Gérardmer 2012 : jour 4

Simon Riaux | 29 janvier 2012
Simon Riaux | 29 janvier 2012

Même au pays des lutins carnivores et des fées cannibales, il y a des jours avec et des jours sans. Ce samedi 28 janvier fut carrément un jour sang. Une panne d'oreiller généralisée faillit nous priver de Karim Hussain, l'un des sept réalisateurs de la formidable anthologie The Theatre Bizarre, qui fit quasiment rendre l'âme à un spectateur. En effet, un jeune homme, pourtant dans la force de l'âge, défaillit lors du segment de l'ami Hussain, où l'utilisation par trop oculaire d'une seringue rouillée lui fit un effet bœuf. À en croire l'équipe de Wild Side dépêchée sur les lieux, le film en serait déjà à sa cinquième victime. Toutes seraient masculines. The Theater bizarre disait donc vrai : les mâles, c'est plus ce que c'était.

 


Oubliez les puissants J'ai rencontré le Diable et autres Blood Island, 2012 ne sera pas l'année de la Corée, du moins pas pour nos amis Vosgéens ni pour la Team EL. Nos espoirs furent douchés par le laborieux The Cat, dont certains passages pourront toutefois satisfaire les sociopathes occupés à traquer sur youtube des vidéos de chatons kawaï. Cette histoire de minou hanté (rien à voir avec Teeth !) se garde bien de toute originalité, et s'efforce de recycler l'intégralité des poncifs horrifiques venus d'Asie depuis quinze ans. Les retardataires pourront se mettre à la page : gamine nécrosée, frayeurs létales, dressings piégés, yeux révulsés, revenant rendu belliqueux par un traumatisme passé, tout y est. Sans compter que le scénario s'avère incapable de laisser un quelconque espace à un autre personnage que la récalcitrante héroïne, et ne peut pour maintenir un semblant de tension que multiplier les apparitions fantomatiques. Ce dispositif tristement prévisible finit par tourner au ridicule lors d'un épilogue qui mélange audacieusement Ring, Dark Water et L'Incroyable voyage (pour les matous), soit une certaine idée du pillage nauséeux.

 


Fils du défunt George Pan Cosmatos (Of Unknown Origins, Rambo 2, Cobra), Panos Cosmatos s'essaie pour sa première réalisation avec la SF à tendance cérébrale et alambiquée, et pas pour le meilleur. Situé en 1983 et suivant les expérimentations d'un scientifique sévèrement perturbé qui recherche l'origine de la peur en tourmentant son cobaye féminin, Beyond the Black Rainbow apparait vite comme un pensum qui passe complètement à côté de son sujet. Voulant faire de l'anticipation sans utiliser de SFX visuels mais par sa photo censée être "arty" (en fait une surabondance de filtres rouges!) et son montage syncopé, Panos ne réussit en fait qu'à pasticher les œuvres des années 60 et 70 auxquelles il fait référence. On pense souvent à Seconds ou The Man who fell to Earth, la faute à un scénario bien vide et des effets répétitifs qui en deviennent plus que gênants à la longue. Ce maniérisme où l'atmosphère prime sur la narration amène rapidement l'entreprise vers le mur, que même un virage incongru vers le giallo n'arrivera pas à sauver.

 


Aude et Simon prirent le chemin de la sélection des courts-métrages, avec l'entrain de l'indéboulonnable passionnée pour la première, et la méfiance du Clermontois traumatisé dans les grandes largeurs par un festival auvergnat faisant régulièrement la part belle aux verrues films de fin d'études de la FEMIS. Et s'il y eut deux très belles créations pour impressionner les rétines de nos rédacteurs, il leur fallut constater que, comme trop souvent, la sélection avait plus des airs de démo technique (assez brillante il est vrai) que d'espace de création. On se demande bien comment le jury dédié à cette section du festival pourra évaluer et juger d'œuvres aux moyens si radicalement différents, et sur quels critères confronter l'ascétisme auteurisant quoique maîtrisé du Cri, et le confortablement onéreux Lac Noir. Cependant, Tommy et L'Attaque du monstre géant suceur de cerveaux de l'espace marquèrent l'esprit de nos fantassins du cinéma. Le premier s'avère une remarquable plongée dans les terreurs enfantines, représentées avec une élégance et une maîtrise qui forcent le respect, quand le second s'avère un trip tout bonnement hallucinant. Tour à tour drôle, référentiel et foutraque, le travail de Guillaume Rieu se paie le luxe d'établir en 19 minutes une solide réflexion sur les genres et leur représentation.

 

 

L'auteur de ces lignes fit tout son possible pour mettre en garde ses frères d'armes devant l'indigeste Moth Diaries, présenté (par erreur sans doute) à Venise en septembre dernier. Marry Harron était déjà parvenue à pulvériser le travail d'un des meilleurs romanciers américains contemporain en adaptant American Psycho, mais la réalisatrice n'en est pas restée là, puisqu'elle a réussi aujourd'hui à faire passer Twilight pour une véritable fresque épique, et l'œuvre d'Enid Blyton pour un summum du gonzo hardcore. D'une connerie délicieusement abyssale, le film revisite les poncifs de l'adolescence, son ambivalence et sa quête des limites, avec la délicate candeur d'un violeur récidiviste découvrant les joies de la pyjama party. On aura donc droit aux gloussements de pucelles en robes de nuit immaculées, à quelques baignades saphiques sexy comme une première fistule, ainsi qu'à un flirt bien gras avec un prof de poésie tout en perversion, joué par l'improbable Scott Speedman. Écrit, tourné, interprété et monté avec une mollesse qui forcerait presque le respect, Morte Diahrrée devrait rester dans les anales du festival.

 

 

Accablée par la fatigue, la team EL prit alors conscience de deux occurrences majeures. Premièrement, la fameuse nuit fantastique organisée par le festival en ce glorieux samedi soir s'annonce grandiose, deuxièmement, nous avons déjà eu la chance de visionner au cours de nos pérégrinations les divers films qui la composent. Conclusion : les spadassins de la critique ciné vont  vous en entretenir demain, à rétine reposée, après avoir (enfin !) mis leur foie à rude épreuve.

 

PS : pour ceux qui se demandent où était Laurent en ce samedi vosgien : en tout bon chef qui se respecte, il a testé les canapés du Grand Hôtel prétextant des interviews avec les réalisateurs de Hell, The Incident et Tomer Sisley. Comme les images ne nous sont pas encore parvenues, on reste dubitatif et à voir l'avance qu'il avait sur nous au bar à la tombée de la nuit, le doute sur ses activités est plus que permis.

 


 

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