Venise 2009 : Bilan

Laurent Pécha | 13 septembre 2009
Laurent Pécha | 13 septembre 2009

Ang Lee et son jury ont donc rendu leur verdict et il n'y a presque rien à redire contrairement, par exemple, à l'an dernier où seul The Wrestler avait caché la nullité des choix opérés.

Que le grand vainqueur, le Lion d'Or, soit attribué à Lebanon est tout sauf une surprise tant le film de Samuel Maoz possède un concept fort (tout le film est situé dans un char israélien et notre unique point de vue est celui des ses soldats qui vont perdre leurs illusions au combat) sur un sujet toujours aussi puissant (la guerre et ses ravages sur les êtres qui la font, ici la 1ère guerre du Liban). Lebanon aurait pu se contenter d'un Lion d'argent qui récompense la mise en scène, le jury a préféré aller encore plus loin. Difficile de faire la fine bouche d'autant que son Lion d'argent, il l'a réservé à un film « iranien » (une co-production européenne en fait mais tournée par une cinéaste iranienne avec des acteurs iraniens évoquant la condition féminine en Iran tout en mettant en avant les événements politiques liés au coup d'Etat du Shah), Zanan bedoone mardan aka Women without men. Une maîtrise technique souvent vertigineuse (un paquet de plans à la beauté spectaculaire) qui lui aurait assuré le prix de la meilleure contribution technique (attribué finalement au Mr Nobody de Jaco Van Dormael, assez logiquement vu le souci esthétique et la richesse visuelle d'un film européen extrêmement ambitieux à défaut d'être vraiment convaincant), si ce n'est que le jury a vu avec beaucoup de justesse que l'oeuvre dépassait largement le cadre esthétique pour narrer avec une belle justesse l'Iran d'hier permettant ainsi de comprendre aussi celui d'aujourd'hui. Un prix politique encore plus évident que celui attribué à Lebanon tant le contexte politique de ce dernier reste finalement mineur au regard de l'universalité du propos (la guerre comme machine broyer de l'humain). En tout cas, deux prix qui montrent la vitalité d'une cinématographie orientale en pleine ébullition qui contraste avec un cinéma français, notamment, totalement absent du palmarès. Il faut dire que seul le White material de Claire Denis mérite des éloges.

 

 

 

 

Le cinéma italien sous influence de Medusa (producteur ou distributeur de la quasi intégralité des films en compétition) n'est guère plus reluisant mais repart avec deux prix d'interprétation. Celui de la jeunesse avec Jasmine Trinca et son joli minois, effectivement très sensible dans le très moyen film, Le grand rêve, de Michele Placido. Et surtout le prix d'interprétation féminine, la Coupe Volpi, attribué à Kseniya Rappoport. Seulement, la demoiselle est d'origine russe et surtout elle remporte ce prix du fait de l'absence presque totale de compétition. C'est en fait le seul rôle féminin de la compétition a avoir une vraie importance dans le récit de son film. Elle y est présente du début jusqu'à la fin, le film étant vu quasi exclusivement à la première personne. Alors, oui, elle se montre excellente, jouant avec bonheur des multitudes émotions vécues par un personnage plongé dans une histoire d'amour, de folie, policière, mais cette La doppia ora est tout de même une oeuvre plus roublarde que réussie et surtout des plus oubliables passées une poignée d'heures (une double ?).

 

 

 

Du côté masculin, rien à redire tant Colin Firth mérite amplement son prix d'interprétation. Il a également la particularité d'être omniprésent durant tout la durée d'A single man. Mais lui, met son talent pour créer un personnage de professeur homosexuel brisé par la mort accidentelle de son jeune amant, dans une oeuvre ambitieuse et à bien des égards marquantes. Pour son premier le styliste Tom Ford fait preuve d'un univers singulier et sait parfaitement mettre en avant les tourments de ses protagonistes (il faut dire qu'outre Colin Firth, avoir Julianne Moore en second rôle, ça aide beaucoup).

 

 

Seul film américain récompensé au palmarès, Life during wartime, permet à l'un des auteurs indépendants les plus singuliers du moment d'avoir son coup de projecteur bien mérité. Si son dernier opus n'est pas aussi gonflé que Happiness, cela fait plaisir de voir que Todd Solondz a retrouvé l'inspiration qu'il n'avait un peu quitté depuis quelques années. Son amour pour les freaks d'une Amérique que l'on voit que trop rarement au cinéma, méritait bien ce prix du scénario. En espérant que cela permettra au cinéaste d'accélérer ses futurs projets.


Enfin, le prix spécial du jury est revenu en toute logique au film le plus exaltant et euphorisant de la sélection. Qu'il fait bon de rire face à tous ses films très sérieux a du se dire, comme nous, Ang Lee et son jury. Le Soul kitchen de Fatih Akin et les tribulations rocambolesques de ce gérant de restaurant accumulant les tuiles, possédait tous les ingrédients du « feel good movie ». Sûr qu'au moment des tractations autour de la table, les membres du jury ont laissé leur coeur et leur sourire parler.

 

 

 

 

2009, c'est l'histoire d'un grand cru pour la Mostra. Une compétition très équilibrée multipliant les bons films (à défaut de quelques grands et un paquet de mauvais). Un palmarès d'une grande équité parvenant à n'oublier presque personne (personnellement, il me manque mon Moore et ma Road, mais bon...ceux-là n'auront vraiment pas besoin de Venise pour faire parler d'eux). Sans parler d'un nombre plus que conséquent d'excellents souvenirs avec les diverses sélections parallèles. Dire que l'on est déjà en train de réserver son billet pour l'an prochain, est presque une évidence.

 

 

 

 

PALMARES :

 

Lion d'Or : Lebanon

Lion d'argent (meilleur réalisateur) : Shirin Neshat pour Women without men

Prix spécial du jury : Soul kitchen

Coupe Volpi d'interprétation féminine : Kseniya Rappoport pour La Doppia ora

Coupe Volpi d'interprétation masculine : Colin Firth pour A single man (et d'un !)

Prix Marcello Mastroianni du Meilleur espoir : Jasmine Trinca pour Il Grande sogno

Osella du meilleur scénario : Life during wartime

Osella de la meilleure contribution technique : Mr Nobody

 

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