Le Séminariste : quand la Corse et Pigalle font bon ménage dans le Milieu

Didier Verdurand | 10 décembre 2010
Didier Verdurand | 10 décembre 2010

Retour sur Ecran Large de notre expert en truands, Christian Chatillon, interviewé l'année dernière à la sortie de sa biographie de François Marcantoni (Strass et voyous) et qui nous avait écrit quelques mois plus tard un portrait de Jackie Imbert, l'Immortel de Richard Berry. Cette fois, c'est la vie de l'empereur de Pigalle, le corse Ange Saliceti, que nous raconte Christan dans son nouveau livre Le Séminariste, édité par Les Portes du Soleil. Une plongée dans un Milieu plus sulfureux et violent que jamais, que les amateurs de films noirs apprécieront certainement.

 

Comment définiriez-vous Le Séminariste : comme un roman, une biographie ou un livre d'Histoire ?

Un peu les trois, mon capitaine ! Je m'explique. Difficile de parler de roman, au sens qu'on lui donne traditionnellement : une histoire fictive qui donne à croire au lecteur que ce que le héros vit, dans telle ou telle situation, lui-même l'a vécue à un moment de sa vie. Ici, c'est davantage pour ne pas dire essentiellement la réalité qui semble emprunter les traits de la fiction. Le « héros », Ange Saliceti a été « en vrai » un être de chair et de sang. Il n'est donc en rien sorti de mon imagination. Je ne lui ai pas prêté une vie que j'aurais inventée à sa mesure. Je ne suis pas le marionnettiste qui tire les ficelles « à ma guise », comme le dirait un Jean Rochefort, mais plutôt le spectateur d'un homme qui a écrit sa propre histoire, qui a tracé son propre destin... dans le sang, et que je relate, en essayant d'être le plus objectif qui soit.

En revanche, je me suis efforcé dans ce que l'on appelle l'« ars scribendi », plus simplement la manière d'écrire, de trouver un style qui, à plus d'un titre, a emprunté au roman, tant dans ce qu'il a de classique, parce que ma formation m'a imprégné des écrits de Flaubert, de Balzac ou de Proust, que dans ce qu'il a aussi d'argotique ou de truculent, parce que la langue n'appartient à personne, que des auteurs comme Auguste Lebreton, Albert Simonin, Frédéric Dard ont apporté au patrimoine littéraire français d'autres lettres, tout aussi nobles que les écrivains que je mentionnais.

Il va de soi que, dès lors que vous relatez la vie de quelqu'un qui a existé, vous êtes dans la biographie. Alors oui, c'en est une. Avec cette nuance que, si le personnage central est cet homme dont la vie s'est arrêtée une nuit froide de décembre, Porte de Pantin, arraché à la vie par une rafale de mitraillette, je me suis efforcé d'ouvrir ou d'entrouvrir des portes vers des horizons qui, je l'espère, en surprendront plus d'un.

C'est aussi en quoi ce « Séminariste » peut être pris dans un contexte historique. Je n'aurais nullement la prétention de parler à son propos de « livre d'Histoire » mais il y a assurément un contexte historique peu ou mal connu du citoyen lambda, celui par exemple des liens que la Résistance a permis de nouer, non seulement entre « ceux qui croyaient au Ciel et ceux qui n'y croyaient pas », mais entre malfrats, policiers, internés politiques. Des connexions, nées dans la clandestinité ou les réseaux de Résistance, se sont tout naturellement poursuivies, la Libération venue.

Pourquoi avoir choisi Saliceti et pas un autre ?

A la sortie de Strass et Voyous (Les Portes du Soleil ), il en est, parmi les lecteurs, voire des journalistes, qui se sont arrêtés sur deux épisodes considérés comme « durs » dans le réalisme de la narration : la tentative de viol de Pierrot le Fou sur l'actrice Martine Carol, la lente agonie d'un certain Ange Fontana... torturé à mort par un autre Ange... Saliceti... le « séminariste » !

François Marcantoni, qui avait bien connu ce compatriote, d'abord à Toulon puis à Paris au lendemain de la guerre, me l'avait dépeint comme un « fauve », intraitable avec ses ennemis... comme avec ses amis, si le doute lui venait qu'ils pussent le trahir. Cet aspect particulièrement sombre m'intéressait, tant j'aime à comprendre le fonctionnement psychologique de mes semblables. Tant je ne crois ni aux saints ni au Diable. La réalité de l'être est toujours d'une grande complexité. La réduire au Bien ou au Mal, c'est toujours une vision simplificatrice, voire simpliste. Il faut donc gratter, creuser derrière la pseudo évidence. Par ailleurs, le fait que les quelques références livresques sur Saliceti mentionnent toutes une référence à l'une des plus importantes vendettas avait de quoi aiguiser ma curiosité. Je ne pouvais que trouver de l'action ! Certes, je n'ai pas été déçu ! Une bonne vingtaine de cadavres... selon les chiffres de la police, une large trentaine selon ceux des syndicats du crime, sur une période de temps relativement brève, les calibres n'avaient pas connu le chômage ! Je savais avoir donc de la matière. Il me restait à la rendre « vivantissime ». Aux lecteurs de juger !

 

En quoi les Corses occupent-ils une place à part dans le Milieu, en quoi par exemple leur réputation est-elle différente des Marseillais ou des Parisiens ?

Peut-être parce que la Corse, historiquement, a été confrontée à des soubresauts, ses habitants, des gens fiers de leur passé, de leur culture, tout simplement de ce qu'ils sont, ont dû défendre par les armes leur identité. Pour qui les connaît autrement que par les clichés qu'on colporte sur eux, ce sont des gens qui ont un sens de l'hospitalité inné, que les familles développent chez leur progéniture, dès le plus jeune âge. Il est vrai que nombre de Corses ont dû aussi, pour fuir la misère, quitter leur île et s'installer sur le continent. Les notions de familles, pour ne pas dire de clans, ont joué un rôle important. Tel berger se voit accueilli sur le continent par un oncle, un cousin qui « a fait son trou. » Ce cousin est-il lui-même un « personnage » du Milieu ? On va offrir la première « fille » au nouveau venu, histoire de le tester. A lui de prouver qu'il a du caractère... et, si fortune faite, à renvoyer l'ascenseur à son « bienfaiteur » ! C'est ainsi par exemple qu'a débuté Antoine Guerini, avant de faire venir son frère Barthélemy, dit « Mémé », puis toute la fratrie. Bien secondée par un jeune avocat connu dans la Résistance, devenu maire de Marseille puis député avant de se hisser ministre d'Etat, Gaston Defferre, la fratrie règnera sans partage de longues années sur la cité phocéenne.

Dans les jeux, les casinos, en métropole et bien au-delà de nos frontières, en Afrique, au Brésil, les Corses ont installé leur savoir faire, inégalé, un monde où le mot « affaires » se charge de maintes connotations, l'exemple relativement récent du cercle Concorde en étant l'illustration parfaite. Les médias se sont fait l'écho, tout récemment, d'un vaste réseau de corruption touchant à des marchés publics sur Marseille, avec comme présupposée tête pensante le frère d'un élu  de grande réputation. Corse. Un hasard ?

N'oublions pas enfin, toujours sur un plan historique, les convulsions de violence liées aux bandits d'honneur. Une spécificité corse, combattue par Napoléon lui-même avant Waterloo puis, plus tardivement, par Pascal Paoli, qui appartient donc à l'Histoire de l'Ile. Gardons en mémoire que Lombards, Génois, Pisan n'ont eu de la Corse qu'une vision qui faisait d'elle un comptoir commercial, niant pour ses habitants tout droit à se doter de lois. Face à la vénalité omniprésente de l'occupant, à l'arbitraire, force fut aux insulaires de fixer entre eux-mêmes des règles de modus vivendi. Parmi elles, le droit de rendre la justice sans passer par la case tribunaux. Une seule limite à ce qui eût pu les conduire à l'anarchie, celle orale mais élevée au rang de sacrée, la notion d'honneur.

Pour ceux qui furent naguère les hérauts de la vendetta, les Spada, Romanetti, les temps ont évidemment totalement changé. Délaissée par l'Etat français, conduite sous l'Occupation à vivre miséreusement en autarcie, certains insulaires ont, la Libération venue, « oublié » l'idée même de l'honneur... mais sont restés bandits ! Me reviennent ces mots de Carlos, le chanteur, qui m'autorisent à ce parallèle : « Eddie Barclay avait inventé le show-business. Peu à peu le show a disparu ; est resté le business ! » 

Dans Le Séminariste, on vous sent très bien renseigné sur un autre milieu, celui des hommes politiques. Est-il plus simple d'écrire sur le Milieu que sur les politiques eux-mêmes ? Manifestez-vous un manque d'intérêt à écrire un ouvrage sur eux ou le terrain est-il trop miné ?

Les politiques sont indispensables. Mais, comme la langue chère à Esope, ils sont la meilleure et la pire des choses ! Ils ont une obsession commune, leur élection. Leur aiguillon ? L'ambition sans frein, sans limites. Comme journaliste, j'ai été amené à interviewer nombre d'entre eux. Rompus à l'art de la langue de bois, pratiquant au besoin, ou pour la défense de leur cause ou de leur idéologie le mensonge avec un aplomb sans limites, se retranchant derrière tel secret - de l'instruction, du secret défense - dès lors qu'on sollicite d'eux une réponse à une question précise lorsqu'il arrive que leur nom soit cité dans telle ou telle affaire, ils n'ont rien à envier aux cadors du Milieu, pour ceux qui briguent les plus hautes fonctions, à ceci près, mais de taille, que dans leur monde de tueurs, on n'élimine pas physiquement. Du moins pas chez nous ! On pend à un croc de boucher, donc on file une métaphore ! Sans doute est-ce moins dangereux ! Plus élégant ? Ca se discute... dirait l'homme de la rue !

Peut-être un jour ne m'interdirai-je pas d'écrire un ouvrage sur ces « affaires » qui, depuis la fin de la seconde guerre mondiale jusqu'à aujourd'hui, ont détourné les gens de la caste politique et jeté sur eux suspicion, opprobre et rejet. Des « avions renifleurs » de Chalandon à Karachi en passant par Urba, Elf, la Garantie Foncière et une bonne vingtaine d'autres vilenies d'Etat, la matière ne manque pas ! Mais le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ?

Le Séminariste, comme Strass et Voyous, pourrait donner un film passionnant. Question casting, qui verriez-vous en Saliceti ?

Avec tout le respect et l'amitié que je portais à François Marcantoni, je ne pensais pas que Strass et Voyous pût donner naissance à un film. Lui en rêvait. Comme je m'en étais expliqué, ici même sur Ecran Large, un producteur américain se fût emparé depuis belle lurette de « l'affaire Markovic ». En France, pas question, une sorte de veto tacite. Dont acte. Un producteur au demeurant avait réservé des droits cinématographiques, non des moindres. Il n'a plus donné de nouvelles ! Ce n'est pas faire injure à François Marcantoni, post mortem, que de souligner que sa vie, fors cette affaire qui a assis sa notoriété, ne pouvait susciter le même intérêt, cinématographiquement parlant, que celle, bien plus brève mais autrement agitée et violente, de Saliceti. François Marcantoni n'a jamais accédé, une chance pour lui, à la plus haute marche du Milieu. Il n'aurait pas vécu jusqu'à quatre-vingt-dix ans. Son côté « mondain » lui interdisait l'aspect « romanesque » que l'on peut tirer du personnage du « Séminariste ». Là, tous les ingrédients à un film d'action, noir, sont concentrés. Un réalisateur césarisé ne s'y serait-il pas trompé, qui m'a récemment appelé pour me livrer son sentiment ? Donnera-t-il suite dans les semaines à venir ? Wait and see, comme disent les Anglais !

Qui dans le rôle titre ? Aussi bizarre que ça puisse paraître, je verrais bien Elie Semoun. Parce que je suis sûr que, dans un rôle à contre emploi, ses qualités de comédien feraient merveille.

Ceux qui militent pour le retour des maisons closes disent souvent que les prostituées ne seraient plus à la merci de sinistres maquereaux. Qu'en pensez-vous ?

La série Maison Close, qui a fort bien marché, est un signe qui ne trompe pas. En préparant ce Séminariste, je ne pouvais guère échapper aux deux types de prostitution alors en cours dans ces années-là, celle de bas de gamme, que j'ai zappée, comme ce claque de la rue de Fourty où il n'était pas rare qu'une prostituée épongeât une centaine de clients en une journée, le « travailler beaucoup pour gagner peu », celles tout à l'inverse où se pressait une clientèle haut de gamme, hommes politiques de premier plan, artistes de réputation internationale, « le Chabanais », le « Sphynx » ou encore l'illustrissime « One-Two-Two » de la rue de Provence. Des noms ? Ils sont dans Le Séminariste ! Mais aujourd'hui encore, il est des lieux où un public réputé « haut de gamme » ne dédaigne pas ces soirées atypiques où l'art de conjuguer « aimer » se décline sur des modes divers ; assurément une forme de thérapie de groupe, avec ses variantes et ses figures géométriques atypiques !

La prostitution est née avec l'apparition sur terre de l'homme et de la femme... ou de la femme et de l'homme ! Dans l'imagerie collective, la femme qui se prostitue ne peut être que victime. Lisez l'excellent petit ouvrage de Pierre Lumbroso, jeune avocat pénaliste, Libre d'être putain ? paru voilà deux trois ans aux Editions L'Harmattan. Toute la thèse développée repose sur le principe suivant : la prostitution peut être un vrai choix professionnel et la victimisation systématique de l'ensemble des « insoumises du sexe » ne sert que les politiques et les marchands de soupe médiatiques et associatifs.

Au moment du Festival de Cannes, sur ces yachts de luxe où se déroulent souvent de joyeuses agapes pimentées de coke et de sexe rock'n'roll, pullule une faune de jeunes femmes, beaucoup de confession musulmane soit dit en passant, qui avouent gagner en ces quelques jours l'équivalent de plusieurs mois de CDD. A ma connaissance, la médiatique Zahya était mineure quand elle eut les relations qu'on lui a prêtées avec tel ou tel de nos valeureux « footeux » !

 

Le Pigalle que vous dépeignez est-il devenu trop « propre » à votre goût ? Plus sérieusement, a-t-il un peu perdu de son âme ?

Mais, au-delà de Pigalle et de l'aura que conservera, des lustres encore, ce quartier où pourtant, à certaine époque, il ne faisait pas bon s'aventurer dans ses ruelles « chaudes », c'est tout Paris qui a vu son « ventre » se transformer, celui que décrivait Zola, avec cet autre quartier mythique, les Halles, transbordées sur Rungis, la première saignée d'une capitale où les petites gens trouvaient encore à se loger sans se perdre dans des cités dortoirs de banlieue où le « métro, boulot, dodo » a fait florès ! Assurément, tous ces rades des rue Frochot, Fromentin, Duperré, où règlements de comptes éclataient chaque nuit, où les échassières faisaient le pied de grue, dans l'attente du client, toujours prêtes à lui sortir, le sourire commercial aux lèvres et la jupe haut fendue découvrant la peau laiteuse d'une cuisse ferme ou amollie le : « tu montes mon loulou ? » ont cédé progressivement la place aux magasins d'alimentation et aux banques. Restent les sex-shops qui, à l'heure du DVD et d'Internet, n'attirent plus guère le chaland. Dans une société de voyeurisme, où le sexe s'est banalisé, l'attrait de l'interdit a peu ou prou disparu. Oui, Pigalle, comme l'Olympia « d'avant », avait une âme. Aujourd'hui, seuls ses fantômes l'habitent encore. Pour combien de temps ?

Comment évolue le grand banditisme ? Y-a-t-il des personnes en activité « dignes » d'avoir une bio peu avant leur mort, comme Marcantoni ?

Qu'on me pardonne la comparaison, mais un Mozart, un Einstein, on en compte environ trois-quatre par siècle. Marcantoni, dans le domaine qui fut le sien, a sans conteste marqué son époque. A l'intelligence du bonhomme, à sa rouerie, s'ajoutaient d'autres ingrédients qui, comme un cocktail qu'on agite, faisaient de lui un être à part. Un charisme qu'on ne cultive pas parce que inné, un humour qu'on n'a nul besoin de développer car immédiat, spontané ; Bref une somme d'éléments concentrés en une seule personne, de plus en plus rarissimes de nos jours. D'autant plus que Marcantoni, comme de Gaulle, se trouve dans un contexte où le pays, son histoire n'ont plus rien de commun avec une France mondialisée, qui subit les attaques des marchés financiers, d'une économie débridée. Un jour que nous discutions tous deux de l'évolution du grand banditisme, il m'avait lâché : « à mon époque, le braquage d'une banque nécessitait tout un travail en amont, une stratégie ; aujourd'hui, l'informaticien peut gagner mille fois les sommes que nous empochions, d'un trait de stylo ou d'un clic d'ordinateur ! » Le Milieu est comme l'hydre : vous lui coupez la tête, elle se reproduit doublement. Comme la nature, il a horreur du vide. Cela dit, le contexte actuel ne m'incite guère à penser qu'un Marcantoni aura un successeur ! Enfin, ultime précision, à Marcantoni reste attaché un mystère, celui de l' « affaire Markovic ». Or les mythes ont l'éternité pour eux !

Vous avez assisté à l'enterrement de Marcantoni...

Marcantoni m'avait donné son amitié. Ce n'était pas un prêt ! Si lui a eu, dans la préface qu'il avait tenu à me faire, la gentillesse d'écrire qu'il me devait beaucoup, je me dois de reconnaître que, sans cette rencontre qui remonte à 1999, jamais je n'aurais écrit le moindre ouvrage, probablement. C'est dire si, de mon côté, je luis suis redevable. Ensemble, nous nous étions promis de monter une « association de bienfaiteurs », en livrant au public ces mille et une anecdotes, dont il est souvent friand, sur la vie de ce monde qui fait rêver, quoique souvent factice, celui du cinéma, du show-biz. Diantre, avoir côtoyé les Ava Gardner, Erich von Stroheim, Jose Luis de Vilallonga, Michel Simon, Alain Delon, Jean-Paul Belmondo, préfacier de Strass et Voyous, et tant d'autres, l'autorisait à noircir quelques pages... son humour faisant le reste !

Une dizaine de jours avant sa mort, je l'avais appelé d'Ardèche, où je m'étais retiré pour préparer l'écriture de mon Séminariste. Je l'avais joint, à ma grande surprise au Val de Grâce. « Des examens de routine ; c'est le mois d'août, il n'y a plus personne à Paris ! Les médecins m'ont dit qu'ils allaient me placer en maison de repos ».

Nous avions plaisanté. C'était un dimanche, je l'appelais d'un café situé en face du Palais de Justice. « Oh, alors, dites-leur que le dimanche, je ne plaide jamais ! »

Puis plus de nouvelles jusqu'à ce matin de la mi-août où, vers neuf heures, je recevais un coup de fil d'un fidèle de « monsieur François » : « Il est mort ce matin, vers six heures, dans son sommeil ». La messe était cette fois-ci, définitivement dite.

A Toulon, la cérémonie fut émouvante et digne. Le prêtre, qui ne le connaissait qu'à travers Strass et Voyous, qu'il avait lu en diagonale, à la hâte, a su trouver les mots justes qu'il convenait d'adopter face à cet être hors du commun. Michou, au premier rang, était ému. Et son émotion n'était pas feinte. Nombre d'anonymes, de petites gens, ceux-là mêmes avec qui, enfant puis adolescent, il avait partagé les jeux, de son quartier populaire de Toulon, s'étaient déplacés. Puis pour quelques autres, famille et proches, ce fut la route vers l'ultime demeure, le cimetière où, selon ses volontés, il allait être mis en terre, dans le caveau où sa chère maman repose. Tant même, à quatre-vingt dix ans, il ne parlait de sa mère, quand il parlait d'elle, qu'en ce terme de « maman ». La pudeur d'un homme pour qui la vie avait tracé un destin. Un destin qu'il n'appartient désormais qu'à Dieu, pour lui qui était si croyant, de juger. 

 

Un copié / collé de Didier Verdurand

 


 

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