Paranormal activity : le Blair Witch du 21ème siècle ?

Par Thomas Messias
12 octobre 2009
MAJ : 25 octobre 2018
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Qui s'intéresse de près ou de loin au box-office américain aura noté une sorte de gigantesque aberration en plein milieu du top 10 du week-end du 9-10-11 octobre 2009 : mais que vient faire là le film nommé Paranormal activity, avec ses 7,1 millions récoltés sur 159 salles (là où les autres films du classement avaient droit à entre 1000 et 3200 copies) ? Comment un bidule quasi amateur, tourné en une semaine avec un budget de 11.000 dollars, peut-il avoir rapporté 755 fois son budget en 17 jours ? Mystère et boule de gomme, en tout cas jusqu'au 2 décembre prochain, date à laquelle les spectateurs français devraient découvrir le film en salles.

 

 

Paranormal activity émane d'un type du nom d'Oren Peli, dont on ne sait absolument rien, qui a tourné ce huis clos dans sa propre maison. L'histoire est celle d'un couple qui vit un bonheur sans nuage, mais se trouve soudain hanté par un esprit démoniaque ; les amoureux décident alors d'installer un système de video-surveillance à l'intérieur de leur domicile afin d'enregistrer les terrifiants évènements dont ils sont témoins chaque nuit. Le tout évoque donc un nouveau Blair witch mâtiné de [Rec], utilisant la forme du faux documentaire pour parvenir à ses fins : faire trembler l'auditoire. Et c'est visiblement réussi : les comptes-rendus font état de réactions épidermiques de la part d'un grand nombre de spectateurs, contraints de quitter la salle avant la fin car n'ayant jamais éprouvé une peur aussi intense. C'est d'ailleurs sur ce point que joue la campagne marketing, puisque la bande-annonce proposée montre autant d'extraits du film que d'images captées dans l'une des salles, où les spectateurs ne quittent pas leur fauteuil mais semblent absolument secoués par l'expérience qu'ils sont en train de vivre…

 

 

Paranormal activity combine apparemment une efficacité indéniable (même les sites spécialisés et donc peu impressionnables évoquent « l'un des films les plus effrayants de l'histoire du cinéma ») et une façon de créer et alimenter le buzz en se basant non seulement sur le caractère fauché du film, mais également sur les réactions qu'il suscite. Sur les réseaux sociaux et dans la presse, la promotion ressemble souvent à de la pure défiance (« restez jusqu'au bout si vous en avez »), exploitant habilement les possibilités de Facebook et Twitter pour pousser les spectateurs potentiels à demander le film dans la salle de leur quartier. Une gigantesque pétition en ligne permet en effet aux américains de faire cette demande : avec déjà plus d'un million de requêtes, cette opération est un succès, et devrait participer à l'élargissement progressif du parterre de salles projetant le film. Les gens de Paramount ont eu le nez fin lorsqu'ils ont acheté le film pour une bouchée de pain, alors qu'il n'était encore qu'un vague film de genre défendu par une poignée d'amateurs. Ils peuvent désormais se frotter les mains, puisque le succès de Paranormal activity pourrait bien ressembler à celui du Projet Blair Witch. Pour rappel, le film du duo Myrick – Sanchez (qui a bien déçu depuis) avait rapporté 248,6 millions au box-office international, pour un budget d'environ 60.000 dollars. Ayant rapporté 4144 fois son budget de départ, le film figure toujours au Guinness des records. Peut-être plus pour longtemps : ayant coûté 5 fois moins cher, le film d'Oren Peli a tout pour le détrôner.

 

 

Le cap du million de demandes ayant été atteint, le film devrait avoir droit à une sortie nationale en grande pompe le 23 octobre prochain ; ce ne sera alors plus la peine de faire la queue pendant 5 heures, comme ce fut apparemment le cas ce week-end. Il faut dire qu'avec 44.163 dollars encaissés par copie (4 fois plus que la deuxième meilleure moyenne !), les fauteuils vides ont dû se compter sur les doigts de la main. L'enthousiasme de la critique y a sans doute contribué : Entertainment weekly parle d'une oeuvre qui enterre 30 ans de films-clichés et insinue la peur en vous ; Variety applaudit le réalisme accru de l'ensemble ; LA Weekly salue l'hallucinante absence de sang, qui n'empêche pas la terreur de monter. Il faut aller chercher du côté de l'Austin Chronicle pour dénicher un critique ayant détesté le film, et le décrivant comme une « vague vidéo YouTube surfant opportunément sur la vague du des faux docs, qui ne mérite ni d'être associée au mot 'peur', ni même au mot 'cinéma' ». On a quand même bien envie d'aller se frotter à ce petit film dont le buzz n'est sans doute pas totalement bâti sur du vide.

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