acteur amer qui redécouvre sa fille de 11 ans. De là à imaginer que la réalisatrice a fait une fantastique marche arrière après l’accueil mitigé de Marie-Antoinette pour revenir en territoire moins dangereux, il n’y a qu’un petit pas.

Il y a quelque chose de désespérement poseur dans cette comédie dramatique prémâchée, qui illustre certaines limites du cinéma de Sofia Coppola : un cinéma qui tourne en rond, surcharge de sens certaines images, meuble aussi beaucoup le vide. La boucle formée par la scène d’ouverture, où le héros tourne littéralement en rond dans le désert en voiture, et la fin, où il décide de se libérer pour marcher vers l’inconnu dans une imagerie quasi publicitaire, en est une belle démonstration. Avec la première illustration d’un grand mal dans la filmographie de la fille Coppola : le syndrôme « tout ça pour ça ». Toute ça pour raconter une histoire si simple, enfoncer des portes ouvertes sur la célébrité, la mondanité, les rapports père-fille.

Lorsque la réalisatrice filme le vide, avec le quasi running gag des deux strip-teaseuses ridicules, il n’y pas le coeur et le regard de Lost in Translation. Si le film tourné au Japon avait sublimé l’ennui pour en tirer une certaine magie, Somewhere s’y vautre avec complaisance. Coppola semble trop sûre d’elle, parfois trop satisfaite de son livre d’images anti-hollywoodien pour en dire quelque chose.

Somewhere a néanmoins décroché le Lion d’or à Venise – certains diront que la présence de Tarantino à la tête du jury n’y est pas pour rien.

 

Photo Stephen Dorff, Elle FanningLe vide, featuring Stephen Dorff et Elle Fanning 

THE BLING RING

Il est intéressant de constater à quel point, plus de dix ans après Virgin Suicides et Lost in Translation, la cinéaste semble avoir délaissé le regard si pertinent et si doux qui faisait le charme de ses deux premiers essais, Ici, Sofia Coppola s’inspire d’un fait réel qui s’est déroulé à la fin des années 2000 aux Etats-Unis : un groupe de jeunes, surnommé Bling Ring, s’introduisait chez des célébrités pour leur voler des bijoux, vêtements et autres objets de valeurs.

Voici le pitch du film et on peut s’arrêter ici car dans The Bling Ring, Sofia Coppola ne dit rien de plus. Pendant 1h30, la réalisatrice se contente de filmer ses personnages à travers une mise en scène d’une rare platitude dans sa filmographie. Là où dans Virgin Suicides, elle développait des thématiques pour poser des questions passionnantes, elle se contente ici de raconter les faits sans rien en faire. Résultat, on se demande vraiment quel est l’intérêt de s’attaquer à cette histoire pour n’en tirer aucune question morale ou sociétale profonde… et on s’ennuie ferme.

Pire : lorsque le film se termine avec le personnage sorti de prison qui vante à la télévision son site internet pour surfer sur sa triste et maigre célébrité, le discours de Bling Ring semble terriblement évident et fade, avec la sensation que le film entier repose sur une critique facile de la jeunesse qui était visible dès la lecture du pitch.

La seule chose qu’on pourra louer du projet, c’est sa préparation. Avant le tournage, Sofia Coppola avait demandé à ses actrices (dont Emma Watson) de réaliser un faux cambriolage pour qu’elles s’imprégnent de leur rôle. Une expérience qui aurait pu porter ses fruits si derrière, la réalisatrice avait su en tirer profit dans le jeu de ses comédiennes. Malheureusement, ce n’est même pas le cas. Zéro pointé.

 

Photo Emma Watson, Bling Ring« Photo souvenir : tourner avec Sofia Coppola c’est top, m’en fous du scénario »

 

LES PROIES

Après s’être tournée vers des actrices et acteurs méconnus voire inconnus (à l’exception d’Emma Watson) dans son dernier film The Bling Ring, Sofia Coppola ne prend pas de risques avec Les Proies et met la barre très haute. En effet, son casting impressionne. Entre les retours bienvenus de Kirsten Dunst et Elle Fanning et ses premières collaborations avec Nicole Kidman et Colin Farrell, la réalisatrice américaine s’octroie les services de grandes stars hollywoodiennes et dans le même temps s’assure logiquement leur talent de comédiens.

Et dès les premières minutes de l’adaptation du livre de Thomas P. Cullinan, on se dit que la cinéaste tient enfin son premier grand film depuis Lost in Translation voire Virgin SuicidesLes acteurs sont bons, l’ambiance est parfaitement travaillée et l’esthétique très raffinée. A l’opposé de son précédent long, Sofia Coppola offre une réalisation dynamique, décide enfin de ne pas utiliser de bande-originale (dieu merci !) et d’user du silence pour sublimer l’atmosphère pesante du huis-clos.

Cependant, la promesse de la première demi-heure ne va pas durer. Son scénario accumule les incohérences scénaristiques avec des personnages confus. Puis, une fois n’est pas coutume, Sofia Coppola nous donne le sentiment d’aller nulle part. Elle semble raconter une histoire pour le simple plaisir de la coucher sur pellicule sans développer un propos ou une réflexion poussée sur un sujet ou un thème précis. Dommage. Sans parler de la mise en scène à l’ouest dans le final et son dernier plan totalement raté. La sensation, au final, d’une entreprise un peu vaine donc, et d’une belle coquille vide.

Pourtant, malgré tout ça, on aurait presque envie de dire qu’après dix ans de déceptions plus ou moins grandes, voire d’errance, voire de vacuité cinématographique (selon les avis), Les Proies redonne enfin espoir dans la cinéaste. La renaissance est-elle enfin arrivée ?

 

Photo Colin Farrell, Elle FanningColin Farrell enivré par Elle Fanning (toujours là)

 

BONUS

A VERY MURRAY CHRISTMAS 

On doute parfois de la qualité des longs-métrages de Sofia Coppola, que ce soit au niveau de leur scénario un peu vain (Somewhere) ou totalement superficiel (The Bling Ring), ou que ce soit au niveau de leur mise en scène inégale (Marie-Antoinette) ou inexistante (The Bling Ring encore). Mais on ne pourra cependant pas lui reprocher de parler de choses qu’elle n’affectionne pas ou qui lui sont personnels. Qu’elle le fasse plus ou moins bien, elle a au moins le mérite d’aimer ses projets et de les chérir.

Mais avec A Very Murray Christmas, on a qu’une envie : éteindre l’écran et ne jamais le rallumer. Alors oui, parfois les temps sont durs et on sait qu’avec les recettes minimes successives de Somewhere et The Bling Ring, Sofia Coppola avait besoin peut-être d’argent (rires). Mais ce n’était pas une raison pour offrir ses services à Netflix et pondre une daube pareille. D’habitude, la cinéaste se démène pour cacher le vide de certains de ses scénarios ; ici elle ne se donne même pas ce mal et se contente de faire défiler un parterre de stars chantant (il faut le souligner) affreusement mal, des chansons de Noël. Pire : elle qui nous faisait adorer Bill Murray dans Lost in Translation arrive presque à nous dégoûter du comédien.

Pour éviter qu’elle nous refasse une aussi grosse infamie pour l’argent, on vous supplierait presque de vous ruer sur On the Rocks à sa sortie sur Apple ou en salles.

 

Affiche 

Rédacteurs :
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51 Commentaires
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LaTeub

Cinéma qui se regarde le nombril. Ça se veux tellement intelligent et subtil que s’en est creux et vide de sens. Pour bobos et hipsters uniquement.

Fab

Voilà c’est ça. Filmer des petits riches qui se font chier. Une pure arnaque cette fille !

Super Castor

Brillante cinéaste

corleone

Ses 2 premiers films sont des bijoux d’émotion mais tout le reste de sa filmographie peut concourir au prix du film le plus ennuyeux de l’univers.

Bien vrai

Y a bien que les socialopes droitdelhommistes et les féminazies flocons de neige, plus ou moins acoquinés avec les merdias pour aimer ce genre de cinéma.