Figures politiques et cinéma

Simon Riaux | 13 janvier 2012
Simon Riaux | 13 janvier 2012
Le cinéma n'a pas attendu Clint Eastwood et son J. Edgar pour s'intéresser aux hommes politiques, et tenter de percer leurs mystères, comprendre leurs erreurs, sonder leur âme, dévoiler leurs fautes. Qu'ils soient élus, nommés ou héritent du pouvoir, leur relation avec ce dernier, avec le peuple ou la justice a toujours fasciné, et a souvent trouvé sur les écrans un écho remarquable. Voici donc quelques fameux portraits de bêtes politiques, telles que seul le septième art peut les dépeindre, et qui devrait nous faire patienter en attendant La Dame de fer.

 

 


Nixon

Peut-être l'un des films les plus surprenants d'Oliver Stone, que ses thématiques rapprochent évidemment du J. Edgar d'Eastwood. Premièrement car les deux cinéastes ont tenté d'embrasser toute l'existence de leurs protagonistes, et deuxièmement car ces derniers ont activement collaboré et joué de leurs vices respectifs pour atteindre ou conserver le pouvoir, enfin parce que le Watergate qui causa la chute du président fait tristement écho aux méthodes de J.Edgar Hoover. Contre toute attente, le démocrate Stone livre une partition nuancée, où point ici et là une fascination certaine, voire une profonde empathie pour l'homme le plus haï de l'histoire américaine, lequel n'est pas forcément le moins méritant. Personnage déstabilisant, tour à tour sincère et manipulateur, homme modeste façonné par l'échec puis manitou mégalomane, ce Nixon est une sorte d'ultime nabab, taillé pour un monde et des hommes sur le point de disparaître, sidéré par la réussite de concurrents moins droits et besogneux que lui. Ce portrait d'un pestiféré n'a rien d'un réquisitoire, et rappelle avec insistance comment Richard Nixon fut condamné à l'opprobre, jusqu'à oblitérer ses réussites et succès.

 

 

The Queen

Lorsqu'en 1997, la princesse Diana décède dans un terrible accident de voiture, le peuple britannique est submergé par une vague d'émotion que la royauté a bien du mal à comprendre et accompagner. Un tout jeune premier ministre du nom de Tony Blair, au pouvoir depuis quelques mois, va devoir accompagner la Reine (Helen Mirren, encore une fois brillante) et trouver le moyen de collaborer avec elle. Si Stephen Frears ne perd pas une occasion d'égratigner la Royauté, il est en vérité beaucoup plus dur avec Tony Blair (épatant Michael Sheen) dont il relate avec gourmandise la soumission au pouvoir royal. Et pourtant, il ne faut pas nécessairement y voir un brûlot à l'encontre des travaillistes, mais bien une analyse du délicat équilibre entre Royauté et République, ou comment ces deux entités se soutiennent mutuellement, et puisent l'une dans l'autre une énergie, bien réelle ou symbolique, qui leur permet de faire face aux défis à venir. Stephen Frears définissait lui-même son film comme une lutte entre l'ancien et le nouveau monde, mais le combat paraît des plus inégaux, le nouveau monde en question n'ayant pas grand chose de plus à offrir que sa nouveauté, superficielle et temporaire. Une œuvre qui n'affirme ni supériorité, ni puissance de la monarchie, mais une temporalité à rebours, qui lui confère une valeur d'unité, passionnante pour le spectateur dont les ancêtres ont jugé bon de guillotiner au large tout ce qui s'approchait du trône.

 

 

 

Il Divo

Éclipsé par le bunga bunga retentissant du proto-oligarque Berlusconi, Giulio Andreotti symbolise peut-être plus fortement encore que son illustre successeur la collusion du pouvoir et des intérêts privés. Plusieurs fois ministre (défense, affaires étrangères), nommé sénateur à vie, il fut également premier ministre par trois fois, avant que ses liens avec des personnalités mafieuses et une série de scandales liés aux meurtres de Giovanni Falcone (juge anti-mafia) et de Salvo Lima (politicien proche d'Andreotti) n'aient raison de son immunité de fait et de son parti Démocratie Chrétienne.

Le film de Paolo Sorrentino, récompensé du prix Jury à Cannes en 2008, est une immersion saisissante dans la carrière nébuleuse de cet homme public et secret. Grâce à une mise en scène chirurgicale et souvent spectaculaire, le cinéaste rappelle les tenants et aboutissants d'une politique qui aura fait exploser la corruption, et plus qu'aucune autre, eu recours à l'intimidation et à la force. Réputé aussi intouchable que redoutable, ce personnage multiple et insaisissable apparaît ici comme une version moderne des Césars antique (d'où le titre du film) avec lesquels il partage la maîtrise de l'espace public, et la mainmise sur l'espace privé.

 

 

La Conquête

On aura taxé le film de vilain tract Sarkosyste, une critique facile et peu rigoureuse au vu des innombrables piques et claques infligées à l'actuel chef de l'État, sans s'arrêter sur l'inévitable empathie générée par une telle entreprise. Dans les faits, la grande force (et principale faiblesse) du film est d'étaler au grand jour ce qui fit de l'ex-ministre de l'intérieur un candidat à part, autant que promis à l'échec : son absolue transparence. Sarkozy apparaît ici tel un super consultant, une bête de concours avide et hyperactive, dispersée et belliciste, dont l'atout est de pouvoir revêtir tous les habits, sans jamais en investir aucun. Une conquête qui sanctifia le paraître, sorte de gigantesque casting dont le futur chef de l'état fut l'organisateur, le public et l'acteur. Un constat à posteriori glaçant, et qui établit une triste vérité : Sarkozy n'est rien, qu'une panoplie remarquablement complexe et réactive, totalement dénuée d'idées ou de vision. Un vide conceptuel qui phagocyte inévitablement le film, et lui valu d'être perçu comme un long sketch des guignols de l'info.


 
 
 

Treize jours


Récit solide et fidèle sur la crise des missiles de Cuba de 1962, 13 Jours de Roger Donaldson est plus une plongée dans ce cercle intime de la Maison Blanche (appelé la "mafia irlandaise") qui a épaulé John F. Kennedy dans cette épreuve qu'un portrait en close-up du président le plus célèbre des USA. Mais cela ne diminue en rien la performance de Bruce Greenwood qui réussi à incarner de manière réaliste (la ressemblance physique est plus que flagrante) et consistante un homme qui fut le plus filmé de son temps, et qui est présenté ici comme un homme réfléchi et posé, conscient que le moindre faux pas est capable de mener à un affrontement nucléaire avec les Russes. Si Kevin Costner se garde le beau rôle du conseiller toujours à l'écoute mais qui a une solution pour tout, son importance n'étouffe en rien les prestations de Dylan Baker et Steven Culp qui se révèlent aussi excellents et est pour beaucoup pour donner un coté "humain" à ses réunions d'alcôve où les puissants discutent du sort du monde en petit comité.

 

   

 

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