Alien, Logan, Deadpool : le retour des films classés R est-il vraiment une bonne nouvelle ?

Simon Riaux | 11 mai 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 11 mai 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Depuis des années et l’avènement de blockbusters toujours plus industrialisés, le fantasme de voir revenir sur les écrans des super-productions « adultes » s’est fait plus pressant. Mais alors que débarquent plusieurs blockbusters classés R (interdit aux moins de 17 ans non accompagnés d'un adulte, selon la classification américaine) aux Etats-Unis, cet affrontement fait-il vraiment sens.

On se sera réjouis de la violence cartoonesque et décomplexée de Deadpool, on aura accueilli avec bonheur le ton radical de Batman v Superman : L'Aube de la justice puis acclamé la sauvagerie de Logan, avant de rendre notre petit déjeuner devant le déluge gore d’Alien : Covenant. Autant de productions qui se seront imposées, promotionnellement, publiquement et artistiquement, grâce à un contenu plus dur que la majorité de leurs concurrents.

 

XenomorphAlien : Covenant est l'épisode le plus sanglant de la saga initiée par Ridley Scott

 

Il ne fait aucun doute que si les films précités avaient eu à batailler avec la réglementation du PG-13 ("accord parental recommandé, film déconseillé aux moins de 13 ans", selon la classification américaine), ils auraient perdu énormément de leur substance, et pris le risque de frustrer un public pour lequel la violence intrinsèque de ces créations fait partie de leur ADN.

Du coup, nombreux sont ceux qui se demandent si le salut du blockbuster hollywoodien ne passerait pas par la mise en chantier de films plus âpres, refusant l’exigence préalable visant à rassembler la plus large audience potentielle. Un questionnement d’autant plus logique que beaucoup de séries ont su capter en masse des spectateurs en quête de divertissement plus bruts et jusqu’au-boutistes que ce que leur proposait Hollywood au cinéma. Mais les choses sont-elles si simples ?

 

Photo Dafne KeenQu'aurait été Logan sans les accès de violence juvéniles de X-23 ? 

 

LE GOÛT DU SANG

Il suffit de regarder un épisode du Spartacus produit pendant 3 saisons par la chaîne Starz, de Game of Thrones ou d’Hannibal pour constater que le grand public est très loin d’être réfractaire aux scènes graphiques, violentes ou chargées en sexualité débridée. On pourrait même arguer très sérieusement que pendant que les multiplexes se focalisaient sur le jeune public, les spectateurs en quête de produits moins calibrés se sont très naturellement tournés vers le petit écran.

À ce titre, les grands succès rencontrés par Netflix avec ses Daredevil et autres membres des Defenders, en rupture tonale évidente avec le reste de la production Marvel, tend à démontrer que ceux que le grand écran a laissé de côté ne l’ont pas attendu bêtement. Rien d‘étonnant donc à ce qu’Hollywood leur fasse à nouveau du pied.

 

goreL'art du carpaccio pour adultes, selon Game of Thrones

 

De plus, ne pas s’embarrasser avec les limitations du PG-13 peut permettre une plus grande fidélité à un état d’esprit ou un matériau d’origine. Si les premières aventures solo de Wolverine ont tant déçu, c’est sans doute en partie dû à leur orientation, qui dénature totalement la brutalité sanglante inhérente au héros. Une orientation logique dans les réunions X-Men, exigeant une unité de ton de par la quantité de personnages, mais impardonnable dès lors qu’un récit se focalise sur le personnage griffu et associable.

De même, c’est justement le refus de s’avancer sur le terrain du divertissement provocateur et gorasse qui a bloqué des années durant l’adaptation de Deadpool, jusqu’à ce que Ryan Reynolds soit en mesure de trouver une structure budgétaire permettant de le transposer à moindre coût, tout en démontrant l’intérêt d’une vaste audience pour la licence.

 

Photo Laurence FishburneLa série Hannibal a offert quelques moments extrêmes

 

Ainsi, on peut effectivement attendre d’œuvres au contenu moins grand public une orientation plus compatible avec les aspirations de leurs spectateurs, ou à tout le moins cohérentes avec les sujets et les matières qu’elles adaptent.

 

MONEY MONEY

Mais on aurait tort de croire que ce regain d’intérêt pour les démembrements et patouillages de tripes modifie profondément le paradigme énoncé plus haut. Si quelques films classés R ont fait leur (beau) trou au box-office, ils ne peuvent pas prétendre concurrencer les leaders en la matière.

Ainsi, Disney – et tous les autres studios – n’ont aucun intérêt à changer de braquet. Industriellement parlant, les plus gros scores sont toujours assurés par des produits familiaux, et si la Fox a pris de gros risques cette année (Logan, Alien : Covenant ou encore Deadpool 2,  prévu pour 2018), elle fait figure d’exception.

 

Photo Tim MillerDeadpool, celui par lequel le gore arrive ?

 

De même, le problème de base demeure le même : les films classés R (interdit aux moins de 17 ans non accompagnés d'un adulte) s’adressant par définition à un public plus restreint, ils représentent arithmétiquement un plus gros risques financiers. Il suffit pour s’en rendre compte de réaliser combien Hollywood préfère produire du PG-13, même en matière d’horreur. Et si le producteur Jason Blum, via sa société Blumhouse (Sinister, Insidious, American Nightmare), peut donner le sentiment d’un changement de politique grâce à ses énormes succès, ne perdons pas de vue que la firme produit exclusivement des micro-budgets et qu’elle ne les distribue pas uniquement en salles, loin de là.

 

Insidious 2 a coûté 5 millions, et en a rapporté 161

 

BON SANG NE SAURAIT MENTIR

Enfin, l’éternel débat autour de la classification des œuvres semble définitivement un faux débat quand on s’arrête un peu sur la capacité de certains metteurs en scène à transcender les barrières de la classification.

 

Photo du filmQuand on s'inquiétait moins de l'absence de films classés R...

 

Le Dark Knight de Christopher Nolan ne contient quasiment aucune goutte de sang et fait son possible pour dévoiler le moins possible visage de Double-Face, ce qui ne l’empêche nullement de prétendre à être une création adulte et mature (ce qu’on aura souvent reproché à la vision du réalisateur).

Qui aurait cru que Jusqu’en enfer avait été classé PG-13 ? Sûrement pas les âmes sensibles qui ont senti leur petit déjeuner faire un coucou inattendu à l’occasion des nombreux délires vomitifs du film de Sam Raimi. Même constat avec un Taken, dont personne n’a remis en question l’impact, malgré une classification similaire.

 

Sam Raimi, ou comment offrir un pur shot horrifique sans être classé R.

 

L’avenir nous dira si le Dunkerque de Nolan parvient à retranscrire la gravité de la Seconde Guerre mondiale sans éparpiller ses comédiens, mais tout laisse à penser que le cinéaste s’est justement efforcé de créer l’horreur par la contrainte de la mise en scène, plus que par une démonstration bouchère.

On peut donc se réjouir du retour au cinéma de productions plus violentes, classées R, mais ne nous leurrons pas : la question véritable, celle de la qualité des œuvres, reste au final tout à fait indépendante de cette salissante question. 

 

PhotoSur le Covenant, le capitaine Scott assure un sympathique petit déjeuner à toute son équipe. 

Tout savoir sur Alien : Covenant

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commentaires
LE FLAMNARD
17/05/2017 à 20:59

Les films ne sont pas assez gores.

Rorov94
12/05/2017 à 21:51

Jodie foster se prends du foutre dans la gueule dans «le silence des agneaux»,comme ben stiller(mary à tout prix),

kolby
12/05/2017 à 10:49

@jere
expendable3 a fait benefice seulement pas ce qui esperait la production

kolby
12/05/2017 à 10:40

Ca m'etonne qu'on ne parle pas de expendable 3 qui a eu ce probleme jusqu'a la sortie...

RRR
11/05/2017 à 17:39

Et le sexe dans tout ça ? Tout ce R pour nous montrer du sang, mais jamais de sperme qui est je le rappelle le liquide reproducteur du genre humain ?

Jere
11/05/2017 à 17:30

Nolan est un putain de bon réalisateur, avec une direction d acteur hors norme, le fais d avoir un sacrée casting cela fais dépassé la foule, Dunkerque sera un succès je le pense et j irais le voir mais l aimer c est autre chose, le film que j ai détesté est world war z putain ça aurais eu de la gueule si il y avais eu du sang déjà un peu... C est très difficile de me dire d aller voir un film de zombie sans sang sans violence sans tâcher...

Diddy
11/05/2017 à 16:04

Nolan n'y parviendra pas. Souvenez-vous de The Dark Knight Rises et de ce "combat" géant dans les rues de Gotham entre la police et la milice ARMÉE de Bane... Ridicule et ratée, à cause de ces restrictions de classification (les mecs qui tirent au sol, des centaines de figurants livrés à eux-mêmes, se tapant gentiment dessus, etc...). The Dark Knight (Joker) était davantage un thriller psychologique, sans bataille ni réel conflit physique. Le PG-13 s'en ressent donc moins, il passe mieux.
Dunkirk a fait des milliers de morts. C'est un film de survie, certes, mais il s'agit avant tout d'un épisode d'une des guerres les plus destructrices et charnelles de notre Histoire. La version proprette de Nolan s'annonce comme un dur exercice se dirigeant droit dans le mur. Fuck.

Jere
11/05/2017 à 16:03

Perso, pour moi la violence ne doit pas être graphique mais nécessaire par rapport à ce qui est proposé, certain sont obligés d être forcément violent d autre moins... Mais j ai regretté le manque de sang de certain film...C est comme si bravehaert étais expurgés de sang heureusement que certains colle à la réalité mais je pense avoir du mal avec le nouveau Nolan, je sais qu il est très bon mais un film de guerre sans sang niveau crédibilité j ai du mal, même si j ai pas de doute de la raison qui le pousse à. Ça... Expendable 3en à fait les frais et pourtant il est pas rentré dans ces sous... Je pense que c est juste à celui qui fera le plus d entrés... C est dommage... C est mon avis...

stivostine
11/05/2017 à 15:55

ouiii vive le R !!!

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