Un novembre sous le signe de Fellini

Par Nicolas Thys
4 novembre 2009
MAJ : 17 octobre 2018
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Ce mois de novembre sera Fellinien ou ne sera pas !

 

Une exposition au musée du Jeu de Paume à Paris qui se poursuit jusqu'au 17 janvier, la rétrospective intégrale des films du cinéaste italien à la Cinémathèque Française jusqu'au 20 décembre et Carlotta qui sort ce 4 novembre en DVD 4 films ainsi qu'un double DVD consacré au réalisateur à l'œuvre.

 

 

Rappelons d'abord que l'éditeur avait déjà sorti en DVD puis en Blu-Ray l'une des œuvres les plus baroques du cinéaste, son Casanova et, voici déjà 6 ans, Boccace 70, film à sketchs dans la plus pure tradition italienne auquel Fellini avait participé en compagnie de Vittorio de Sica, Luchino Visconti et Mario Monicelli (dont le sketch a été retiré de son exploitation en France et n'apparaît plus que dans la version italienne du film).

 

Aujourd'hui ce sont Il Bidone et Juliette des esprits qui se rajoutent au catalogue.

 

Il Bidone se situe dans une veine néoréaliste propre à Fellini. Loin de chercher une mise en scène réaliste à souhait, il pose son regard sur le monde et reprend plusieurs thèmes forts, angoisses et délires qui feront ses beaux jours quelques années plus tard dans le style baroque coloré et festif qu'on retient davantage. Rappelons que le cinéaste, né en 1920 a débuté comme assistant de Robert Rossellini et qu'il a travaillé avec l'artisan du courant néoréaliste pendant près de 10 ans depuis Rome ville ouverte en 1945 à Où est la liberté ? en 1954 en passant par Paisá ou les 11 Fioretti de François d'Assise.

 

 

Lorsqu'il passe à la mise en scène, il est encore assez inspiré de ce mouvement mais sa personnalité décalée et loufoque prend le dessus et cela dès le Cheik Blanc en 1952. Il Bidone réalisé trois ans plus tard, se situe juste avant Les Nuits de Cabiria. C'est le film de la transition entre ses deux périodes. Il annonce les délires visuels et sonores qui l'ont sacralisé auprès d'un public cinéphile désireux de voir un peu plus de rêve et de poésie dans le monde austère et froid qu'on leur présentait depuis la fin de la guerre.

 

On retrouve, dans cette arnaque à l'italienne, certains aspects réaliste comme cette volonté d'aller près des gens les moins aisé, de présenter la vie de quelques individus plutôt démunis et ces décors naturels, loin des studios, près de la vie. Pourtant on perçoit l'ironie sardonique du cinéaste qui rejoue l'antithèse de Robin des bois puisque ses protagonistes volent d'abord des pauvres, les rendant plus miséreux encore en leur faisant espérer quelque chose qu'ils n'auront jamais. Les pauvres semblent destinés à être pauvres et à le rester. En outre, la religion en prend pour son grade et l'humanité toute entière avec elle dans un humour noir décapant.

 

 

À l'opposé de cette pauvreté, on trouve en 1964 Juliette des esprits, avec un univers bourgeois et Giulietta Massina. Ce film coloré à souhait, à l'atmosphère bariolée et tirant toujours sur des teintes très chaudes ou très froides et très contrastées, se situe directement dans la période folle de Fellini. Rêves à outrance, illusions, mysticisme multiple, mélange d'un réel déjà féerique par l'apport de personnages fantasques et libérés et d'hallucinations cauchemardesques où ne fera que s'enfoncer l'héroïne jusqu'à un point de non retour, font de ce film un véritable carnaval surréaliste autant que rococo. Il s'agit d'un des films de Fellini les plus débridés et, étrangement, l'un des plus posés. Chaque mouvement de caméra, chaque cadrage, apporte son lot de folie et capte la détresse tragique d'une femme au visage mono expressif dont le monde est en train de s'écrouler. Pantin happé par ses délires et ses souvenirs, elle n'est plus qu'une surface plane sur laquelle rien ou presque ne transparaît…

 

Ces deux films, à paraître le 4 novembre en DVD, sont chacun accompagné d'une simple bande-annonce. Dommage, on aurait tant aimé écouter l'analyse d'un fellinien averti sur ces deux œuvres étonnantes et moins mise en avant. D'un point de vue technique elles restent néanmoins très bonnes. Le son, un DD mono, est parfois un peu limité et un léger souffle intervient, mais l'image de Juliette est de très bonne qualité avec un rendu colorimétrique parfait. Il Bidone souffre légèrement plus avec un master qui présente quelques légers défauts, notamment une petite marque qui a difficilement été gommée, sur le côté gauche. En outre l'image a été un peu trop surexposée, voir par exemple la route au début du film qui brille beaucoup trop.

 

 

Et pour compléter l'ensemble, pratiquement en guise de bonus, Carlotta encore, sort un double DVD qui plaira à tous les amateurs du réalisateur. Plus de 7h de documents divers sur le cinéaste à l'œuvre. Sur le premier disque, un premier document étonnant, Fellini par lui-même, un inédit  biographique, véritable essai sur son cinéma. Suivent deux documentaires étonnant retraçant la genèse de deux œuvres importantes du cinéaste : Amarcord et le Casanova, le premier sous la forme d'un making-of, le second avec les interprétations du mythe de Casanova par différents acteurs.

 

Le second disque comporte le plus beau film consacré à Fellini, le documentaire d'André Delvaux réalisé entre 1960 et 1962. Pendant deux heures et en quatre parties, le réalisateur italien se confesse au documentariste belge et parle de sa jeunesse et de ses films. Un second document est présent sur ce disque. Intitulé Ciao, Federico !, il introduit le spectateur dans l'œuvre immense du maître italien et le montre au travail avec ses acteurs et les divers techniciens.

 

L'image pas toujours très bonne mais c'est tout à fait compréhensible compte tenu de la nature de ces films souvent rares et parfois tournés pour la télévision. En outre, ce DVD comporte plusieurs suppléments, souvent anecdotiques mais qui complètent agréablement l'ensemble ainsi qu'un très beau livre de photographies sur Fellini récoltées par Sam Stourdzé.

 

Retrouvez les tests Blu-Ray et DVD des trois autres films de Fellini chroniqués sur le site en cliquant sur les visuels ci-dessous :

 

 

 

 

   

 

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